Le ministère de la santé entame la restructuration de 21 grands hôpitaux

Ce chantier est la deuxième étape du programme de restructuration concernant les 126 structures hospitalières du pays.
Il nécessitera un budget de 1,5 milliard de DH.
Modernisation de l’infrastructure, amélioration de la gouvernance et assurance qualité sont les trois volets.

Le ministère de la santé entame la deuxième tranche (2007-2008) du programme de modernisation des hôpitaux. Sont concernés 21 établissements y compris les plus grands dont l’hôpital Ibn Sina à  Rabat. Une enveloppe de 1,5 milliard de DH leur est consacrée. Compte tenu des 800 MDH investis dans la première tranche qui a touché 10 hôpitaux, le budget déjà  engagé et cofinancé par l’Etat et la BEI (Banque européenne d’Investissement) atteint 2,3 milliards de DH. En fait, le programme en cours est très ambitieux et s’articule autour de trois axes principaux.
Le premier consiste à  rénover les 126 structures hospitalières que compte le pays, y compris les 31 ayant fait l’objet des deux premières tranches.

Les actions portent, entre autres, sur la réhabilitation des bâtiments, le renouvellement des équipements biomédicaux, techniques et informatiques, et l’extension des hôpitaux universitaires existants. Trois nouveaux CHU seront par ailleurs créés à  Fès, Marrakech et Oujda. Les premières opérations initiées s’avèrent déjà  très concluantes. A la direction des hôpitaux, on indique que les dix hôpitaux déjà  mis à  niveau à  Agadir, Oujda, Nador, Beni Mellal, Safi et Meknès, avec un budget variant entre 40 et 100 MDH, disposent désormais de plateaux techniques très performants qui n’ont rien à  envier aux cliniques privées. «D’ailleurs, dans ces villes, la modernisation a engendré un partenariat entre les médecins privés et le secteur public qui propose ses équipements techniques», souligne Alaoui Belghiti, directeur des hôpitaux.

Les 10 hôpitaux rénovés disposent tous d’outils de GRH
Le deuxième axe du programme a trait à  la gestion qui s’avérait jusque-là  peu efficace dans certains hôpitaux. Ce volet est important, sachant qu’il faut également rationaliser l’affectation des ressources. Les 126 hôpitaux sont certes dotés d’un budget annuel de plus d’un milliard de DH, mais ils reçoivent en tout 6 millions de patients et emploient en moyenne 230 personnes. Le directeur des hôpitaux insiste donc sur les efforts à  faire pour l’amélioration de la gouvernance. A cet effet, ce volet comprend la création de nouvelles fonctions au sein des hôpitaux notamment la planification, la gestion financière et la gestion des ressources humaines. Les 10 hôpitaux concernés par la première phase de restructuration ont tous mis en place des outils de gestion des RH et des séances de formation ont été organisées au Canada et en Europe.

Cependant, «le succès de la réforme ne se mesure pas au niveau des investissements réalisés, ni à  la réorganisation du mode de gestion, mais plutôt à  la capacité des hôpitaux de répondre aux besoins des citoyens par la prestation de soins adaptés et de qualité», insiste Alaoui Belghiti. En ce sens, l’assurance-qualité constitue le troisième axe du programme. Pour la mise en Å“uvre, les différentes structures sont invitées à  participer à  un concours qualité dont la première édition a démarré le 10 janvier 2007.
Ce chantier comprend également un projet d’accréditation (les normes et les procédures sont déjà  élaborées et les premiers hôpitaux seront accrédités en 2008), l’évaluation des pratiques professionnelles (auto-évaluation interne des pratiques cliniques) et la lutte contre les infections nosocomiales en vue de laquelle une stratégie est en cours d’élaboration.

7 000 médecins et 9 000 infirmiers à  trouver
Conçu comme une mesure d’accompagnement de la mise en place de l’Amo (Assurance maladie obligatoire), ce programme de modernisation, rappelons-le, a été lancé en 2002 sur la base des recommandations faites par une étude de 1987 qui avait conclu à  la faiblesse des moyens financiers des hôpitaux compromettant toute amélioration des soins et des prestations dispensés par les structures sanitaires publiques.

Le diagnostic de 1987 a révélé que le Maroc, qui a entamé sa transition épidémiologique, dispose d’un secteur public de la santé peu adapté. «Les maladies non transmissibles (cancer, diabète…) sont de plus en plus fréquentes et nécessitent une prise en charge des soins essentiellement assurée par les hôpitaux. Or, ces derniers ne sont pas préparés à  satisfaire une surconsommation des soins spécialisés», déplore Alaoui Belghiti. Il fallait donc non seulement une restructuration des hôpitaux mais aussi une réforme de leur mode de financement matérialisée par l’Amo (Assurance maladie obligatoire), Inaya pour les indépendants et, enfin, le Ramed.

Ce dispositif est en place ou en train de l’être. Quant aux investissements de modernisation, ils ont commencé à  être effectués, mais leur rentabilisation reste tributaire, selon le ministère de la santé, de la disponibilité des ressources humaines qualifiées. «Pour combler ce déficit, il faut oser ouvrir le dossier de la privatisation de la formation paramédicale et médicale», confie Alaoui Belghiti.