Le secteur du cuir est mal dans sa peau

Le diagnostic réalisé en collaboration avec Euro Maroc Entreprise dévoile les maux du secteur.
La création d’une filière performante et le repositionnement sur les marchés étrangers deviennent une nécessité.

Depuis l’affaire du Wet-blue (exportation illégale de peaux semi-finies), le secteur du cuir ne fait plus parler de lui. Pourtant, il vit un grand malaise et «les entreprises rament à contre-courant», explique-t-on auprès de la Fédération des industries du cuir (FEDIC). Les dirigeants de la fédération affirment qu’ils ont réagi en tirant la sonnette d’alarme, sans effet. «Nous ne sommes pas écoutés par les pouvoirs publics. Plusieurs réunions tenues, mais aucune réaction, à ce jour».
Le secteur du cuir, contrairement au textile, n’a pas vu les différentes actions de restructuration et de mise à niveau de ses entreprises aboutir. Même le projet de contrat-programme, en gestation depuis quelques années déjà, est aujourd’hui en veilleuse.
Il fallait donc réagir. La FEDIC, en collaboration avec Euro Maroc Entreprises (EME), vient de boucler une étude ; ou plus exactement un diagnostic des trois principales filières du secteur : la tannerie, la chaussure et la maroquinerie. Le travail effectué devrait servir de base à l’élaboration d’un nouveau projet de contrat-programme et à la mise à niveau de l’industrie du cuir.

Un système de cotation des peaux brutes empêcherait la spéculation
Globalement, l’étude établit que le secteur dispose de plusieurs atouts (maîtrise de l’approvisionnement en matières premières, traitement des peaux jusqu’aux produits finis, compétitivité de la main-d’œuvre, etc.), mais les trois filières souffrent de plusieurs maux.
Pour la tannerie, qui compte une dizaine d’entreprises structurées, implantées principalement à Casablanca, Mohammedia et Marrakech, les conclusions de l’étude révèlent une insuffisance des peaux en raison de la stagnation de l’abattage des ovins (1,1 million d’ovins et 14 millions de bovins par an), l’absence d’un suivi vétérinaire entraînant plusieurs maladies parasitaires affectant la qualité des peaux ainsi que les mauvaises conditions de salage et de stockage. A tout cela s’ajoutent les importantes fluctuations du prix des peaux et la spéculation due à l’anarchie régnant dans le circuit de ramassage et à la multiplicité des intermédiaires.
A partir de ce constat, le cabinet d’expertise a formulé plusieurs recommandations visant «la normalisation du secteur de la tannerie». Trois actions sont préconisées : la mise en place d’un programme de sensibilisation des acteurs en amont de la tannerie (éleveurs, abattoirs) sur les conditions d’élevage et d’abattage. Le cabinet suggère ensuite l’instauration d’un statut professionnel de «collecteur-contrôleur» dont pourraient bénéficier les jeunes diplômés de l’école de tannerie. Le troisième axe consiste en la création d’un système de cotation des peaux brutes pour réguler ce marché. Les experts préconisent, par ailleurs, le regroupement des tanneries dans un seul site industriel et la création de passerelles tanneurs-utilisateurs, visant l’adaptation de l’offre aux besoins des chausseurs, maroquiniers et fabricants de vêtements. Et pour coller aux exigences des marchés, les tanneurs sont invités à établir des liens avec les cabinets de style.

Maroquinerie : le label Maroc se dégrade
En outre, les experts préconisent «un véritable plan de guerre pour le repositionnement de la filière de la chaussure», qui semble avoir perdu du terrain.
Si la chaussure marocaine est vendue sur les grandes places européennes et répond aux exigences de qualité requises par les donneurs d’ordre, elle souffre quand même de plusieurs faiblesses: créativité limitée, faible technicité, outil de production obsolète et locaux inadaptés. Et la fabrication porte essentiellement sur la chaussure pour homme. Les experts estiment que le repositionnement de la chaussure passe par l’investissement dans le matériel de production et dans l’immatériel, notamment la formation, l’assistance technique et le marketing.
Mais, au-delà de son intérêt pour l’export, la filière doit également contribuer au développement du marché local, qui est aujourd’hui désorganisé.
Pour la maroquinerie, dernière filière diagnostiquée par les experts, l’étude révèle plusieurs atouts, notamment une forte tradition dans les métiers de transformation de la peau, une proximité géographique des centres de mode et la disponibilité des matières premières. Mais ces «forces» ne peuvent cacher des vérités flagrantes comme la mauvaise image du «made in Morocco», le retard technologique, la forte dépendance de la sous-traitance et la faiblesse du réseau commercial. Pour palier ces faiblesses, l’étude recommande «l’aide à l’émergence de l’image de marque Maroc, de favoriser la participation aux salons internationaux, mettre en place une assistance technique et enfin, l’industrialisation des structures». En un mot, l’Etat est sollicité pour mettre en place desmesures d’accompagnement

Si la chaussure marocaine se vend toujours à l’étranger en raison de sa qualité, il n’en reste pas moins que la créativité fait défaut et que l’on vend essentiellement des souliers pour homme.