Le quart des intoxications déclarées est dû aux médicaments impropres à  la consommation

Aphrodisiaques, produits dermatologiques et sirops… On trouve un peu de tout sur le marché. Certains produits sont fabriqués artisanalement par des herboristes ou importés en contrebande. L’ampleur du phénomène n’est pas mesurée avec exactitude, mais le ministère de la santé et la répression des fraudes restent vigilants.

Le Maroc n’échappe pas au fléau des ventes illégales de médicaments et de la fabrication de produits médicamenteux illicites. L’article 30 de la loi 17-04 portant Code du médicament et de la pharmacie instaure certes l’obligation de la vente du médicament en pharmacie mais le circuit non conventionnel reste important et présente de sérieux dangers pour la santé des citoyens, dit-on au Centre anti-poison et de pharmacovigilance du Maroc (CAPM).
La répression des fraudes procède souvent à des saisies de médicaments de contrebande ou produits de fabrication douteuse dans diverses régions du pays. Mais en l’absence de statistiques, il est difficile d’estimer la valeur et le volume de ce circuit parallèle. On retiendra cependant que les intoxications médicamenteuses arrivent en deuxième position après les intoxications alimentaires. Elles représentent près de 25% des intoxications déclarées au centre anti-poison et de pharmacovigilance. Selon l’Organisation mondiale des douanes, le trafic des médicaments contrefaits et en contrebande enregistre une croissance régulière et représente aujourd’hui 10% du marché mondial du médicament.
Que trouve-t-on au Maroc et comment la lutte contre ce phénomène est-elle organisée ? En décembre 2014, une usine de fabrication de faux médicaments a été démantelée à Dhaka, capitale du Bangladesh, et son propriétaire, qui utilisait également de l’eau courante pour fabriquer des traitements pour les yeux et le nez, a été condamné à 2 ans d’emprisonnement. Au Pérou, près d’une tonne de médicaments d’origine douteuse a été saisie dans la province de Chiclayo, et cinq pharmacies proches de l’hôpital de la région ont été fermées. Par ailleurs, en 2014 toujours, au Royaume-Uni, le MHRA (l’Agence de réglementation des médicaments et des produits de santé) a saisi environ 1,8 million d’unités de produits pharmaceutiques illégalement acquis, contrefaits ou conservés dans de mauvaises conditions sanitaires, principalement originaires de Chine ou d’Inde. Pour la première fois, le MHRA a poursuivi plusieurs comptes Youtube et retiré 18 671 vidéos redirigeant les internautes vers des sites internet proposant des médicaments illicites. Des cas qui illustrent la hausse de produits pharmaceutiques contrefaits dans divers pays.

La dexaméthasone est utilisée pour fabriquer un stimulateur de prise de poids

Au Maroc, le phénomène n’atteint pas cette ampleur dans la mesure où la fabrication illégale de médicaments demeure artisanale. Elle relève, selon le ministère de la santé, des herboristes qui fabriquent des comprimés, suppositoires et sirops à base de médicaments (corticoïdes et viagra) et de plantes. Ces produits destinés le plus souvent à «traiter» des problèmes sexuels (dysfonctionnement érectile), des maladies dermatologiques ou encore des allergies diverses.  
Un phénomène contre lequel le ministère de la santé lutte régulièrement via des émissions à la radio pour sensibiliser les citoyens à l’utilisation dangereuse de ces produits, et également par le biais d’opérations de contrôle et d’inspection dans les souks de diverses villes. Cependant, ce département, n’ayant pas force d’autorité publique, ne peut intervenir. Il est seulement habilité à saisir la répression des fraudes, qui dépend du ministère de l’intérieur, pour la saisie de ces produits.
Sans avancer de chiffres, des sources proches du dossier expliquent que le circuit informel au Maroc porte à la fois sur les faux médicaments et sur les ventes illégales de médicaments. Il varie aussi en fonction des régions. Ainsi, en ce qui concerne les «faux médicaments», les ventes sont surtout concentrées dans le Sud du pays, portent sur «Derdek» fabriqué à partir de corticoïdes. Cette substance utilisée comme stimulateur de prise de poids contient de la dexaméthasone. L’importante utilisation de ce produit explique la forte prévalence du diabète et de l’hypertension chez la population féminine des villes du Sud. Dans les autres villes comme Casablanca, Rabat et El Jadida, c’est «Cheddad lkoua» destiné aux problèmes sexuels.

Dans l’Oriental, et précisément à Oujda, il s’agit plutôt de médicaments souvent périmés importés en contrebande d’Algérie. La gamme des produits est très large, selon le ministère de la santé, et les prix défient toute concurrence. On y trouve même des anti-cancéreux onéreux (20 000 dirhams la boîte) dont le prix est divisé par dix !. La clientèle est principalement constituée de personnes ne bénéficiant pas de couverture médicale et atteintes de maladies lourdes et coûteuses.

Les ventes en épicerie porte essentiellement sur les produits sans prescription médicale

Le troisième canal illégal de vente de médicaments est l’épicerie. Ce commerce porte essentiellement sur les OTC (over the counter), soit des médicaments en vente libre donc sans prescription médicale. Il s’agit d’antalgiques, antitussifs, anti-inflammatoires, compléments alimentaires et vitamines. Ces médicaments de comptoir sont aujourd’hui vendus en grande surface dans plusieurs pays d’Europe et aux USA. Au Maroc, leurs ventes relèvent toujours des officines et constituent une part importante du chiffre d’affaires des pharmaciens dont on comprend aisément leur réticence à l’autorisation de vente dans les épiceries. Celles-ci s’approvisionnent auprès des pharmacies et procèdent à la vente à l’unité de médicaments à base d’aspirine (Aspro) et de paracétamol. Mais ces ventes ne sont pas, de l’avis du ministère de la santé, très importantes et ne représentent pas, ajoute-t-on du côté des industriels, une menace sérieuse pour le marché du médicament. Néanmoins, l’utilisation abusive en automédication de ces produits provoque, selon le CAPM, des hémorragies et des ulcères. Donc si l’enjeu commercial ne pèse pas lourd, les risques sur la santé doivent toutefois être sérieusement évalués.