Le système d’octroi des cartes professionnelles menace l’employabilité des chauffeurs

Les délais fixés pour les transporteurs exerçant avant octobre 2010 étant écoulés, les retardataires doivent désormais attendre le lancement par le ministère de l’équipement des formations initiales obligatoires. La convention de partenariat avec le ministère des finances et l’OFPPT n’est toujours pas signée. Les seules séances dispensées dans les centres sont des formations continues au profit des chauffeurs détenteurs de la carte professionnelle.

Il aura fallu que Najib Boulif, ministre délégué chargé des transports, réserve deux de ses dernières chroniques hebdomadaires -envoyées à ses contacts- aux cartes professionnelles pour les chauffeurs pour que la polémique autour de ce chantier rejaillisse dans le secteur. Les réactions aux deux textes du ministre dans lesquels il expose l’état d’avancement de ce chantier se sont multipliées. Dans le secteur, plusieurs professionnels s’empressent de rappeler que l’obligation d’avoir une carte professionnelle pour exercer comme transporteur a induit des problèmes allant même jusqu’à menacer la carrière des chauffeurs.

Pour rappel, cette disposition est prévue par le code de la route d’octobre 2010, et ce, dans le cadre des mesures contribuant à la professionnalisation et à la structuration du secteur. Or, depuis, des voix se sont élevées pour le dénoncer. Parmi les problèmes les plus importants, la difficulté pour les transporteurs exerçant avant l’entrée en vigueur du code de la route, et qui n’ont pas encore eu leurs cartes, de l’obtenir aujourd’hui. La procédure voudrait que ceux-ci passent une session de formation initiale obligatoire. Cependant, quand ils se présentent dans les centres de formation, la réponse récurrente est qu’il faut attendre la programmation du ministère. Mais selon le ministère, la problématique réside surtout dans le manque d’adhésion des concernés, quand il était encore possible de demander l’exemption du passage de ladite formation.

Au départ, les transporteurs qui voulaient être exemptés de la «formation qualificative initiale» pour obtenir leurs cartes professionnelles pouvaient en faire la demande avant le 31 mars 2011. Face au peu d’engouement à l’époque, le ministère a dû repousser l’échéance deux fois, la dernière étant le 31 décembre dernier. Dès lors, tout chauffeur souhaitant obtenir la carte professionnelle doit obligatoirement passer une session de formation. Le ministère reconnaît quand même qu’il est toujours en train d’élaborer le cadre du partenariat avec le ministère des finances et l’OFPPT pour que ce dernier organise des séances de formation au profit des transporteurs de marchandises et de voyageurs.
Cette situation n’est pas sans conséquences puisque les chauffeurs intéressés ne peuvent plus exercer. Il en est de même pour ceux qui ont intégré la profession après l’entrée en vigueur du code de la route. Pour ce dernier cas, des professionnels se demandent même pourquoi l’Etat a continué à délivrer des permis de conduire alors qu’une formation initiale est exigée pour l’exercice du métier.

Les centres de formation sont insuffisants et mal répartis

Aujourd’hui, les seules sessions organisées dans les centres sont des formations continues au profit des chauffeurs détenteurs de la carte professionnelle. Et là encore, force est de constater que les choses ne se passent pas vraiment comme prévu. D’abord, le ministère de l’équipement fait état d’une offre suffisante en formation, mais doit faire face à la faible mobilisation des chauffeurs. Selon le ministre, même ceux qui s’inscrivent ne font pas preuve d’assiduité. Par exemple, le taux d’absentéisme est de près de 40%. Les professionnels font valoir d’autres arguments. Le premier, que le ministère reconnaît, est que, s’il y a peu d’engouement, c’est parce que la répartition territoriale des centres de formation n’est pas équitable. Dans certaines régions du Sud, un chauffeur doit parcourir jusqu’à 1 000 km pour joindre le centre. Le deuxième handicap est la faible mobilisation des entreprises de transports. Plusieurs d’entre elles ne seraient pas disposées à autoriser leurs chauffeurs à s’absenter pour suivre lesdites formations. Et vu le peu d’offres d’emploi dans le secteur depuis quelques années, ces derniers ne peuvent qu’obtempérer, de peur de se retrouver au chômage.
Par ailleurs, les autres aspects de la restructuration du secteur que devraient imposer les contrats programmes en cours d’élaboration suscitent les craintes des chauffeurs non encore détenteurs d’une carte professionnelle. Selon le ministère lui-même, lesdites cartes sont indispensables pour bénéficier des avantages sociaux, dont la couverture médicale, qui devraient revenir aux transporteurs. Ceux qui éprouvent des difficultés pour l’obtention de la carte seront donc logiquement exclus. De même, on fait savoir dans la profession que la présentation de la carte professionnelle est devenue une condition à l’embauche chez presque toutes les entreprises structurées. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui poussent les chauffeurs retardataires à se presser pour entamer les démarches.