Le projet d’interdiction des poids lourds à  l’intérieur des villes remis sur les rails

Bientôt, seuls les petits camions assureront le transport de marchandises dans les périmètres urbains. L’objectif est de décongestionner les villes et réduire les coûts de transport des entreprises n Une étude prévue en 2014 devrait tracer les grandes lignes du chantier.

Les villes marocaines seront bientôt débarrassées de ces semi-remorques et autres véhicules de grand tonnage qui transforment les déplacements urbains des citoyens en véritable calvaire. Si l’idée a été évoquée à maintes reprises par le passé sans jamais se concrétiser, cette fois-ci, l’Agence marocaine pour le développement de la logistique (AMDL) prend le dossier en main. Elle a prévu le lancement d’une étude sur la structuration de la logistique urbaine début 2014. Celle-ci a pour objectif de déterminer les contours de toute une vision devant permettre de réduire l’impact des flux de transport de marchandises à l’intérieur des villes sur le trafic de véhicules, ainsi que les nuisances qui en découlent.
En effet, l’intensification des flux de marchandises est l’une des raisons évoquées pour expliquer la densité du trafic dans les périmètres urbains. «Laisser agir la seule régulation naturelle ne permettra pas d’absorber les conséquences de ces flux», explique-t-on auprès de l’AMDL. Le problème se pose surtout dans les grandes villes, à l’image de Casablanca. La forte densité du trafic de véhicules, conjuguée aux besoins de plus en plus importants en approvisionnement en marchandises, rend la mise en place d’une stratégie de logistique urbaine plus que jamais urgente. Il aura fallu attendre le début de la concrétisation de la stratégie nationale pour le développement de la logistique pour qu’enfin le chantier soit ouvert. Et pour cause, la mise en place d’une vision pour la logistique urbaine entre parfaitement dans le cadre des mesures prévues par la stratégie. «Elle vient compléter les dispositions du contrat programme pour le developpement de la logistique», explique une source proche du dossier. En fait, il est prévu dans le cadre du programme la mise en place de zones logistiques multi-flux dans les périphéries d’une vingtaine de villes du Royaume. Ces zones devraient en principe jouer un rôle de plateforme-relais pour le transport de marchandises, dans le sens où les grands camions seront substitués dans la chaîne d’approvisionnement par des unités de petits tonnages qui prendraient le relais à partir de ces zones. C’est en tout cas l’idée de base. Pour y parvenir, c’est tout le système de logistique dans le milieu urbain qui devrait être revu, allant du stockage au transport et à la livraison, avec, en prime, un impact certain sur les entreprises. En effet, selon les estimations des professionnels du transport de marchandises, le transport en milieu urbain peut coûter jusqu’à 20% de l’ensemble des charges de transport supporté par l’entreprise dans la livraison de son produit. «La mise en place d’un système de mobilité plus fluide permettrait d’en réduire l’ampleur», ajoute un responsable logistique dans une grande entreprise industrielle. C’est ce à quoi tentera de répondre l’AMDL à travers la vision qu’elle souhaite mettre en place.

Des difficultés à surmonter

Ceci dit, la mission ne s’annonce pas vraiment de tout repos. D’abord, en raison de la multiplicité des acteurs qui devraient prendre part à ce projet.
«Développer une logistique urbaine nécessite l’implication, outre celle des opérateurs, des communes et collectivités locales», explique un spécialiste en logistique. Or, pour s’assurer de l’implication des acteurs locaux, il faudrait avant tout qu’ils soient conscients des enjeux qui sont liés à la logistique urbaine, ce qui n’est pas forcément le cas. «Très rares encore sont les communes ou villes qui identifient clairement dans leur organisation des interlocuteurs en charge de coordonner les différents aspects qui entourent cette question», reconnaît-on auprès de l’AMDL. Les effets de cette situation se sont déjà faits sentir dans plusieurs villes où la planification des mesures et des équipements tient souvent compte des perspectives de mobilité de personnes et non des besoins de la mobilité des marchandises.
L’autre difficulté qu’il faudra dépasser pour concrétiser ce chantier est, pour sa part, liée au retard accusé dans la mise en œuvre des contrats d’application régionaux du contrat programme de la logistique. En effet, force est de constater que seule la région de Casablanca dispose aujourd’hui de son contrat d’application, celui-ci ayant été signé en 2010, tandis que plusieurs autres régions attendent toujours. Ces contrats constituent pourtant le point de départ de toute nouvelle vision touchant à la logistique urbaine vu qu’ils vont régir les zones logistiques multi-flux de chaque ville.
Enfin, le dernier handicap, et non des moindres, concerne la spécificité même du secteur de la logistique. Aucune politique directrice globale n’est en effet possible pour couvrir l’ensemble du pays, en raison principalement des spécificités de chaque agglomération. Pourtant, l’enjeu aujourd’hui pour l’AMDL est justement de définir une vision qui aurait une portée nationale. L’idée explorée est de mettre en place des lignes directrices en prenant en compte la typologie de chaque ville, à charge à cette dernière de les décliner ensuite en mesures en tenant compte de ses propres spécificités. Ceci aurait donc pour conséquence logique de rendre ce travail plus long dans la durée, avec un risque de déséquilibre entre les régions selon la capacité de chacune d’elles à faire preuve de réactivité dans la mise en place de la vision. «Ce qui est sûr en tout cas, c’est qu’aucune stratégie de logistique urbaine n’est ponctuelle. Elle devra être réajustée au fur et à mesure du developpement du paysage urbain», ajoute le responsable logistique.