Le modèle des espaces de co-working n’est toujours pas au point

L’offre est constituée d’un mix entre espaces de co-working et bureaux fermés. La demande porte beaucoup plus sur la location des petits bureaux privés, prisés par les start-up et les free-lances. Il est possible de trouver un espace de travail à 2 500 DH le mois.

Le modèle des espaces de co-working n’est toujours pas au point. Selon les estimations des professionnels du métier, sur une vingtaine d’espaces qui sont aujourd’hui opérationnels au Maroc, basés essentiellement sur l’axe Rabat-Casablanca, il y a très peu de plateformes de co-working. «S’il n’y a pas de véritable espace de co-working, c’est parce qu’il n’y a pas de subventions pour le développement de ce concept», déclare Fatim Zahra Biaz, fondatrice et directrice générale de New Work Lab, un espace de co-working basé au centre de Casablanca. La majorité sont des centres d’affaires classiques qui proposent de la location de bureaux privés.

En général, l’offre est constituée de deux options : la location de bureaux privés et celle d’espaces partagés. Certains proposent à leurs clients les deux formules en parallèle. «Après un an d’activité, nous nous sommes rendu  compte que la demande est plus portée sur les petits bureaux privés. C’est la raison pour laquelle nous avons aménagé notre espace pour le partager en parts égales entre les bureaux fermés et les espaces de co-working», explique Mamoun Bennis, fondateur et directeur général de WorkSpot, une plateforme implantée, il y a un an, à Casablanca. Cette forte demande a poussé le fondateur de WorkSpot à réduire même l’open space et de rajouter des petits bureaux fermés. Ces derniers représentent 70% de son chiffre d’affaires. Malgré cela, d’autres sociétés préfèrent rester focalisées sur l’aspect co-working. «Nous n’irons jamais sur le modèle des bureaux cloisonnés. Notre objectif, c’est que les gens travaillent dans un espace partagé», insiste Fatim Zahra Biaz de New Work Lab. En revanche, la responsable du site souligne qu’il faut réinventer le modèle, tout en allant vers des concepts beaucoup plus innovants.

Des bureaux sans bail, moins normés que les installations classiques

Le concept de bureau partagé et collaboratif permet à ses membres (les co-workers) de disposer d’un lieu de travail flexible. Il permet au locataire de bénéficier de l’espace pour une heure, une semaine, un mois ou une année. Une flexibilité beaucoup moins contraignante que le bail commercial classique. «Si le business ne marche pas, tu peux plier bagage sans problème», explique Soumayya Douieb, co-workeuse et directrice générale d’Influence Com Report. Cette solution basée sur un contrat de service attire essentiellement les nouveaux métiers. «Nous avons des entreprises qui sont majoritairement dans le digital, la programmation et la création de sites web. Nous avons également les métiers classiques comme celui des agences de communication», explique Mamoun Bennis. En revanche, la formule de co-working n’est pas toujours adaptée surtout lorsqu’il s’agit de métiers qui nécessitent de la concentration.

Un espace de co-working permet également à ses membres de faire du networking. Les sociétés peuvent créer des synergies entre elles, ce qui peut avoir un impact positif par la suite sur leur business. «Dans notre espace, nous avons une société de communication qui s’occupe de la partie design d’une autre entreprise qui édite des chéquiers de promotion distribuées dans des supermarchés», explique Mamoun Bennis. Cela permet à l’entreprise de se retrouver proche de ses clients, ce qui minimise ses coûts et améliore sa performance. Certains espaces de co-working organisent régulièrement des petits-déjeuners et des réunions entre les différents co-workers pour tisser de nouveaux liens. «Je trouve que ce genre d’espaces est intéressant pour un entrepreneur qui démarre ; cela lui permet de rompre avec son isolement et de sortir de son environnement», souligne Soumayya Douieb. Et puis, ils ont des cafétérias, le co-worker finit toujours par échanger avec ses voisins. «Chaque semaine, nous organisons des événements sur l’entrepreneuriat et sur le digital pour l’ensemble de la communauté de New York Lab», explique Fatim Zahra Biaz.

La rentabilité n’est pas encore au rendez-vous

Autres services offerts, la possibilité de recevoir ses clients dans un cadre professionnel. Ces espaces mettent à la disposition de leurs membres des salles de réunions avec service de restauration. S’y ajoute un téléphone fixe à donner aux clients avec une assistante à l’accueil qui peut réorienter vers l’entreprise. Ce qui renvoie à une image professionnelle. Même la domiciliation, l’internet haut débit et l’impression de documents en illimité sont inclus dans la location de l’espace.

Le développement de l’entrepreneuriat individuel est une opportunité pour ces opérateurs. Cependant, la rentabilité semble limitée. «J’ai un espace de 300 m² qui peut accueillir au maximum 50 personnes. Cela limite notre chiffre d’affaires», révèle M. Bennis. 

Côté prix, pour avoir un espace de co-working au sein de New York Lab, il faut compter 2 500 DH HT par mois. La plateforme propose également à ses clients une formule de 10 tickets journaliers à 1 100 DH HT. Pour les bureaux privés, WorkSpot fixe un loyer mensuel de 4500 DH HT pour un bureau de deux personnes. La facture peut atteindre 9 000 DH HT pour un bureau pour 6 personnes, y compris les services cités auparavant. Cette tarification peut être négociée en fonction de la durée d’engagement. Dans cette formule, le prix ne dépend pas de la superficie, mais du nombre de personnes.