Le mobile de Wana pourra-t-il se faire une place ?

L’opérateur a bien préparé son entrée : le prix de l’interconnexion qu’il reçoit des concurrents est plus élevé que ce qu’il leur verse Il peut marquer des points grà¢ce au prix de la première minute.

Le troisième opérateur télécoms marocain, Wana, vient de faire ses premiers pas dans le mobile. Son offre étonne par sa concision : 3 DH TTC par minute avec une recharge gratuite, équivalente et systématique pour toute consommation de 50 DH. L’offre aurait peut-être été plus convaincante en étant formulée différemment : 1,50 DH la minute.

Mais la formule choisie s’explique par le besoin d’inciter à  la consommation pour faire du volume. Par contre, si on sait que la première minute est indivisible comme pour tous les concurrents, on ignore si chez Wana le client sera facturé pour chaque minute au-delà  de la première ou par un autre palier, 18 secondes par exemple.

Quoi qu’il en soit, le troisième opérateur marque des points car la première minute chez ses deux concurrents, s’agissant du prépayé, pour comparer ce qui est comparable, est facturée généralement entre 7 et 8 DH (en heures pleine, hors conditions promotionnelles). Ironie du sort, la majorité des clients ne la consomment que rarement en entier. Le client qui a chargé 20 ou même 50 DH ressent douloureusement cette ponction, surtout quand son appel n’aboutit pas ou est dirigé vers la boà®te vocale.

Et ce n’est pas un hasard s’il préfère appeler non pas depuis le téléphone qu’il a à  portée de main, mais depuis une téléboutique : au lieu de perdre 7 à  8 DH en heure pleine, cela ne lui coûtera qu’un dirham.

Incertitude car le marché du mobile commence à  s’essouffler
Reste à  savoir si l’offre de Wana peut introduire davantage de concurrence au niveau des prix sur le mobile et pas seulement sur le prépayé. Cela pourrait être le cas. En effet, les personnes abonnées ou qui ont opté pour un forfait chez Maroc Telecom ou Méditel – même s’ils ne sont que quelque 900 000 personnes – peuvent être tentés par la nouvelle formule puisqu’il n’y a ni abonnement ni engagement.
A première vue, la nouvelle offre est économiquement viable.

Surtout que Wana a bien préparé cette entrée dans le mobile puisqu’il a obtenu, lors d’un arbitrage de l’ANRT, ce que l’on appelle l’asymétrie des prix (Méditel l’avait demandée sans résultat à  son arrivée). En quoi consiste-t-elle ? Un opérateur qui vient d’investir le domaine peut demander à  payer moins cher aux opérateurs qui sont déjà  sur le marché puisqu’ils ont déjà  amorti en grande partie leurs infrastructures. Aujourd’hui, si Wana paie l’interconnexion 1,22 DH (HT) quand les appels de son parc passent par ses concurrents, ces derniers, eux, doivent lui verser 1,50 DH (HT).

Cependant, le troisième opérateur doit se constituer un parc important en un temps record pour que cette asymétrie joue en sa faveur. Or, le marché commence à  s’essouffler puisqu’on a atteint 21 millions d’utilisateurs. Wana a déjà  créé la surprise en recrutant plus de 1,5 million de clients sur le fixe. Rien ne dit qu’il ne pourra pas rééditer une telle percée sur le mobile .