Le Souverain montre la voie vers une nouvelle diplomatie

La visite royale a confirmé la conscience de l’administration américaine du rôle central que joue le Maroc, particulièrement à  l’échelle régionale. Le Souverain a finalement replacé le Maroc en orbite en lui donnant le rôle et la place qui lui reviennent sur l’échiquier régional.

Après tout ce qui a été dit et écrit à l’occasion de la visite royale réussie aux États-Unis, l’événement, parce que c’en est un, mérite qu’on s’y attarde et qu’on le décortique sous des angles différents. Car si de prime abord, ce sont les relations bilatérales entre les deux pays qui sont les premières concernées, la portée de la visite et ses effets induits vont, en réalité, bien au-delà de cet aspect. A travers la consolidation des relations avec les USA, le Souverain a finalement replacé le Maroc en orbite en lui donnant le rôle et la place qui lui reviennent sur l’échiquier régional. Au passage, plusieurs dossiers et questions en suspens ont pu être réglées ou en tout cas sérieusement mises sur la table des discussions. C’est le cas du Sahara, du dossier des droits de l’homme, du rôle du Maroc dans la lutte contre le terrorisme et la montée du terrorisme dans la région…

La visite a d’abord confirmé, si besoin en était encore, la conscience de l’administration américaine du rôle central que joue le Maroc particulièrement à l’échelle régionale. Et ce n’est pas par hasard qu’il fait partie du club très fermé des pays avec lesquels les États-Unis ont instauré le mécanisme dit du dialogue stratégique. Ils sont quatre en tout et pour tout : en plus du Maroc, on y trouve la Chine, l’Inde et le Pakistan. Lors de leur entretien à Washington d’ailleurs, les deux chefs d’État ont déjà convenu de la tenue du prochain round de ce dialogue à Rabat et de la nomination de personnalités de haut rang de chaque côté pour suivre et mener à bien les décisions qui en découlent.  
Bien entendu, et comme cela a toujours été le cas pour l’administration américaine, le pragmatisme veut que les alliances stratégiques basées sur des questions d’ordre géopolitique, sécuritaire ne peuvent pas fonctionner ni être pérennisées sans prendre en considération la donne économique. L’approche win-win, basée sur le business, est constamment présente. Elle l’est encore plus dans le cas des relations avec le Maroc et cela a été largement prouvé en marge de la visite royale à Washington. 

Ainsi, on aura noté d’abord cette quasi-promesse, même à demi-mot, de l’administration américaine de reconduire le Maroc sur la liste des pays qui bénéficieront probablement d’un deuxième compact dans le cadre des aides du Millenium Challenge Account (MCA). Le premier compact, qui a été clôturée en septembre 2013, avait porté sur une enveloppe conséquente de 697 millions de dollars (environ 5,6 milliards de dirhams) et permis, sur une durée de cinq ans, de financer des projets dans différents secteurs notamment la pêche, l’agriculture et l’artisanat. Selon plusieurs sources gouvernementales d’ailleurs, les premières discussions préparatoires entre l’administration américaine, les responsables de la Millenium Challenge Corporation (MCC) et les officiels marocains ont déjà été entamées et devraient aboutir à une annonce courant 2014.

Le partenaire américain apporte également son soutien à travers d’autres canaux. Un des plus connus n’est autre que l’Agence américaine pour le développement international (USAID) qui a une présence historique au Maroc. Bien que moins exposée et moins médiatisée que le MCA, probablement en raison du volume des enveloppes allouées aux aides, l’USAID n’en fait pas moins un travail tout aussi important et peut-être même plus en profondeur. A titre d’exemple, et ce que peu de gens savent, l’USAID mène depuis trois ans dans quelques régions pilotes, dont Fès et El Jadida, un vaste programme pour la promotion de la gouvernance locale et l’encouragement des citoyens et des jeunes à devenir des acteurs dans la vie de leurs communes. S’appuyant sur les ONG, les élus, les collectivités locales…

Et le travail de l’USAID ne s’arrêtera pas là. Le président américain a clairement annoncé une nouvelle stratégie élaborée pour la période 2013-2017 «pour assister le gouvernement marocain à atteindre ses objectifs de réforme et à répondre aux besoins des citoyens marocains. Cette stratégie met l’accent sur : l’amélioration de l’accès des jeunes à l’emploi, la participation citoyenne dans la gouvernance et l’achèvement de la scolarisation des enfants au niveau primaire». Dans le même sens, le département américain du travail (US Department of Labor) a annoncé qu’il réserve dès maintenant une enveloppe de 6 millions de dollars pour l’assistance technique apportée au gouvernement marocain en matière de lutte contre le travail des enfants, de création des opportunités d’emploi en milieu rural et péri-urbain ainsi que l’amélioration des conditions de la femme en lui permettant notamment d’accéder plus facilement à la vie active.

Le business d’abord et toujours

Cela dit, l’administration américaine a toujours fait sienne la célèbre devise «Trade not aid». Et c’est dans cette logique que s’inscrit l’accord de libre-échange entre le Maroc et les États-Unis signé en juin 2004 et devenu effectif en janvier 2006. Sept ans plus tard, les effets de l’accord sur les échanges entre les deux pays est nettement ressenti : les exportations américaines vers le Maroc ont été presque multipliées par 5, passant de 480 millions de dollars, en 2005, à 2,2 milliards de dollars en 2012. A fin septembre 2013, elles avaient atteint déjà 1,9 milliards de dollars. A l’opposé, les exportations marocaines vers le marché américain sont passées de 440 millions de dollars en 2005 à presque un milliard de dollars en 2012. Il est certain aussi que l’accord n’est pas encore amplement mis à profit particulièrement du côté des opérateurs marocains. Et c’est précisément pour cette raison que la visite royale aux États-Unis a été l’occasion pour les deux pays de faire le point et surtout pour signer des accords qui vont venir se greffer sur l’accord initial et qui ont pour objectif de faciliter et fluidifier les échanges. C’est le cas de l’accord dit d’assistance douanière mutuelle, signé le 21 novembre, et surtout l’accord de facilitation des échanges, signé le 22 novembre. Ce dernier, en particulier, est unique en son genre et permettra de favoriser directement l’accord de libre-échange. Ainsi, les marchandises marocaines bénéficieront, en vertu de cet accord, d’un traitement «privilégié» de la part des administrations américaines notamment celles intervenant au niveau du transit portuaire. Il se trouve en effet que malgré les dispositions de l’ALE, très souvent des marchandises exportées depuis le Maroc restaient en souffrance dans les ports américains pour des raisons purement procédurières. Des retards qui peuvent parfois avoir des conséquences désastreuses quand il s’agit de produits alimentaires et périssables. Aujourd’hui, l’administration américaine s’engage clairement à ce que les délais de traitement des cargaisons et des documents soient plus courts.

Au final, force est de constater que la visite de SM le Roi aux États-Unis fera date et surtout constituera un cas d’école dans la mesure où le Souverain a lui-même tenu à montrer la voie et expliquer par l’exemple pratique ce que doit être désormais notre diplomatie…