Le Ramed au quotidien : même avec un récépissé on accède aux soins complets…

2 234 cartes distribuées pour le moment à  Casablanca, mais environ 5 600 personnes prises en charge. 40 à  50 personnes traitées chaque jour à  l’hôpital régional Moulay Youssef de Casablanca.

Le Régime d’assistance médicale aux économiquement démunis (Ramed) prend ses marques. Généralisé au printemps 2012, il est opérationnel à Casablanca depuis le mois d’avril. 2 334 cartes ont été distribuées dans la wilaya du Grand Casablanca, indique-t-on auprès de l’Observatoire du régime pour la région. Mais cela n’empêche pas les malades, dont la famille n’en dispose pas encore, de se faire soigner, en utilisant le récépissé de dépôt du dossier, souligne Amina Idrissi Azzami, responsable de l’observatoire. Pourtant, ce document ne peut être utilisé, et donc remplacer la carte Ramed (qui est délivrée ou refusée dans un délai de 2 mois), que dans les cas urgents afin de permettre une prise en charge rapide des patients. Seulement, en raison d’une communication qui laisse à désirer et pour éviter le mécontentement des patients démunis en ces temps de tension sociale, les hôpitaux sont contraints de prendre en charge tous ceux qui le présentent. Sachant que 60% des «ramédistes» pris en charge à l’heure actuelle sont détenteurs de récépissés, ce sont donc 5 600 personnes qui sont éligibles aujourd’hui à la panoplie complète des soins du Ramed.

Une situation qui a d’ailleurs donné lieu à des cas de fraudes identifiées par les responsables de l’observatoire. «Contrairement à la carte du Ramed qui comporte les noms et la date de naissance des enfants ainsi que la photo du détenteur et celle de son conjoint, le récépissé ne comporte aucune indication de ce genre et est parfois utilisé par des personnes autres que les bénéficiaires légaux !», raconte Mme Idrissi. Pour contourner ce problème, à l’hôpital régional Moulay Youssef de Casablanca, l’assistante sociale procède, lorsque c’est possible, à un contrôle d’identité. «Lorsque j’ai un doute sur la bonne foi de la personne, je lui demande son livret de famille pour vérifier sa situation ainsi que le lien de parenté avec le patient à prendre en charge», indique Leila Aghil, assistante sociale de l’hôpital. Ce dernier a dû aussi créer un registre spécial où sont portés quotidiennement les détenteurs de récépissés pris en charge en dehors de toute urgence. Ce qui permettra d’avoir une traçabilité des soins et des dépenses engagées.

Les prises en charge concernent toutes les spécialités existantes à l’hôpital

«En dehors des problèmes liés au récépissé, le système fonctionne bien et l’hôpital a pris les mesures nécessaires pour sa réussite», confie le Dr Mustapha Reddadi, directeur régional du ministère de la santé de la région du Grand Casablanca. Il souligne que les bénéficiaires du Ramed sont accueillis au niveau du service d’accueil et d’admission de l’hôpital avant d’être dirigés vers les services de soins concernés.

En fait, le circuit de soins commence, selon le Dr Faham Amina, responsable du service d’accueil et d’admission, au niveau du centre de santé relevant du lieu de résidence du malade. Si la prise en charge ne peut se faire dans ce centre, il est dirigé vers l’hôpital préfectoral ou vers l’hôpital régional. Et en cas de besoin, il est pris en charge par le Centre hospitalier universitaire Ibn Rochd. «L’objectif de ce circuit est d’assurer une prise en charge appropriée du patient, d’une part, et, d’autre part, d’éviter l’engorgement des structures sanitaires», explique le Dr Mustapha Reddadi. Le patient peut aussi être dirigé vers l’Institut Pasteur et le laboratoire de la Faculté de médecine si des examens complémentaires sont nécessaires.

L’hôpital Moulay Youssef reçoit, quotidiennement et depuis que le Ramed est opérationnel, à la mi-avril, entre 40 et 50 patients. Les malades ont bénéficié de consultations spécialisées dans les services de cardiologie, de néphrologie, de diabète et d’hospitalisations. L’hôpital a procédé à quatre greffes de reins avec une prise en charge gratuite du donneur alors qu’en principe seul le greffé pouvait bénéficier de la gratuité des soins. Par ailleurs, on compte 520 personnes souffrant d’insuffisance rénale terminale qui sont traités au niveau de centres de dialyses privés suite à la convention signée par le ministère de la santé qui a alloué un budget annuel s’élevant à 4,5 milliards de DH pour les séances de dialyse.

Les dépenses de soins facturées, depuis l’entrée en vigueur du Ramed, par l’hôpital Moulay Youssef, varient de 200 DH à 6 000 DH. Le directeur régional du ministère de la santé tient à préciser que «pour la transparence des procédures, il est établi trois factures dont l’une est remise aux patients afin qu’ils connaissent le coût de leur prise en charge, l’autre reste à l’hôpital et la troisième est adressée au ministère de la santé». Cette procédure est certes lourde mais elle permettra, selon le ministère de la santé, d’évaluer le coût du Ramed par hôpital afin d’allouer les budgets adéquats.