Le poids de l’informel continue de progresser : 11,5% du PIB en 2013

Le nombre d’unités informelles s’établit à 1,68 million, en hausse de 1,2% par an en moyenne depuis 2007. Le secteur informel a réalisé un chiffre d’affaires de 410 milliards de DH en 2013, une production évaluée à 185 milliards de DH et une valeur ajoutée de 103,34 milliards de DH. Ce secteur assure plus de 36% des emplois non agricoles à l’échelle nationale.

Il n’y a pas un seul débat, une seule discussion sur l’économie marocaine qui ne finit par évoquer le phénomène de l’informel. Tantôt on l’accable de tous les maux dont souffre le secteur organisé, tantôt on lui prête…des vertus, notamment celle de fournir une activité aux couches déshéritées, et donc un revenu. Selon le point de vue défendu, l’informel serait alors un filet social pour les uns, un handicap pour les autres. Et comme il s’agit par définition d’un secteur qui échappe aux «normes» d’appréhension et de compréhension de l’activité économique, on dit tout et n’importe quoi à son propos.

C’est pourquoi, le HCP, dont c’est le rôle, essaie à intervalle régulier de cerner le sujet, de montrer son poids, sa configuration, sa structure, etc. Après celles de 1999 et 2007, il vient de finaliser une enquête menée en 2013/2014 et dont les résultats montrent que le phénomène, loin de reculer, progresse bien au contraire.

Selon cette enquête en effet, il se crée au Maroc en moyenne 19 000 unités de production informelles (UPI) chaque année entre 2007 et 2013. Ce qui fait passer le nombre total d’UPI de 1,55 million en 2007 à 1,68 million en 2013, soit une progression moyenne de 1,2% par an.

Quelles sont les caractéristiques de ces UPI ? Selon le HCP, ces UPI, en très grande majorité créées par des hommes (90% des cas) et sur initiative individuelle (83% des cas), ne disposent pas, pour plus de la moitié (51,4%), d’un local fixe. Ces UPI disons itinérantes se recrutent surtout, précise l’enquête, dans les secteur du BTP, des services et du commerce. Elles sont moins de 20% à déclarer s’acquitter de la taxe professionnelle. Comme il est facile de le deviner, plus du tiers des entrepreneurs informels n’ont quasiment aucun niveau d’instruction, 33,6% ont un niveau primaire, 28,4% un niveau secondaire et 3,3% un niveau supérieur. Sur cet aspect du sujet, le HCP nous dit que, à peu de choses près, c’est la même situation qui a été observée en 2007. Trois quarts des créateurs d’UPI étaient à l’origine des actifs occupés. Cela peut signifier que ces derniers n’étaient pas satisfaits de leur travail ou probablement qu’ils avaient perdu leur emploi, suite à un licenciement ou à la fermeture de l’entreprise qui les emploie. L’enquête précise d’ailleurs que 70% de ces créateurs ayant déjà travaillé étaient des salariés.

Que représentent ces UPI, économiquement parlant ? L’enquête du HCP révèle que celles-ci ont réalisé en 2013 un chiffre d’affaires (CA) de quelque 410 milliards de DH, en hausse de 6,5% par an en moyenne. Cela fait un CA annuel moyen de 245000 DH par UPI. Pour ceux que cela intéresse, les activités commerciales rapportent nettement mieux puisque le CA moyen y est de 337 000 DH. Par contre, dans les services, le CA tombe à 90 000 DH.

2,376 millions d’emplois en 2013

Ces UPI, bien entendu, produisent des biens et services et ceux-ci sont évalués à 185 milliards de DH en 2013, en augmentation de 7,9% par rapport à 2007. Pour leurs activités, les opérateurs informels ont investi 3,4 milliards de DH contre 2,7 milliards en 2007, rapporte l’enquête du HCP. Ce niveau d’investissement, indique l’enquête, représente 1,1% de la formation brute du capital fixe (FBCF) à l’échelle nationale en 2013 au lieu de 1,2% en 2007. Par secteur, ces investissements ont été réalisés pour 49,2% par des UPI opérant dans les services, pour 33,3% par des UPI relevant du commerce, pour 12,2% de l’industrie et pour 5,3% du BTP.

Ce que l’enquête du HCP révèle de plus intéressant encore, ce sont les chiffres suivants. D’abord, la valeur ajoutée produite par le secteur informel en 2013 avait progressé, par rapport à 2007, de 6,5% à 103,34 milliards de DH. Mais surtout, le taux de valeur ajoutée, qui s’établit à 55,9%, dépasse de loin celui réalisé dans le secteur organisé (42,5%) et même la moyenne nationale qui, elle, est de 53,9%. Cela veut dire que la valeur ajoutée de ces UPI représente près de 60% de la valeur de leur production. Et malgré l’importance du taux de valeur ajoutée, les salaires versés ne représentent en moyenne que 11% de la valeur ajoutée globale du secteur informel, soit 11,4 millions de DH. Dans l’industrie, la part des salaires dans la valeur ajoutée monte à 15,8%, et baisse à 8,9% dans le BTP. Par rapport à la masse salariale à l’échelle nationale, les salaires versés dans l’informel (les 11,4 millions de DH) ne représente que 4%.

Au total, la valeur ajoutée du secteur informel représente 12,6% de la valeur ajoutée au niveau national, au lieu de 12,3 en 2007. Sachant que les impôts et taxes acquittés par ce secteur étaient chiffrés à 1,7 milliard de DH en 2013, sa contribution au PIB a été de 11,5% au lieu de 11% en 2007.

L’autre chiffre intéressant à signaler concerne l’emploi. Le volume global de l’emploi dans l’informel, révèle l’enquête, est de 2,376 millions d’emplois en 2013, contre 2,216 millions en 2007, soit une hausse moyenne de 24600 postes par an. Par rapport à l’emploi total non agricole à l’échelle nationale, l’informel pèse, mine de rien, 36,3% au lieu de 37,3% en 2007. Inutile de préciser cependant que dans le secteur informel, l’emploi est précaire (100% pratiquement des employés n’ont pas de couverture médicale) et instable, et le salariat très faible (17,2% contre 45% au niveau national).

L’enquête nationale sur le secteur informel a été réalisée sur une année (de juin 2013 à mai 2014) et concerné les unités de production non agricoles ne disposant pas de comptabilité nationale. Les activités illicites ou illégales n’entrent pas dans le champ de cette enquête. Celle-ci a porté sur un échantillon de 10 085 unités de production informelles.