Le ministère du transport ouvre la formation des chauffeurs professionnels au secteur privé

L’OFPPT ne dispose pas d’une infrastructure suffisante pour faire face aux besoins. Deux appels d’offres ont été lancés fin novembre, l’un pour la formation en matière de conduite et l’autre pour l’éducation à  la sécurité routière.

L’application rigoureuse du Code de la route ne finit pas de poser des problèmes aux autorités. En effet, parmi les dispositions importantes du code, entré en vigueur le 1er octobre 2010, figure l’obligation pour les candidats de suivre une formation initiale qualifiante pour accéder au métier de chauffeur professionnel. Pour ceux qui étaient déjà en activité, le même code a instauré l’obligation de suivre une formation continue tous les 5 ans, durée de la validité de la carte professionnelle. Ces derniers ont pu donc disposer d’office de cette carte. Il en va de même pour les titulaires du permis de conduire obtenu entre l’adoption du Code de la route et son entrée en vigueur, qui ont pu suivre un stage de formation de six mois dans les instituts et centres de formation de l’Office de formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) tel l’Institut de formation aux métiers du transport routier (INFRT) de Casablanca. Le code oblige également tous les titulaires de permis de conduire de suivre des stages d’éducation à la sécurité routière pour pouvoir récupérer les points perdus suite à des infractions.

Les cabinets de formation investissent déjà l’activité d’éducation à la sécurité routière

Toutes les dispositions relatives aux conditions de l’octroi de l’agrément aux établissements et centres de formation, à la formation des conducteurs, au contenu pédagogique qui doit être dispensé, aux infrastructures de formation, à la compétence des formateurs et au contrôle de ces établissements agréés ont été précisées par l’arrêté du ministre de l’équipement et du transport publié dans le Bulletin officiel du 24 avril 2011. Mais, entre ce texte organisationnel de la formation aux métiers de la conduite professionnelle et l’état des infrastructures de formation, il y a un grand gap dont les effets se font aujourd’hui sentir sur le secteur. En d’autres termes, les pouvoirs publics ne disposent pas des outils nécessaires suffisants pour mettre en application ces dispositions ambitieuses et draconiennes dont la finalité est d’attaquer à la racine le phénomène des accidents de la circulation et leur cortège de morts et de blessés.

En effet, bien qu’il ait mis sur pied un programme pédagogique adéquat pour accompagner cette mutation, l’OFPPT ne pouvait faire face à une demande pressante de la part des candidats qui voudraient accéder aux métiers du transport, ni répondre à la demande des titulaires de permis désireux de récupérer les points de leurs permis en suivant une formation en matière de sécurité routière. Il y a aujourd’hui au Maroc 26 centres qui se débattent pour répondre à une demande qui ne cesse d’augmenter dans un secteur dominé par les entreprises individuelles et les particuliers. Aussi bien les patrons de ces petites entreprises que les chauffeurs professionnels se trouvent dans une situation intenable. Il faut savoir qu’un chauffeur qui occasionne un accident corporel se trouve dès lors privé de son permis de conduire qui est son outil de travail. Il doit attendre que son dossier passe devant le tribunal, ce qui prend du temps, et après avoir payé l’amende fixée par les juges selon la gravité de l’infraction, il doit de nouveau suivre une formation à la sécurité routière pour récupérer son permis de conduire.

Etant donné l’état du secteur et les pratiques illégales qui règnent, on imagine mal les propriétaires de camions ou d’autocar reprendre le même chauffeur une fois son permis récupéré et encore moins prendre en charge sa formation ou payer son amende. Ce cas de figure ne se pose pas, bien sûr, pour les grandes entreprises organisées ou les groupements d’entreprises qui peuvent créer leur propre centre de formation comme prévu par la loi. C’est le cas aujourd’hui pour la CTM, pour ne citer que cet exemple.

Mais la situation est telle pour la grande masse du secteur du transport de voyageurs et de marchandises, mais aussi des taxis, que le ministère de l’équipement et du transport a lancé, fin novembre, deux appels d’offres pour permettre aux investisseurs privés, sur la base de cahiers des charges, d’ouvrir des établissements de formation de conducteurs professionnels et des établissements d’éducation à la sécurité routière. C’est cette seconde activité que des cabinets de formation et de consulting ont commencé à investir. Quant à la formation des conducteurs professionnels, vu que l’investissement en matériel est plus lourd, il faut attendre les résultats de l’appel d’offres pour voir.