Le plan de restructuration de la SUTA

Le contrat de restructuration passé entre l’Etat et la société
s’étale sur quatre ans (2004-2007).
Un programme d’investissement de 215 MDH sera lancé.
L’objectif est de porter les ventes à 130 000 tonnes en 2007, contre
83 000 tonnes en 2002.

Le contrat de restructuration des Sucreries, Raffineries de Tadla (SUTA) a été signé mardi 6 janvier par le ministre des Finances et de la Privatisation, Fathallah Oualalou et son collègue de l’Agriculture et du Développement rural, Mohand Laenser, d’un côté, et de l’autre, le directeur général de la SUTA.
Etalé sur trois ans (2004-2007), ce plan de restructuration se déploie à travers trois volets principaux. D’abord, le volet agronomique : le plan vise à assurer un approvisionnement suffisant des trois unités du groupe SUTA, qualitativement et quantitativement à la fois. Pour y parvenir, il est prévu d’établir un partenariat entre la SUTA, les agriculteurs (de betterave) et l’Office régional de mise en valeur agricole de Tadla (ORMVAT). Ensuite, le volet industriel : ce qui est recherché à ce niveau, c’est essentiellement une amélioration de la qualité mais aussi du niveau de la production du sucre raffiné de sorte à atteindre, au terme du plan, 130 000 tonnes par an. Enfin, le volet commercial. Il s’agit de porter les ventes de 83 000 tonnes en 2002 à 130 000 tonnes en 2007. Pour cela, le plan prévoit notamment de renforcer la structure de la direction commerciale, d’élargir le réseau de vente en créant de nouvelles agences commerciales, d’améliorer la qualité des produits.
Pour réaliser ces objectifs, le plan de restructuration s’appuie sur trois leviers principalement.
Le premier porte sur la mise à niveau de l’outil de production. Il est prévu à ce titre de lancer un programme d’investissement de 215 MDH qui sera financé par les fonds propres pour 30 % et par des emprunts à hauteur de 70 %.
Le deuxième levier concerne les ressources humaines. Outre le changement du management du groupe, opéré en 2002, une politique d’incitation au départ volontaire sera mise en place et, dans le même temps, le recrutement de profils bien ciblés sera favorisé.
Le troisième levier a trait aux aspects financiers du redressement. En tant qu’actionnaire, l’Etat veillera à doter la SUTA d’un apport en capital de 70 MDH à partir de cette année et, par ailleurs, la soutiendra dans ses négociations avec les banques en vue de transformer les découverts en dettes à long et moyen termes.
Comme pour la Sucrafor, la Comanav et Sodea-Sogeta, le gouvernement paraît donc décidé à poursuivre la restructuration des entités en difficulté, en vue de les préparer à la privatisation dans les meilleures conditions possibles.
Les capitaux propres ont chuté de 173 MDH à 14 MDH en trois ans
La situation de la SUTA, selon la direction des Entreprises publiques et de la Privatisation (DEPP), est caractérisée par des difficultés financières structurelles dues notamment aux problèmes d’approvisionnement et de gestion. Un rapport d’audit établi en 2001 par une commission composée des représentants de toutes les parties concernées avait en effet conclu à la non-viabilité de cette société et donc à l’urgence de son redressement. Trois points forts dominent les conclusions du rapport : une baisse de la rentabilité de l’exploitation (chute de la valeur ajoutée et des résultats); baisse des capitaux propres qui passent de 173 millions de dirhams en 1999 à 14 millions de dirhams en 2002 ; une trésorerie déficitaire et un fonds de roulement en constante diminution.
A la DEPP, on indique que ce qui a encouragé la Primature à décider la restructuration de la SUTA, c’est d’abord le fait que ce groupe joue «un rôle important dans le développement régional et le maintien de l’emploi dans l’une des plus importantes zones agricoles du pays» (selon des données qui remontent à la fin des années 90, la SUTA employait 959 personnes); c’est ensuite le constat que le contrat-programme conclu avec les Sucreries Raffineries de l’Oriental (SUCRAFOR) a «permis l’amélioration des performances de cette société sur les plans aussi bien agricole et technique que financier».
Reste que le secteur sucrier attend depuis longtemps sa libéralisation – ou l’achèvement de la libéralisation. On s’en souvient, une des raisons, sinon la raison principale, de l’échec de l’opération de privatisation des sucreries publiques (l’appel d’offres ayant été infructueux), était précisément le manque de visibilité au niveau du secteur. Avec les restructurations, les entreprises concernées pourraient retrouver des couleurs, certes (et c’est tant mieux), mais on n’aura pas plus de visibilité qu’aujourd’hui