Le projet d’une stratégie pour le chantier naval activé

Une étude va être lancée dans les prochaines semaines pour mettre en place une stratégie pour le secteur de la réparation et la maintenance des navires. Elle sera principalement focalisée sur le développement des infrastructures portuaires.

Aziz Rebbah, ministre de l’équipement et du transport, en parlait souvent comme un des chantiers phare de son mandat. Aujourd’hui, ses équipes passent à l’acte. Une étude devrait en effet être lancée dans les semaines à venir en vue de l’élaboration d’une stratégie pour le chantier naval. C’est là un secteur qui est présenté comme une véritable niche pour le développement des activités portuaires durant les prochaines années.

Concrètement, la direction des ports et du domaine public maritime, département chapeautant ce projet, souhaite lancer durant les deux prochaines années, au plus tard, une stratégie de développement des infrastructures portuaires dédiées à la construction et la réparation navales. L’objectif annoncé étant bien entendu de saisir les opportunités offertes par le marché international sur ce segment, en capitalisant sur deux atouts majeurs dont dispose le Royaume : son positionnement géographique lui permettant d’être à la croisée des lignes maritimes les plus fréquentées et la longueur de ses côtes. «Les activités de construction et de réparation navales s’inscrivent dans une conjoncture mondiale dynamique, marquée par un développement constant depuis plusieurs années», argue-t-on auprès du ministère de tutelle. Pourtant, avec la nette baisse du trafic maritime engendrée par la crise économique de 2008, le secteur de la réparation navale a logiquement subi quelques secousses. Cependant, selon les experts dans le domaine maritime, il s’est rapidement ressaisi, notamment grâce à l’augmentation des demandes pour de nouveaux navires et les exigences d’entretien de la flotte existante. Ceci a eu pour conséquence de saturer les infrastructures dédiées aux chantiers navals, particulièrement dans le pourtour méditerranéen. C’est ce qui pousse les autorités marocaines à s’y intéresser. «Nous sommes optimistes en remarquant que l’intérêt commence enfin à être donné à ce secteur», se réjouit Chafiq Essakalli, PDG de Chantiers et Ateliers du Maroc (CAM), seule entreprise marocaine à opérer dans ce domaine.

Un partenariat avec la Corée du Sud et la Chine pourrait être bénéfique

Il reste maintenant juste à savoir si le Maroc dispose réellement du potentiel nécessaire pour se positionner comme une plateforme importante dans la maintenance et la réparation navale. A en croire les experts, on est tenté d’y répondre par l’affirmative. «Au-delà de l’atout géographique, on a une main-d’œuvre suffisamment qualifiée et compétitive pour y parvenir», juge Najib Cherfaoui, expert maritime. Pour ce dernier, le Maroc aura tout intérêt à capitaliser sur l’expérience des pays dont le positionnement est déjà stratégique dans ce domaine. «La Corée du Sud et la Chine sont des pays qui ont déjà la mainmise sur le marché international. Il serait intéressant de développer des partenariats avec eux, en devenant par exemple leur pivot logistique dans la région afin de gagner rapidement des parts de marché», suggère l’expert.
Mais avant d’en arriver-là, il faudrait déjà commencer par doter le Royaume des infrastructures pour répondre à une demande plus importante. Car, si l’on en croit le seul opérateur marocain de ce domaine, il souffre déjà d’une insuffisance à ce niveau. «Si on ne considère que la flotte nationale, nous n’arrivons à capter que 20% à 30% des parts de marché, car nous ne disposons justement pas de la capacité pour faire mieux», explique Chafiq Essakali. En fait, actuellement, il n’existe qu’un seul site capable d’accueillir de grands bateaux, celui de Casablanca qui est le seul à disposer d’un quai à sec pour les réparations. Le reste des infrastructures est dédié à des bateaux de petite taille, voire réservé aux bateaux de pêche. Et encore, le quai de Casablanca n’est pas exclusivement dédié à la société Chantiers et Ateliers du Maroc puisque tout armateur y a droit, du moment qu’il passe par l’ANP à qui la gestion est confiée. Cette situation est particulièrement problématique puisqu’il peut arriver que la société opérant dans la réparation dispose d’un marché, sans pour autant que le quai ne soit disponible pour y répondre. «Et comme le temps d’immobilisation du navire est crucial dans ce domaine, les clients ne vont pas forcément attendre que le quai soit libre et préfèrent partir ailleurs, à Las Palmas par exemple», témoigne le patron de CAM.

La mise à niveau des infrastructures jugée plus urgente

L’autre problème relatif à ce quai concerne la visibilité quant à son déplacement. Pour rappel, dans le cadre du projet de la marina de Casablanca, il a été décidé que ce quai devait être relogé dans la zone d’avant port de Oukacha, mais pour l’heure, aucun planning n’est prévu. La lourdeur des investissements pourrait en effet être une source de retard quant à la concrétisation de ce projet.

Sur un autre registre, si les professionnels du maritime, y compris l’opérateur actuel de la réparation et la maintenance, se réjouissent du projet de développement des infrastructures nécessaires pour ce domaine dans d’autres ports, ils ne manquent cependant pas d’interpeller les pouvoirs publics sur le délai nécessaire pour la construction. Des projets de ce genre nécessitent en effet plusieurs années pour leur réalisation, ceci sans parler des moyens financiers qu’il faudra mobiliser avant. D’où l’intérêt de la mise en place d’une stratégie de mise à niveau des structures existantes, laquelle mise à niveau permettra de dynamiser ce secteur en attendant que les nouvelles infrastructures soient bâties. C’est du moins l’espoir nourri aujourd’hui dans le milieu maritime pour faire rapidement de la réparation navale un secteur porteur au Maroc.