Le système financier vu par le FMI

Le Fonds dénonce le recours aux autres établissements publics pour sauver les banques étatiques.

La délégation du FMI (accompagnée de cadres de la Banque mondiale), qui avait séjourné au Maroc en février et mai derniers, a finalement rendu sa copie. Dans leur évaluation globale de la stabilité du système financier marocain, les experts estiment que le risque immédiat d’une crise financière est faible, quoique quelques institutions, prises individuellement, soient en difficulté. Néanmoins, ils soulignent que des mesures devraient être prises pour préserver l’ensemble car la tendance vers l’ouverture accrue de l’économie est susceptible de fragiliser la stabilité du système à moyen terme. Sont notamment pointées du doigt la faiblesse de la supervision financière, la fragilité du secteur financier non bancaire et le sous-développement de l’infrastructure du système financier marocain.
Mais avant tout, ils insistent sur une préparation soigneuse ainsi qu’un ordonnancement adéquat des réformes. Il recommandent aussi d’accompagner l’ensemble par des politiques macroéconomiques saines. Ainsi, les pouvoirs publics devraient revoir les procédures adoptées pour régler le problème des banques étatiques en difficulté. Mieux vaut abandonner la politique actuelle qui consiste à éviter à tout prix la faillite des banques. Le soutien étatique devrait se faire d’une manière transparente et en utilisant des ressources budgétaires, au lieu de faire appel aux ressources des autres établissements publics.
Il y a également besoin de corriger la fragilité des institutions financières non bancaires, en particulier les fonds de pension. L’effort doit intégrer l’identification des établissements en difficulté, l’audit de leurs finances, la mise en place de stratégies de restructuration transparentes et efficaces, l’introduction d’une nette différenciation entre service public et activités commerciales et l’instauration de garde-fous pour éviter une distorsion de la concurrence.
Le rapport recommande également que le rôle des institutions financières publiques soit clarifié. Une définition plus claire de leur intervention dans le drainage, la gestion de fonds, les prêts et autres services financiers est à opérer. C’est particulièrement crucial dans le cas de la CDG, la BCP, Barid Al Maghrib et la CNCA. L’Etat devra reconsidérer sa politique en la matière.

Institution de corps de contrôle indépendants
Sur un autre volet, le rapport préconise le retrait pur et simple de la banque centrale du tour de table et des instances de direction de l’ensemble des institutions financières. De même, il exhorte les autorités à renforcer la supervision financière. Par ailleurs, afin de détecter rapidement les dysfonctionnements et les irrégularités, assurer une concurrence loyale, protéger les consommateurs et améliorer la confiance dans le système financier, il y a lieu de mettre en place des corps indépendants disposant de ressources et d’une autorité suffisante pour mener à bien leur mission. Le développement et la stabilité du système financier peuvent être stimulés à travers la création d’un environnement de support aux activités financières. À cet effet, des efforts sont à faire dans le domaine réglementaire et judiciaire.