Le piratage repart à  la hausse

En 2004, le taux d’utilisation des logiciels piratés a été de 73 % contre 61 % en 2000/2001

A côté des prix des logiciels, jugés parfois dissuasifs, d’autres facteurs expliquent la propension à la fraude.

Le marché marocain du logiciel reste miné par le piratage et la situation semble s’aggraver. Selon la dernière enquête de BSA (Busines software alliance), porte-parole de l’industrie du logiciel qui regroupe des constructeurs comme Apple, Microsoft, Cisco Systems, Intel, IBM, HP, Borland…, le taux de piratage s’est élevé à 73 % en 2004, au lieu de 61 % en 2000/2001. Deux hypothèses se dégagent de cette évolution : soit le phénomène s’est aggravé, soit les instruments utilisés pour le mesurer ont été affinés. Il est possible qu’il y ait conjonction entre les deux facteurs.
S’agissant des coupables, l’enquête incrimine tout à la fois la contrefaçon «industrielle», le piratage par les revendeurs et la fraude des entreprises et du consommateur, de manière générale. Implicitement ou explicitement, les multinationales, les grosses entreprises et leurs filiales sont exclues de la population des fraudeurs tout comme les administrations.

Le rôle de Derb Ghallef ne doit pas être surestimé dans la prolifération de la fraude
Une question mérite toutefois d’être posée : si la fraude en matière de logiciels est une réalité au Maroc, comment faut-il interpréter son caractère massif, alors que du côté de l’offre de la fraude, on est loin d’un système organisé qui relèverait de la grande criminalité ? Chez BSA, on estime d’emblée, sans avancer de chiffres, que le rôle de Derb Ghallef, aussi répréhensible soit-il, ne doit pas être surestimé dans la prolifération du phénomène. On pourrait ainsi avancer que l’importance du phénomène résulte de la somme d’actions isolées, sans liens avérés entre les initiateurs.
Cela dit, la question que l’on ne pose pas est celle de savoir si l’ampleur du piratage n’est pas due, tout simplement, au coût rédhibitoire des logiciels.
En fait, tout dépend des besoins, explique Réda Bouhaddou, DG de ND Net, intégrateur (revendeur de matériels et de solutions). Voici quelques exemples de prix: un PC avec un système d’exploitation originel pré-installé coûte entre 9 000 et 15 000 DH, mais à cela il faut ajouter une suite bureautique (Word, Excel et Power point) qui revient à 3 500 DH. Autre exemple : pour un logiciel de sécurité à installer sur 5 postes, avec un anti-virus pour chacun des postes et pour le serveur, il faut compter 5 000 DH, alors que pour un logiciel de sauvegarde, le prix se situe aux alentours de 5 800 DH.Ces prix semblent peu dissuasifs pour une entreprise mais, dans la réalité, les choses se présentent différemment, ce qui ne saurait justifier la fraude.
Azzeddine Nekmouch, architecte, témoigne : «J’ai investi près de 250 000 DH dans un PC Bat et 45 000 DH dans un Arc Plus pour le dessin, l’accès aux plans en 3 D ou encore l’imagerie de synthèse. Ces outils m’aident grandement, mais pour quelqu’un qui débute dans notre discipline ou pour les ingénieurs topographes, par exemple, mettre une telle somme au départ fait grincer des dents».

Un investissement dans une bonne solution se traduit dans le CA
Chaâbi LLD, société de location longue durée, prévoit de consacrer 20 % d’un investissement de 7 millions de DH, sur la période 2004/ 2007, dans l’achat de logiciels, soit 1,4 MDH. A côté de cela, l’investissement en matériel informatique ne lui coûtera que 500 000 DH. Si la solution préconisée a un prix relativement élevé dans l’absolu, elle permet de réaliser des économies sur tous les postes et de déceler la moindre anomalie. Ainsi, par exemple, un pare-feu permet de localiser ou d’interdire tout déchargement non autorisé. Mais aussi, explique Omar Filali, DG de la société, la solution élaborée par un spécialiste permet de travailler en toute sécurité et en toute transparence. «Je peux à tout moment connaître le coût des communications de chaque poste ou encore quantifier le nombre de photocopies faites par jour ou par semaine ou encore la consommation d’électricité. Tout cela sur simple clic, et à n’importe quel moment de la journée, de la semaine ou du mois», explique-t-il.
Il est évident que le prix ne peut expliquer, à lui seul, la propension à la fraude et ces exemples prouvent que l’investissement est très rentable, en ce sens qu’il se traduit en chiffre d’affaires ou permet de minorer les charges.
Reste que la difficulté de rallier tout le monde aux bienfaits du choix d’une solution globale et de justifier le prix vient de ce que nous sommes dans un environnement où tout ce qui est immatériel est perçu comme un bien vacant. Pire encore, on en arrive à voler une propriété intellectuelle, protégée par la loi, et à fonder sa propre richesse sur ce rapt, sans le moindre sentiment de culpabilité.

La difficultéde rallier tout le monde aux bienfaits du choix d’une solution globale et de justifier le prix vient de ce que nous sommes dans un environnement où tout ce qui est immatériel est perçu comme un bien vacant.
Une suite MS Office revient à 3 500 DH, ce qui semble assez peu dissuasif lorsqu’il s’agit d’une entreprise.