Le SIAM, un carrefour d’affaires où petits et grands opérateurs trouvent leur compte

Quelque 810 000 visiteurs ont arpenté, du 18 au 23 avril dernier, les allées des 9 pôles du Salon international de l’agriculture de Meknès (SIAM). Les coopératives et les opérateurs de machinisme agricole réalisent respectivement 75% et 30% de leur chiffre d’affaires annuel durant cet évènement. Le Maroc renforce son rang de trait d’union entre l’Europe et l’Afrique.

En cette journée très ensoleillée du jeudi 20 avril à Meknès, la vingtaine de chapiteaux du Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM) montés au cœur de la médina sont assaillis par des milliers de visiteurs. A quelques encablures du mythique Sahrij Souani, la zone A, qui regroupe des pôles très prisés comme ceux des produits de terroir, de l’élevage et du machinisme, se veut un espace d’immersion totale dans la ruralité et le monde agricole.

Au milieu de cette zone, nous commençons notre tournée au pôle des produits de terroir dont la richesse de l’offre et la diversité des exposants incitent le visiteur à y consacrer plusieurs dizaines de minutes. «Les produits de 720 coopératives sont regroupés dans pas moins de 270 stands dans ce pôle», nous indique sur place un cadre de l’Agence pour le développement agricole (ADA).

Sous deux chapiteaux occupant une surface d’un hectare, des produits phares comme le miel, l’huile d’olive et d’argane ou les dattes côtoient des produits moins connus comme le câpre et toujours en quête de notoriété sur le marché national.

Et si les premiers arrivent à réaliser 75% de leur chiffre d’affaires durant la manifestation d’après les organisateurs, les autres sont là surtout pour communiquer sur les bienfaits de leurs produits. C’est le cas de la coopérative agricole Al Khadra de Sebt Gzoula spécialisée dans le câpre dont la labellisation a été officialisée en marge du SIAM 2014. «Avec une production annuelle moyenne de 20 000 tonnes dont les deux tiers sont destinés à l’export, le Maroc est le premier producteur mondial de ce condiment qui demeure très peu consommé par les Marocains», déplore le représentant de la coopérative. Selon lui, «l’obstacle n’est pas le prix puisqu’il se situe entre 20 et 25 DH le kg, mais plutôt le déficit de notoriété» que les producteurs veulent combler en participant au SIAM.

Une offre très variée

Un peu plus loin dans les stands de la région de Laâyoune et de Dakhla, nous découvrons d’autres produits aux potentialités importantes, aussi bien sur le marché national qu’à l’export, à savoir les produits laitiers à base de lait de chamelle. «Notre participation au SIAM permettra de donner plus de visibilité à notre produit phare : le fromage frais à base de lait de chamelle», nous précise une membre de la coopérative Ajbane Dakhla qui s’est vu attribuer par le ministère de tutelle le label agricole de qualité, en marge de cette 12e édition. Pour sa part, le yaourt à base de lait de chamelle produit par une coopérative de Laâyoune fait carton plein, à en juger par le nombre de visiteurs qui jouent des coudes devant le stand pour être servis en premier.

Toujours dans la zone A, nous nous invitons ensuite au pôle machinisme qui, comme son nom l’indique, est dédié au gros matériel et aux équipements agricoles. Comme chaque édition, il est le théâtre d’une bataille commerciale sans merci entre les opérateurs. Et pour cause, ces derniers réalisent jusqu’à 30% de leur chiffre d’affaires annuel durant le SIAM. Animation, tombola, street-marketing, présentation de nouveaux modèles, aménagement de showrooms spacieux et bien meublés… Les opérateurs ont mis les bouchées doubles pour choyer les agriculteurs. Contactés sur place, des cadres commerciaux de différents concessionnaires ont relevé que les carnets de commande ont bien évolué par rapport à l’édition précédente, mais demeure en dessous des attentes dans le contexte d’une année de reprise agricole.

Dernière étape de notre tournée dans la zone A, le pôle élevage qui expose des animaux représentatifs de l’élevage marocain ainsi que toutes les activités vétérinaires s’y rapportant. Plusieurs fédérations de la filière animale y proposent des dégustations, à l’instar de la Fédération interprofessionnelle des viandes rouges (FIVIAR), de l’Association nationale des producteurs d’œufs de consommation (ANPO), ainsi que des visuels pédagogiques comme c’est le cas de l’Association nationale des éleveurs ovins et caprins (ANOC).

Le stand qui attise le plus la curiosité des visiteurs est sans conteste celui de la Fédération interprofessionnelle de l’héliciculture (ndlr: la culture d’escargot). «Nous avons démarré notre activité destinée exclusivement à l’export dans les régions de Casablanca et Rabat en 2016 pour deux espèces importées de France, à savoir le petit-gris et le grand-gris», détaille M. Ghomari, membre actif de la FIH, en nous montrant une petite parcelle de terre représentant deux espèces cultivées au Maroc par sept producteurs. «Avec un prix moyen à l’export de 4 euros le kg, cette culture s’avère très lucrative. Ainsi, un projet de contrat programme de développement de la filière hélicicole est en cours de finalisation, en étroite collaboration avec le ministère de tutelle, pour intégrer la filière dans le Plan Maroc Vert et créer le cadre institutionnel de son développement», conclut notre interlocuteur.

Pas moins de 65 pays représentés

Après avoir arpenté les allées des pôles populaires de la zone A, il faut emprunter les escaliers et traverser une rue pour accéder à la zone B qui regroupe, entre autres, les pôles «produits», «agro-fourniture» et «international». Dans ce dernier, pas moins de 65 pays sont représentés à travers des organismes publics et privés. L’Italie, pays invité d’honneur, y est présente via 25 entreprises, en plus de 9 autres dans d’autres pôles. Dans cette 12e édition organisée sous le thème «Agro-business et chaînes de valeur agricoles durables», le choix de l’Italie comme invitée d’honneur n’était pas fortuit puisqu’elle est un modèle de l’agriculture durable. «Une exploitation biologique sur trois en Europe est italienne», indique-t-on du côté de l’Association italienne pour l’agriculture biologique (AAIB).

Pour Michele Ferro, le représentant de l’organisme de certification Abi Cert, le bilan des trois premiers jours du SIAM est positif. «Nous proposons à nos clients et prospects marocains des certifications aux normes internationales et européennes pour pouvoir facilement écouler leurs produits auprès des grandes surfaces de distribution», indique-t-il. Présent à Casablanca à travers un bureau de représentation, Abi Cert ambitionne de faire du Maroc une porte d’entrée au marché maghrébin et subsaharien, à en croire Michele Ferro.

Même écho du côté de Najib Jaouad, quadra marocain vivant entre l’Italie et son pays d’origine et directeur de Vabien. «Nous proposons des solutions de Cow Comfort, permettant un meilleur rendement pour l’éleveur tout en garantissant le bien-être des ovins. Notre présence au SIAM nous permet de bien garnir notre fichier de prospects et de communiquer sur les avantages de nos solutions auprès des éleveurs marocains», précise le directeur de Vabien, qui commercialise au Maroc les solutions d’Agricow, une multinationale italienne spécialisée dans la conception et la réalisation de bâtiments pour l’élevage. Najib Jaouad n’est pas le seul MRE associé à une entreprise italienne, une partie considérable des exposants italiens emploient des Marocains avec une double casquette de commerciaux et de traducteurs.

Les pays africains en quête de marchés et de partenaires

Pas loin du pavillon italien, le pavillon allemand loge 10 entreprises comme Bayer ou Gea. «Nos opérateurs voient le Maroc non seulement comme marché, mais aussi comme partenaire pour ouvrir les portes vers l’Afrique», confirme Hendrik Acker, conseiller agricole auprès de l’ambassade de la République fédérale d’Allemagne. Preuve que l’active diplomatie économique menée par le Royaume depuis quelques années et les retombées qui s’en suivent sont bien observées de l’autre côté de la Méditerranée. Au fond du pôle international, nous partons ensuite à la rencontre des pavillons africains. Les plus dynamiques sont de toute évidence les partenaires ouest-africains du Maroc, parmi lesquels nous comptons le Gabon, le Sénégal ou le Mali. Dans les stands réservés par le groupement d’entreprises africaines exportatrices de produits agricoles et agroalimentaires (AAFEX), un jeune dirigeant d’une entreprise ivoirienne active dans le négoce nous accueille pour un bref entretien. «Nous sommes au SIAM pour tenter de nous trouver une place dans le marché marocain avec des produits comme le cacao ou le noix d’acajou et trouver des partenaires capables de répondre à nos besoins», déclare le patron de GIN SA Fougnibe Koné. «La demande d’adhésion du Maroc à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) nous a également poussés à accélérer la marche vers le développement de nos échanges avec les opérateurs marocains», ajoute-t-il. Après trois jours au SIAM, Fougnibe Koné est sur le point de concrétiser une première transaction avec une entreprise marocaine spécialisée dans la fabrication de serviettes de table et d’emballages. «Ce partenariat nous permettra d’apporter une expertise marocaine dans le conditionnement et l’emballage de nos produits alimentaires. Beaucoup d’entreprises marocaines proposent des services qui n’ont rien à envier à ceux des grandes multinationales occidentales», conclut celui qui semble acquis à la cause du modèle marocain de coopération économique en Afrique.

Quelque 1230 exposants issus de 66 pays ainsi que 20 délégations étrangères conduites par 15 ministres ont répondu présent. La superficie du salon est de 172 000 m2 dont 90 000 m2 couverte d’exposition. En marge de la 12e édition, une trentaine de conférences ont été tenues et plusieurs conventions bilatérales ont été signées avec des pays tiers et des organisations internationales. Sept nouvelles indications géographiques ont été officiellement accordées, tandis que 22 agriculteurs et éleveurs se sont vu attribuer des prix de mérite.

«Il nous faudra quatre événements annuels de la taille du SIAM pour positionner Meknès comme une ville touristique de premier plan», indique d’emblée Adil Terrab, le président du Conseil préfectoral du tourisme comme pour dire que les retombées de la manifestation sur le secteur touristique dans la capitale ismaélienne sont plus que bénéfiques. «De la veille jusqu’à la clôture du Salon, le taux d’occupation dans les établissements classés est de 100% à Meknès et Ifrane», ajoute notre interlocuteur. Le son de cloche est le même du côté du CRT de Fès dont le président Driss Naceh nous informe qu’une partie non considérable des hôtels et maisons d’hôtes de sa ville viennent en renfort pour combler le besoin en termes d’accueil, qui dépasse de loin les 1500 lits classés dont dispose Meknès. Des propriétaires de maisons et d’appartements dans les quartiers avoisinants le site du SIAM trouvent également leur compte en proposant des offres de location à partir de 200 DH. Les résultats exceptionnels qu’enregistrent, durant le mois d’avril, les entreprises locales qui opèrent dans les secteurs de la restauration ou de l’intérim témoignent également de l’intérêt que présente le SIAM pour le tissu économique local.