Le plan pélagique soumis à  l’arbitrage du premier ministre

Les côtiers et les industriels s’opposent à la congélation à bord.
Le ministère de tutelle privilégie une renégociation des
contrats d’approvisionnement entre industriels et armateurs.

Dernière ligne droite pour le plan d’aménagement de la pêcherie pélagique. En discussion depuis octobre 2005, date de sa première présentation à la profession, ce plan a été à l’origine de grandes divergences entre les différents segments du secteur. Aujourd’hui, faute de consensus, le premier ministre devra lui-même trancher afin de juguler les convoitises exprimées de part et d’autre.

Il faut dire que les enjeux sont effectivement de taille. Le poisson pélagique représente 85 % des débarquements et un chiffre d’affaires à la halle de 1,26 milliard de DH. Les projections du plan prévoient un chiffre d’affaires additionnel de 4 milliards de DH.

L’affaire devrait se dénouer dans les deux prochaines semaines
Les points d’achoppement sont nombreux et varient d’un segment à l’autre. Les armateurs côtiers maintiennent toujours la pression et revendiquent un accès direct au stock C (poisson pélagique de la région du Sud), que le ministère de tutelle conditionne à une mise à niveau de la flotte. Les actions urgentes à entreprendre, selon le département de Mohand Laenser, devront porter essentiellement sur l’introduction des contenants normalisés (caisses en plastique) et l’installation de cales réfrigérées.

Les côtiers s’opposent également au principe de congélation à bord qui «doit être banni». Selon eux, ce segment auquel le plan accorde un quota de 100 000 tonnes, présente un ensemble d’inconvénients dont la consécration de l’économie de rente au profit de quelques bénéficiaires. Ce point est pratiquement le seul qui fait l’unanimité entre côtiers et industriels. Ces derniers estiment également que le poisson congelé en mer, une fois usiné par les pays importateurs, devient un concurrent sérieux pour la conserve nationale. Raison pour laquelle ils proposent une réaffectation de ce quota au profit des industriels de la farine, de la congélation à terre, des conserveurs et des professionnels du poisson frais membres de l’Apromer (association des professionnels du poisson frais). Si cette requête venait à être satisfaite, elle signifierait un accès direct des industriels de la conserve et des membres de l’Apromer à la ressource à travers des licences d’affrètement.

Une position que le ministère est loin de partager. Ce dernier privilégie une renégociation des contrats d’approvisionnement entre industriels et armateurs. A ce niveau, Hassan Sentissi, président de la Fenip (Fédération nationale des industries du poisson) rappelle, afin d’apaiser les craintes des armateurs, l’engagement des membres de sa fédération à «s’approvisionner en premier auprès des côtiers jusqu’à épuisement de leurs débarquements».

Aujourd’hui, les réunions se multiplient au ministère des Pêches afin d’aboutir à un consensus qui semble hors d’atteinte. Mohand Laenser privilégie en effet une approche prudente écartant toute prise de risque. Raison pour laquelle, expliquent plusieurs fins connaisseurs du dossier, il sollicitera l’intervention de Driss Jettou. En toute vraisemblance, le dernier mot devrait revenir au premier ministre. Selon des sources proches du dossier, cette décision interviendra dans les deux prochaines semaines.