Le rapport inquiétant de l’INRH sur le stock de sardine

Plus de la moitié du stock de sardine risque de périr en mer faute d’effort de pêche adéquat.
De gros intérêts sont en jeu en l’absence d’une stratégie à long terme pour le développement de cette pêcherie.
Professionnels, armateurs et industriels manifestent leur colère.

On n’en est pas à un paradoxe près dans le secteur de la pêche. Alors que, de manière générale, l’amenuisement de la ressource inquiète toute la filière, un million de tonnes de sardines adultes sont en perdition entre Safi et Lagouira, faute de plan d’aménagement adéquat. Le dernier rapport de l’INRH (Institut national de recherche halieutique) sur l’état des stocks des petits pélagiques, à l’issue de la campagne d’évaluation effectuée du 13 novembre au
9 décembre 2004, est clair. Les rédacteurs du rapport notent que «la caractéristique principale est la prédominance des adultes, particulièrement dans la zone sud, entre Boujdour et Lagouira. Il semble que le stock ait atteint sa capacité de charge et sa limite de croissance».
L’INRH estime à 7 millions de tonnes le stock de sardines, dont un million qui devrait être immédiatement pêché. Le stock global est réparti entre la zone de Safi-Tarfaya (840000 tonnes), celle allant de Tarfaya au sud de Boujdour (433 000 tonnes) et celle située au sud de Boujdour (près de 5,5 millions de tonnes). Ces constats sont venus corroborer les recommandations de ce même institut, formulées dans son rapport relatif à l’évaluation de l’exploitation de cette pêcherie au terme de l’exercice 2003. Dans ce document, les responsables de l’INRH notent que «pour ce qui concerne la pêcherie au sud, le stock de sardine est relativement sous-exploité. La biomasse du stock a atteint un niveau optimal de la capacité de charge de la zone. Son exploitation est recommandée pour stimuler la productivité de l’écosystème de la zone sud».

Un stock de 7 millions de tonnes, dont un million devraient être pêchées immédiatement
Curieusement, l’effort de pêche autorisé par le ministère ne permettra jamais d’exploiter ce million de tonnes menacé de disparition en raison de son vieillissement. Trois catégories d’opérateurs ont aujourd’hui accès à ce stock. D’abord les Russes qui, dans le cadre de la dernière convention de coopération signée en 2004, ont droit à 200 000 tonnes de pélagiques. En deuxième lieu, il y a les congélateurs de Dakhla qui ont opté, dans le cadre du plan de sauvetage de cette activité élaboré l’an dernier, pour la reconversion dans la pêche du pélagique. Leur quota a été fixé à 200 000 tonnes également.
La troisième et dernière catégorie est celle des armateurs côtiers-sardiniers. Etrangement, une note du département de Mohand Laenser a limité à vingt le nombre de chalutiers autorisés à pêcher la sardine avec un quota de 15 tonnes chacun par jour, soit, dans le meilleur des cas, un plafond de 110 000 tonnes par an pour toute la flotte ! Autrement dit, il y aura au moins 500 000 tonnes de sardines qui ne seront pas pêchées et qui périront en mer !
La décision du ministère n’a pas manqué de susciter les réactions des professionnels. Lahcen Bijdiguen, président de la Confédération nationale de la pêche côtière au Maroc, dans une missive adressée au secrétaire général des pêches, s’interroge sur les raisons qui sous-tendent la décision du ministère de tutelle. Le président de la Confédération ne fait pas de détour lorsqu’il s’agit d’aborder la situation de l’affrètement. «Ce plan tend à ménager les intérêts d’une poignée d’opérateurs sans aucune considération pour le devenir de la flotte sardinière nationale», assène-t-il. Cette attaque vise les industriels de la congélation de Dakhla qui, dans une large proportion, et à quelques exceptions près, ont mis leurs licences à la disposition d’opérateurs des pays nordiques notamment.
D’autres sources confirment par ailleurs que «la limitation de l’effort de pêche ne peut servir que les intérêts de ces opérateurs étrangers». Elles expliquent qu’en «maintenant la pression sur la demande et en limitant l’offre, les prix du poisson demeureront inscrits à la hausse sur les marchés internationaux au profit de quelques fournisseurs».
La situation est telle qu’elle pourrait aboutir à un scénario identique à celui, catastrophique, vécu par le secteur en 1996. Une année qui a été marquée par la disparition quasi totale de la biomasse des adultes (voir tableau). Les professionnels se rappellent en effet cet exercice où le stock a chuté de 4,6 millions de tonnes à seulement 240 000 t, en l’espace de seulement douze mois, sans que le secteur ni l’économie nationale ne puissent en bénéficier. La reconstitution de la biomasse avait alors nécessité pas moins de six années .