Le revenu disponible des ménages progresse lentement depuis 2010

La consommation des ménages progresse plus rapidement que leur revenu. Il en résulte que l’épargne ralentit et accuse même des baisses certaines années. Le salaire demeure la première composante du revenu disponible brut des ménages.

Après des croissances élevées culminant à 10,2% en 2008, 7,2% en 2009 et 6,3% en 2013, le revenu disponible brut (RDB) des ménages a fortement ralenti en 2014 (dernier chiffre arrêté pour cet indicateur), enregistrant une hausse de 1,7%, à 632,4 milliards de DH courants, selon des données fournies par les comptes des secteurs institutionnels publiés par le HCP. Par ménage, le revenu disponible brut ressort à 86 465 DH par an et à près de 19 000 DH par tête en 2014, au lieu de 70 605DH par ménage et 14120 DH par tête en 2007.

C’est clair, observé sur une longue période, le revenu disponible brut des ménages, pris dans sa globalité, a augmenté de manière assez conséquente. Entre 2007 et 2014, en effet, cette variable a crû de 5,5% par an en moyenne. Compte tenu de la faiblesse du niveau d’inflation enregistré sur cette période, en particulier au cours des années 2009, 2010, 2011 et 2014 (avec un taux inférieur à 1%), le pouvoir d’achat des ménages a ainsi augmenté en moyenne de l’ordre de 4% par an. Bien entendu -faut-il d’ailleurs le répéter à chaque fois-, ce niveau de progression du pouvoir d’achat n’est pas le même pour tous, pas plus qu’il n’est le même pour les ruraux et pour les citadins. C’est une moyenne à l’échelle macroéconomique, qui indique une tendance générale mais pas les situations particulières de chacun.

Cette précision faite, de quoi est constitué le RDB des ménages et comment ses différentes composantes ont évolué sur la durée ? Comme chacun peut s’en douter, la structure du RDB des ménages est dominée par la rémunération des salariés. Celle-ci a représenté 48,3% du revenu disponible brut des ménages en 2014 (ou 305,25 milliards de DH) contre 46,8% en 2007 (ou 203,8 milliards de DH). Après avoir stagné autour de 46% du RDB entre 2007 et 2010, la part de la rémunération des salariés a légèrement augmenté à partir de 2011 pour représenter en moyenne 47% par an sur l’ensemble de la période observée. En France (difficile de trouver des statistiques sur cet indicateur pour d’autres pays), la part salariale dans le revenu disponible brut des ménages se monte à quelque 53% en moyenne. Mais, il faut le préciser, pour les couches sociales aisées, cette part est bien plus importante ; elle approche pour les très aisées les 70%. Au Maroc, pour rappel, le salariat est encore relativement faible ; il représente 46% de l’ensemble de la population active occupée. Dans les pays développés, comme nous l’indiquions ici même il y a peu, le taux de salariat, pour certains d’entre eux, monte jusqu’à 80% de l’ensemble des travailleurs.

Le revenu généré par les entreprises individuelles représente 40,7% du total

Mais il ne faudrait pas se méprendre : le salariat dans le monde, avec la globalisation et la crise économique que l’on sait, est entré dans un processus de déclin au point que l’Organisation internationale du travail (OIT) réfléchit désormais à s’occuper également des formes d’emplois informels et précaires, après s’être cantonnée depuis sa création à l’emploi classique. Dans son rapport 2015, l’OIT précise que le salariat ne représente plus que la moitié de l’emploi dans le monde. En Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, le salariat concerne seulement 20% des travailleurs. C’est dire qu’avec 46% de salariat, le Maroc n’est pas si mal loti que cela, même si ce statut professionnel accuse une forte rigidité à la hausse.

La deuxième composante du revenu des ménages au Maroc, par ordre d’importance, c’est l’excédent brut d’exploitation et le revenu mixte, c’est-à-dire tout simplement le revenu généré par les entreprises individuelles. Il a représenté 40,7% (ou 257,14 milliards de DH) du revenu disponible brut des ménages en 2014 contre 40,5% (ou 176,5 milliards de DH) en 2007. Sur l’ensemble de la période, sa part est de quelque 42% par an en moyenne.

En troisième position, on trouve les transferts courants nets reçus, principalement les envois des MRE, avec une proportion de 11,8% en 2014 (ou 74,4 milliards de DH) contre 13,6% (soit 59,4 milliards de DH) en 2007. Avec l’apparition de la crise économique internationale, notamment dans les pays de résidence des MRE, la part des transferts courants nets a accusé un ralentissement en s’établissant à une moyenne de 11,5% entre 2009 et 2014. Les prestations sociales autres que celles en nature (c’est-à-dire les pensions dans leurs diverses formes, les aides monétaires, l’allocation chômage…) constituent la quatrième composante du revenu disponible des ménages. Sa part dans ce revenu a augmenté à 10,75% en 2014 (soit près de 68 milliards de DH) contre 9,1% en 2007 (39,7 milliards de DH). Cette hausse est probablement liée, en particulier, à la revalorisation de la pension minimale, à l’aide monétaire directe aux enfants scolarisés… D’ailleurs, les chiffres du HCP montrent que c’est à partir de 2012 que cette composante du revenu des ménages a commencé à progresser, tandis qu’elle a stagné autour de 9,2% auparavant.

86% du revenu disponible sont dédiés à la consommation

Cinquième composante du RDB des ménages, enfin, les revenus nets de la propriété reçus (intérêts, dividendes, loyers…). Ces revenus nets de la propriété reçus par les ménages en 2014 s’élevaient à 25 milliards de DH, soit 4,1% de leur RDB, au lieu de 19,2 milliards en 2007 ou 4,4% du RDB. Là encore, la part de cette composante, sur l’ensemble de la période considérée, n’a connu que des variations infimes, presque insignifiantes. En moyenne, elle est de l’ordre de 4,2%. Notons ici que ces revenus de propriétés proviennent pour l’essentiel des intérêts et des dividendes perçus, les revenus de l’assurance-vie et du loyer demeurant encore relativement faibles.

Ce revenu disponible brut, à quoi les ménages le destinent-ils ? A la consommation, dans une très large proportion. En 2014, en effet, les dépenses de consommation des ménages ont représenté 87,5% (ou 533,3 milliards de DH) au lieu de 85,6% (ou 372,9 milliards de DH) en 2007. En moyenne sur la période, les ménages ont consacré 86% de leur revenu disponible brut à la consommation (voir encadré). On peut par conséquent dire que la propension moyenne à consommer est élevée au Maroc. Et ceci se traduit par un niveau d’épargne relativement faible. En moyenne, l’épargne brute des ménages ressort à 14% par an sur la période observée. Au cours des années 2010, 2012 et 2014, elle a même accusé des baisses. En 2014, par exemple, l’épargne brute des ménages, en valeur absolue, a baissé à 81,6 milliards de DH, contre 90,33 milliards en 2013. En proportion du RDB, elle s’établit à 12,9% en 2014 au lieu de 14,5% une année auparavant. Cette évolution résultant d’une hausse de la consommation plus élevée que le revenu.

Il faut cependant préciser ici que même en France, par exemple, la part de la consommation des ménages dans leur revenu disponible est élevée, atteignant quelque 80%. La différence avec un pays en développement comme le Maroc est que, dans les pays développés, la base (ou le dénominateur) est tellement élevée que même si 20% ou 15% seulement du revenu sont épargnés, cela représente des sommes énormes.

Le problème de l’épargne au Maroc n’est pas nouveau, il se pose depuis quelques années, au moins depuis 2008/2009. Question de revenu ? D’instruments de placement ? C’est un autre débat… 

Selon une récente enquête du HCP sur les dépenses de consommation, couvrant la période du 1er juillet 2013 au 30 juin 2014, la dépense annuelle moyenne par ménage est évaluée à 76 317 DH, soit environ 6360DH par mois. Cette moyenne, comme indiqué plus haut, cache d’importantes disparités entre les catégories sociales et entre l’urbain et le rural. En effet, l’enquête du HCP montre que la dépense de consommation moyenne pour un ménage urbain était de 7 273 DH par mois (donc supérieure à la moyenne nationale) et pour un ménage rural de 4 629 DH par mois. Ainsi, la dépense de consommation moyenne du premier est 1,6 fois plus élevée que celle du second. Par ailleurs, le HCP précise que, à l’échelle nationale, la moitié des ménages (soit près de 3,7 millions de ménages) dépense moins de 58 687 DH par an, soit 4891DH par mois. En milieu rural, cette valeur médiane tombe à 47 125 DH par an, soit 3927 DH par mois et par ménage. La dépense médiane par personne est évaluée à 966 DH par mois au niveau national, à 1 190 DH en milieu urbain et à 723 DH en milieu rural. Ce qui amène le HCP à conclure que si le niveau de vie, appréhendé ici par la variable consommation, tend à s’améliorer, les disparités sociales et spatiales, par contre, ne se résorbent pas, elles s’accroissent même parfois.