Le programme d’électrification rurale sera audité

85 % des foyers ruraux branchés à fin juillet 2006 ; 100% d’ici fin 2007

Des problèmes de conformité décelés au niveau de
certains ouvrages conçus pour durer 40 ans
L’ONE lance «le
livre blanc du PERG».

Pari tenu : le taux de réalisation du Programme d’électrification rurale globale (Perg) a atteint en juillet dernier 85%, selon l’Office national de l’électricité (ONE) qui espère parvenir en 2007 à l’objectif de 100 % -comme prévu par ailleurs dans la déclaration gouvernementale -, au lieu de 2010 prévu initialement.

A fin juillet 2006, le Perg a permis l’électrification de 25 100 villages, depuis le lancement du programme en 1996. A l’achèvement du projet, en 2007, ce sont 33 000 villages qui seront alimentés en électricité, soit une population de 12 millions d’habitants. Plus intéressant à signaler, l’électrification par raccordement au réseau conventionnel est de l’ordre de 91 %, le reste étant réalisé par le recours aux autres moyens, comme les kits photovoltaïques essentiellement.

La fin du Perg approchant, l’ONE réfléchit d’ores et déjà à capitaliser cette expérience, ou plutôt «cette aventure», comme le souligne Younès Maâmar, DG de l’ONE. Et pour ce faire, ce dernier a lancé une sorte d’audit de ce programme, qui sera synthétisé sous la forme d’un «Livre blanc du PERG», avec, espère M. Maamar, la collaboration de la société civile, des collectivités locales, de certaines agences de développement, etc.

Le premier axe sur lequel ce livre blanc va se pencher, ce sont les infrastructures. Avec le Perg, la capillarité du réseau ONE a été multipliée par 4. Il s’agira en quelque sorte d’auditer la qualité de ces ouvrages. Pourquoi ? Parce que l’ONE, à travers les investigations de la direction de la performance opérationnelle (voir l’entretien avec le DG de l’ONE dans La Vie éco du 22 septembre), dit s’être rapidement rendu compte qu’il existe «des problèmes parfois graves au niveau de la conformité de certains ouvrages», alors que ceux-ci ont été conçus pour durer en principe 40 ans. Le second axe, lui, est d’ordre économique. Le fait que la capillarité du réseau soit multipliée par 4 produit une incidence directe sur la structure des coûts, sur la fameuse subvention croisée rural/urbain. Le troisième axe est lié à l’aspect financier du projet: il s’agira de tirer les enseignements du mode de financement du Perg ainsi que de la contribution des bailleurs de fonds à sa réalisation.

Le quatrième axe est d’ordre social : le Perg était censé contribuer au développement du monde rural, fixer sur place les populations, etc. Il s’agira donc de vérifier si cet objectif a été atteint. Enfin, le bilan du Perg s’attardera sur la question de savoir s’il a atteint un autre objectif sous-jacent qui était de favoriser l’émergence d’une industrie électrique marocaine, mûre et indépendante.

Valoriser l’expérience du Perg à l’international
Une fois le bilan du Perg réalisé, l’ONE veut passer à l’étape suivante, celle de la valorisation de l’expérience. D’où la deuxième initiative lancée et qui est baptisée justement «Plan VER» (valorisation de l’électrification rurale). Selon le DG de l’ONE, le plan VER comporte trois segments. Le premier, c’est la valorisation des actifs, en liaison avec le premier axe du livre blanc, à savoir l’état des infrastructures. Il s’agit ici de savoir comment accompagner les activités à caractère économique, en milieu rural, de façon à mieux amortir ces actifs. «Avec par exemple des agences de micro-crédit, des agences de développement, on peut imaginer l’accompagnement des activités de soudure, de pompage, qui soient génératrices de revenus pour les populations concernées. Nous nous pencherons aussi sur l’électrification rurale agricole, une industrie très porteuse», explique Younès Maâmar.

Le deuxième segment du plan VER concerne la valorisation du service. Il consistera à répondre à la question suivante : comment améliorer l’interface entre le client final et le prestataire de service ? Il s’agit par exemple de voir comment externaliser des points de vente en milieu rural, d’étendre l’utilisation des compteurs prépayés. Il s’agira aussi d’établir des partenariats avec des institutions financières nationales qui ont un réseau de distribution dense afin d’améliorer la proximité, pérenniser les paiements des factures et aussi, un point positif pour ces institutions, améliorer le taux de bancarisation. Le troisième élément, enfin, c’est la valorisation de l’expérience, y compris en dehors du Maroc. «Nous pouvons créer de la valeur à l’international en participant, par exemple, à des projets d’électrification rurale dans le monde. On a déjà pris attache avec la Banque mondiale et celle-ci est très intéressée pour l’accompagnement de l’ONE dans des projets d’électrification rurale à l’international», confie le DG de l’ONE.