Le tourisme de masse est-il toujours viable ?

• L’afflux de touristes durant le mois d’août dans les destinations notamment balnéaires prouve que l’industrie du voyage n’est pas morte.
• Il reste cependant à reconstruire l’activité pour faire face aux défis de son environnement et répondre à la demande des consommateurs à la recherche d’expériences.

Le secteur du tourisme continue à vivre dans l’incertitude. La très courte saison estivale est terminée et les établissements à avoir fait le plein durant le mois d’août relèvent surtout des destinations balnéaires ouvertes. Si à Agadir les établissements du front de mer ont bien travaillé et terminé le mois d’août avec des taux d’occupation moyen de près de 70%, au niveau des villes de Marrakech et Fès, les hôtels ouverts ont enregistré des taux d’occupation très faibles, ne dépassant pas 15%. Dans la capitale spirituelle, des hôteliers parlent même de taux d’occupation à un chiffre. Aujourd’hui, partout les taux d’occupation retombent et déjà certains établissements se préparent à refermer leurs portes en attendant de meilleurs jours. Il est difficile en effet de continuer à supporter les charges sociales et se maintenir dans le contexte actuel. Aussi, pour les professionnels, la mise en œuvre du contrat-programme tarde. La préservation du tissu économique et de ses emplois au cœur de cette feuille de route est indéniablement aujourd’hui prioritaire et urgente.
Parmi les objectifs majeurs de ce plan 2020-2022, figurent également les bases d’une transformation durable pour le secteur. A ce sujet, dans un contexte où il faut conjuguer entre règles de distanciation et tourisme qui induit la sur-fréquentation de manière saisonnière de certains espaces, la question de la pérennité du modèle économique du tourisme de masse peut être soulevée.
Lors du mois d’août, pour accueillir les estivants, les hôtels qui ont ouvert leur porte ont tous déployé des mesures de sécurité sanitaire pour limiter les interactions entre les personnes. La nouvelle donne a en effet forcé le changement des comportements et accéléré indéniablement la manière de faire du tourisme et de faire le tourisme. Le tourisme sur-mesure est-il en train de prendre des parts de marché au tourisme de masse? Ce qui est sûr, c’est que les comportements post-crise des voyageurs vont changer et varier suivant les générations et les catégories sociales.

Des offres adaptées

Il est donc indispensable de reconstruire l’industrie du voyage et l’adapter à la nouvelle demande. Les plus enclins à voyager seront sûrement les plus jeunes, moins freinés par les contraintes sanitaires et sécuritaires. D’où l’intérêt de cibler cette catégorie de voyageurs par des offres adaptées reposant notamment sur le divertissement et des tarifs accessibles pour eux. Les familles et notamment les seniors seront pour leur part plus attentifs et à la recherche de séjours offrant des garanties de lutte contre la propagation du virus. Des mesures sur lesquelles il est important de continuer à communiquer.
L’afflux des vacanciers durant le mois d’août a confirmé l’importance du tourisme interne. Comment draîner encore plus cette cible et transformer les habitants d’une région en explorateurs de leur territoire ou des espaces dédiés plutôt aux touristes étrangers ? Pour les professionnels du voyage, il faut proposer des offres découvertes ou thématiques pour donner envie à cette catégorie de clients et même aux autochtones d’une région de consommer le produit. En d’autres termes, il faut continuer à innover. Pour Hassan Aboutayeb, propriétaire de l’écolodge Atlas Kasbah dans la périphérie d’Agadir, une des solutions pour répondre à ces attentes et changements de consommation orientés de plus en plus vers le sur-mesure, c’est de miser encore plus sur une stratégie touristique territoriale en impliquant les régions, leurs collectivités et leur tissu économique. L’afflux des touristes nationaux durant le mois d’août dans les destinations balnéaires, car cela répondait aux attentes du moment, prouve bien que les raisons les plus fondamentales du voyage, comme changer d’air, se retrouver… Les populations veulent toujours voyager. Un bon signe pour le secteur qui doit se réinventer et s’adapter aux contraintes de son environnement en construisant un tourisme durable.
Dans ce nouveau paysage, Rachid El Habtey, directeur général au sein du groupe Tikida, souligne les changements au niveau des cartographies du secteur et l’augmentation des coûts d’exploitation. «Face aux changements des habitudes de consommation nous sommes amenés à vendre différemment et même à investir autrement dans le secteur», avance-t-il. En matière d’investissement et de développement des infrastructures touristiques au Maroc, Hamid Bentahar, président d’Accor Gestion Maroc et président du CRT de Marrakech/Safi, rappelle la diversité de l’offre tant en matière de volumes d’hébergement que de concepts à travers la destination Maroc. De son avis, la réinvention du produit passe aujourd’hui par notamment une offre qui propose une palette d’expériences «Nous n’avons pas forcément au Maroc une offre d’hébergement qui repose sur le volume. Mais plutôt différents segments de produits et de concepts diversifiés qu’il faut aujourd’hui valoriser et mettre en avant pour répondre aux attentes des consommateurs encore plus à la recherche d’expériences», ajoute-t-il.

La situation actuelle, une opportunité pour reconstruire un tourisme durable

Comment faire redémarrer la machine après la très courte saison estivale. Pour tous les professionnels, cela passe bien sûr par la mise en œuvre du plan de relance. Plus de visibilité sur l’ouverture des frontières est pour tous un élément fondamental pour donner de l’élan au tissu économique, soutient Abdelhadi Mernissi, président de l’Association régionale des propriétaires d’hôtels à Fès. L’importance des marchés émetteurs étrangers, qui représentent près de 70% du revenu du secteur, pèse en effet lourd dans les stratégies des entreprises touristiques du pays. En amont, il est primordial également pour faire revenir le touriste, de miser encore plus dans notre dispositif sanitaire et d’infrastructures hospitalières.
«Comment seront-ils pris en charge en cas de problème médical ? c’est un des éléments sur lequel s’attardera chaque touriste avant de voyager», expose Hamid Bentahar. Les leçons de la pandémie Covid-19 sont nombreuses. La pérennité de certaines structures repose sur sa durée. Jusqu’à présent beaucoup ont prouvé leur résilience. Les défis pour s’adapter au nouvel environnement sont toutefois très nombreux. Aux pouvoirs publics d’accélérer la mise en œuvre du plan de relance. La situation actuelle reste une opportunité pour tous pour reconstruire un tourisme durable.