Le secteur de l’aluminium bat de l’aile

L’activité pâtit des effets de la mauvaise conjoncture liée au BTP. La concurrence étrangère a contribué à l’enfoncer. Le PVC constitue une alternative intéressante, que ce soit en termes de coût ou d’isolation.

Le secteur de l’aluminium pâtit des effets du marasme qui règne dans le secteur du BTP, tout comme les autres matériaux de construction. «La structure de la demande en menuiserie aluminium pour l’immobilier résidentiel a, au cours des trois dernières décennies, évolué avec la professionnalisation des promoteurs et la relative standardisation des programmes. Puis, avec l’éclatement de la bulle immobilière, l’ajustement des quantités par les prix s’est opéré pour entraîner le segment des produits standards dans une spirale baissière»», explique Nicolas Kepel, directeur stratégie et développement chez Jet Contractors.

Naturellement, les industriels ont réduit leur production, certains de presque la moitié, pour éviter de constituer un stock. En parallèle, «tant en matière de produits standards que pour ce qui concerne les profilés, l’arrivée massive de la concurrence internationale, notamment européenne, a sans nul doute contribué à assécher les marges des opérateurs locaux», ajoute M.Kepel. Dans un tel contexte, les producteurs ayant les reins solides ont choisi de diversifier leur activité, de s’orienter davantage vers les marchés publics, en réservant une infime partie de leur activité au secteur immobilier.

Par contre, les efforts consentis par les opérateurs pour introduire sur le marché de nouveaux produits n’ont pas donné grand-chose. En effet, les promoteurs et les entreprises de construction commencent à privilégier d’autres matériaux, en l’occurrence le PVC, qui est par nature isolant. Même le secteur public semble suivre cette vague. La quasi-totalité des cahiers des charges d’organismes étatiques, comme Al Omrane, demande du PVC et plusieurs opérateurs privés lui emboîtent le pas. «Si l’on prend le segment des fenêtres, 70% des fenêtres produites en aluminium étaient destinés aux logements sociaux.

Aujourd’hui, cela ne représente même pas 30%», confirme un professionnel du marché. «Avec la majorité des fenêtres que nous avons au Maroc, en aluminium sans rupture de pont thermique et avec un simple vitrage, les déperditions thermiques sont de l’ordre de 20%. Autrement dit, dans un logement classique avec 5 fenêtres, c’est l’équivalent d’une fenêtre ouverte en permanence et tout au long de l’année», explique Sabry Ziadi, directeur général de Meksa Industries. Toujours est-il que des fenêtres en aluminium sans rupture de pont thermique sont encore utilisées dans des projets immobiliers, afin de faire baisser le coût du logement, mais présentent l’inconvénient d’enfreindre la réglementation thermique.

Toujours très demandé pour le haut standing

Effectivement, si le PVC commence à prendre une place dans le marché, «c’est en raison de l’implémentation de la réglementation thermique par l’AMME», commente M. Ziadi. De plus, l’aluminium reste un matériau plus cher que le PVC, avec un surcoût allant de 20% à 30%, lorsqu’elles respectent les exigences de la réglementation thermique. Et si, il y a une vingtaine d’années, il était difficile d’envisager des couleurs dans le PVC, il est désormais possible, avec le mat, le noir ou encore l’anthracite. Toutefois, le taux de pénétration reste encore faible. Il est aux alentours de 15%, alors qu’en France, il varie de 60% à 70%.
Pour trouver un juste milieu, des opérateurs ont innové en mixant deux produits, soit le PVC et l’aluminium, ou encore l’aluminium et le bois; sauf que le prix est contraignant, surtout pour la seconde option. Du reste, l’aluminium reste le produit idéal pour les très larges ouvertures, car le PVC est plus avantageux pour les dimensions de fenêtres standard. En face, le bois offre un cachet authentique et une bonne isolation thermique. En revanche, il s’agit de l’option la plus chère et contraignante à entretenir.
«Peut-on dire pour autant que la fenêtre en aluminium disparaîtra, je ne pense pas et cela n’est pas souhaitable. Les fenêtres en aluminium à rupture de pont thermique sont relativement efficaces, bien que coûteuses», fait remarquer M.Ziadi. En effet, les projets immobiliers de haut standing sont toujours demandeurs d’aluminium dans leur construction, de même que certains projets étatiques.