Le taux de chômage descend à  8% grà¢ce à  l’agriculture

En un an, la baisse du chômage a été de un point.
232 000 emplois nets ont été créés dont 196 000 dans l’agriculture
Agroalimentaire, transport, communication et textile enregistrent les plus importantes baisses d’emplois.

Comme s’il appréhendait que l’information qu’il allait livrer passerait difficilement, Ahmed Lahlimi Alami, Haut commissaire au plan (HCP), a dû faire un long détour méthodologique avant de lâcher son chiffre : 8%, c’est le taux de chômage calculé à l’issue du deuxième trimestre de l’année 2009.
Il est vrai qu’annoncer une baisse du chômage de 1 point en pleine crise n’est pas une tâche aisée ; surtout face à une opinion publique qui, pour des raisons diverses, croit déceler quelque intention cachée derrière toute annonce, bonne ou mauvaise d’ailleurs. Il faut presque s’excuser pour avancer pareille statistique ; et M. Lahlimi, anticipant le scepticisme de certains, et même de beaucoup, a crû devoir, lors de sa conférence de presse du lundi 27 juillet, relativiser lui-même le poids de son officielle annonce : les deuxièmes trimestres de chaque année, dira-t-il en substance, sont presque toujours caractérisés par un recul du chômage et, en conséquence, il faudrait s’attendre à une éventuelle remontée au troisième trimestre, période souvent marquée par l’arrivée de nouveaux diplômés sur le marché du travail.
En réalité, quand, d’une part, on connaît le poids du secteur primaire (agriculture, forêt et pêche) dans l’emploi au Maroc et, d’autre part, l’on réalise une campagne agricole aussi exceptionnelle que celle de cette année (plus de 100 millions de quintaux de céréales), la baisse du chômage de 9,1% à 8 % entre les deuxièmes trimestres de 2008 et 2009 paraît presque s’inscrire dans la logique des choses. Il faut bien voir en effet que le secteur primaire, bien qu’en baisse de plus de 5 points par rapport à la dernière décennie, représente encore 41% de l’emploi total, dépassant de 4 points les services, deuxième secteur employeur. Quand, de surcroît, la population active est presque aux deux tiers (65 %) sans diplôme, son employabilité est alors relativement facile, en particulier durant les périodes où l’offre d’emplois est élevée, comme c’est le cas en bonne année agricole.
Par rapport à ces données, les 8% de chômage ne devraient finalement pas surprendre, d’autant que le HCP, admis depuis 2005 à la norme spéciale de diffusion de données (NSDD) du FMI, a amélioré notablement ses méthodes d’investigation et élargi son échantillon enquêté de 48 000 à 60 000 ménages.
L’examen du comportement des secteurs d’activité, tel que cela ressort de l’enquête du HCP, montre à quel point l’agriculture a fortement contribué au résultat annoncé. En effet, sur les 232 000 emplois nets créés au deuxième trimestre de 2009, 196 000 postes l’ont été dans l’agriculture, forêts et pêche, dont 176 000 en milieu rural et 20 000 dans les périphéries des villes. Le BTP, lui, a créé 40 000 postes (32 000 dans l’urbain et 8 000 dans le rural) et les services 11 000 (création de 42 000 dans les villes et perte de 31 000 emplois dans les campagnes). Quant à l’industrie, artisanat compris, elle a au contraire perdu 7 000 emplois avec 23 000 créés en milieu urbain mais 30 000 perdus en milieu rural.

57 000 emplois perdus dans les villes
Très clairement, cette configuration de l’emploi confirme, à peu de choses près, l’évolution de la conjoncture économique constatée au cours de cette première partie de l’année 2009. On se rappelle, en effet, que le premier trimestre a connu une croissance quasiment nulle des activités hors agriculture, et le second trimestre, bien qu’affichant des signes de retournement dans certaines branches, reste globalement marqué par la stagnation. Ceci est particulièrement vrai pour l’industrie qui, sur le quatrième trimestre de 2008 et le premier trimestre de 2009, a enregistré une croissance négative respectivement de -4% et -1%. Et même au deuxième trimestre, il est tout juste prévu une légère amélioration (les comptes nationaux n’étant pas encore arrêtés pour cette période). Même les services ont pâti de la conjoncture, bien que réalisant une valeur ajoutée positive, mais en régression.
Ce n’est donc pas par hasard que c’est surtout dans les villes, où sont généralement localisées les activités industrielles, que l’on a enregistré l’essentiel des pertes d’emplois au deuxième trimestre. Ainsi, la branche textile, bonneterie et habillement, cuir et chaussures a perdu 24 000 postes, celle du transport, entrepôt et communication 25 000 emplois, les industries alimentaires 8 000 emplois et les industries extractives 1 000 emplois. Au total, ce sont 57 000 emplois qui ont été perdus dans les villes. Mais les villes ont aussi, malgré tout, créé des emplois dans le BTP (+32 000 postes), dans les banques, assurances et activités immobilières (+ 29 000 emplois), et dans les services personnels et domestiques (+ 14 000 postes).
Au total, grâce à l’agriculture, ce qui a été perdu ici a été récupéré là, ce qui explique cette baisse importante du chômage. D’ailleurs, comme l’ont constaté les opérateurs, durant tout le printemps qui vient de s’achever et même aujourd’hui encore, la main-d’œuvre est devenue rare et surtout chère. Les promoteurs immobiliers et professionnels du bâtiment, habitués à recourir à une main-d’œuvre chassée des campagnes par la sécheresse, en savent quelque chose.
Cela dit, et comme l’a souligné le HCP, au prochain trimestre, les choses risquent d’évoluer autrement, même si la dynamique de baisse du chômage ne s’est pas (trop fortement) contredite depuis longtemps