Le topographe qui a fait un tabac en créant sa propre marque d’ordinateurs

Diplômé de l’école des Arts et métiers de Paris, il n’exercera jamais en tant qu’ingénieur géomètre. Entreprise de BTP, commerce de voitures puis de matériel informatique, il touchera à  tout. En 2000, il lance Accent, sa propre marque d’ordinateurs, et exporte même en France.

Il faut croire que certaines personnes sont plus douées que d’autres pour les affaires. Nous n’irons pas jusqu’à dire qu’ils ont cela dans les veines, mais c’est tout comme. En fait, cela ressemble à un cliché, jusqu’au jour où on rencontre une personne qui illustre le propos de la manière la plus frappante qui soit. Karim Maâzouzi en est un parfait exemple. Cet ingénieur géomètre n’a jamais tracé une ligne topographique de sa vie et il n’envisage pas de le faire car ses affaires lui rapportent des millions de dirhams.

Karim Maâzouzi est né à Oujda, en 1960, et c’est dans cette ville qu’il fait ses études primaires et secondaires au sein d’une famille partagée entre le Maroc et la France, le père travaillant dans l’Hexagone et la mère faisant des allers-retours. Cela n’empêchera pas le jeune Karim d’avoir une scolarité normale et de décrocher son entrée à l’Institut agronomique et vétérinaire (IAV) de Rabat, après l’obtention de son bac sciences expérimentales, en 1980.

Il y passera trois années puis se décidera à tenter sa chance à l’étranger. Ce sera l’Ecole des Arts et métiers de Paris qui, en 1985, lui délivre son diplôme d’ingénieur géomètre. Parallèlement, il entreprend, pour rester dans l’air du temps, de faire une formation d’analyste programmeur… Sait-on jamais. Nous sommes en 1985, et le topographe n’imaginait pas que l’informatique allait devenir son principal métier.

Comme dans la plupart des cas, ce sera d’abord pour lui le salariat. Sa vie active commence dans une entreprise de bâtiment où il travaillera moins d’un an. Ayant compris… le topo, il décide de créer sa propre entreprise dans le même secteur d’activité. Ne disposant pas de fonds, Karim Maâzouzi choisit une activité qui ne nécessite pas de gros équipements. Il sous-traite pour les grosses entreprises la partie bardage et peinture pour commencer. Cette PME qu’il crée en 1985, et qu’il revendra en 1990, emploiera jusqu’à 80 personnes en périodes de pointe. Elle lui permettra d’engranger un petit pécule.

Lassé du métier, il se lance alors dans le commerce automobile. Avec l’argent de la revente de sa première affaire, il rachète, en 1990, deux petites concessions Renault. Servi par une bonne conjoncture, il fera de bonnes affaires, avec les Algériens notamment. En effet, ces derniers, de retour au pays, pouvaient importer en franchise de droits de douane un véhicule de moins de trois ans d’âge. Karim Maâzouzi se souvient qu’il vendait bien 50 à 60 voitures par mois, dont une bonne part de véhicules d’occasion.

Mais le démon des affaires n’est pas assouvi. Parallèlement à la vente automobile, il crée donc une entreprise de vente de pièces informatiques, toujours en France, en 1994. DBM France, c’est son nom, existe toujours et il en a confié la gestion à un de ses frères. En 1995, il revend son affaire de commerce automobile et, après 12 années passées à l’étranger, il a la nostalgie du pays.

Fin 1995, DBM Maroc est créée et Karim Maâzouzi y met quelque 3 millions de DH. Au début, il s’occupe de vente de pièces informatiques, de consommables, et intègre aussi l’activité de la réparation. Il recrute 6 personnes et s’installe en location dans un magasin de 250 m2 au boulevard Yacoub Al Mansour. Dans un pays qui découvre l’informatique, le marché est porteur.

Il ne travaille que quelques mois avant de créer sa première entreprise, qui sera suivie de bien d’autres
A fin 1996, il fait un chiffre d’affaires de 27 millions de DH, qui montera à 35 MDH l’année suivante. Bref, le business progresse et une idée commence à germer dans son esprit : pourquoi ne pas devenir assembleur en créant une marque ?

Il prospecte le terrain et passe des accords avec les fabricants. Il choisit, un peu au hasard, le nom de sa marque : Accent. Voilà comment il raconte cet épisode : «Je m’étais dit que j’allais faire les choses à la manière des Américains sans en avoir les moyens. Après tout, ce qu’il faut privilégier c’est une idée et quand on manque de fonds importants, il suffit d’enrober son idée dans une bonne dose d’audace. Le résultat est là». Il dépose sa marque et devient ainsi le premier marocain à fabriquer des ordinateurs locaux.

Depuis, beaucoup de chemin a été parcouru et, aujourd’hui, DBM Maroc emploie 75 personnes et fait un chiffre d’affaires de 100 millions de DH. L’entreprise fabrique quelque 14 000 ordinateurs par an et dispose d’un portefeuille de 700 clients. Depuis deux ans, elle s’est lancée dans des opérations sporadiques d’exportation vers le Sénégal et le Burkina Faso, avant d’en faire une activité régulière. Signe de succès, il y a 8 mois, c’est vers la France que des ordinateurs Accent ont été exportés. Karim Mâaâzouzi explique que ce créneau est en pleine progression et que l’export représente près de 30 % de l’activité. Pour lui, il faut aller sur toutes les niches.

Les projets de portables subventionnés vont booster son business
Au Maroc, des initiatives gouvernementales ou privées ont servi ses desseins. Ainsi en est-il des ordinateurs à bas prix proposés par Menara, a qui DBM fournit des ordinateurs portables vendus à 4900 DH et des PC fixes à 2900 DH. Ainsi en est-il également de l’offre aux enseignants, que l’Etat subventionne à
hauteur de 2 000 DH, par exemple, pour des portables qui en valent 5 000 DH. On parle d’une deuxième commande de 100 000 ordinateurs après la première. Cette poussée d’activité a d’ailleurs incité l’entreprise à se doter d’une chaîne de montage en bonne et due forme pour 1,5 MDH.

Pour diversifier son activité, DBM Maroc a commencé par importer les téléviseurs que l’entreprise commercialise également sous la marque «Accent». L’autre activité que développe la société de Karim Maâzouzi est la vente de consommables (toner, cartouches…) ainsi que la fabrication de disques durs.

Grand projet de Karim Maâzouzi, et signe que l’activité est en plein essor : la construction d’une deuxième usine dans la zone industrielle de Mohammédia, où DBM est installée sur un terrain de 2 200 m2. La parcelle est déjà acquise et le montage financier en cours. Pas besoin de chercher le topographe…