Le microcrédit reste sur une bonne dynamique

En 2016, l’encours de microcrédits a progressé de 7,7%, à 6,49 milliards de DH. Un volume géré par un effectif qui a évolué de 8%, à 7 100 personnes. Le statut actuel des associations limite leur périmètre d’intervention.

Malgré une conjoncture économique défavorable marquée par une sécheresse dans les zones rurales, le microcrédit maintient son dynamisme. «Bien que la sécheresse ait un impact sur le risque de crédit, les mesures d’accompagnement déployées au profit des clients et des portefeuilles plus équilibrés ont permis de contenir la sinistralité à un niveau acceptable», explique Youssef Bencheqroun, directeur général d’Al Amana Microfinance. En 2016, l’encours de microcrédits a augmenté de 7,7% par rapport à l’année précédente, à 6,49 milliards de DH. Le secteur a mené une forte mobilisation du capital humain pour identifier le besoin d’une clientèle exclue du système bancaire, un profil pas facile à suivre qui dispose d’une information informelle et qualitative nécessitant un traitement personnalisé pour reconstruire son patrimoine. L’encours a en effet été géré par un effectif qui a progressé de plus de 8%, à 7100 personnes représentant une masse salariale de 600 MDH. Dans le même temps, le réseau s’est accru de 6% pour atteindre 1680 agences. C’est ce qui ressort des derniers chiffres de la Fédération nationale des associations de microcrédit (FNAM) communiqués à La Vie éco.

Environ un million de clients en 2016
En 2016, le nombre de clients actifs a progressé de 3%, à environ un million. Le profil de ces bénéficiaires est similaire à celui des clients des années précédentes. L’approche genre reste très présente dans le secteur avec plus de 45% de femmes. En ce qui concerne les activités financées, il y a une forte prépondérance du commerce qui représente 58%. Le reste est placé dans l’artisanat (21%), les services (15%), l’agriculture (6%). Par ailleurs, le secteur continue à maintenir une gestion du risque rigoureuse qui se traduit par une baisse de l’indicateur risque (portefeuille à risque -PAR- à 30 jours) de 3,24% à 2,40%.
Les grands distributeurs sur le marché restent Al Amana, Attawfiq et Al Baraka. Ces associations mènent une gestion très saine de leur finance et de leur risque. Aucun bénéfice n’est distribué. Tout ce qui est généré au niveau de l’exercice est reporté à 30% dans les capitaux de la structure. Ce qui permet à ces établissements de se développer et de maintenir leur niveau de performance et d’accompagnement. «L’ensemble des associations de microcrédit se porte bien et arrive à accompagner les demandeurs de prêts au niveau de la micro-entreprise», révèle Mohammed El Mazouri, délégué général de la Fédération nationale du microcrédit (FNAM).
Le taux auquel empruntent les associations varie de 5 à 10%. Il est bien plus élevé que le coût de refinancement des établissements de crédit qui ont accès à des sources de financement moins onéreuses (marché obligataire, TCN, avances de BAM, dépôts rémunérés…). D’où des taux d’intérêt du microcrédit élevés englobant en plus du coût de financement (5 à 10%), le coût d’inclusion (le coût de la mobilisation de ressources pour s’affranchir des réelles garanties, qui est la réelle finalité du microcrédit) qui représente environ 10%. Il est augmenté aussi du coût du risque qui est d’environ 2%. Toutefois, «les charges d’exploitation du secteur restent maîtrisées et progressent moins que le produit net de microcrédit (+10%), ce qui fait que le secteur arrive à dégager un excédent et renforcer ses fonds propres», ajoute le patron d’Al Amana.

De nouveaux services sont offerts
Le secteur continue donc de se développer en dépit d’un cadre juridique inadapté. «L’activité du microcrédit est exercée essentiellement par des associations. Cela limite substantiellement notre champ d’intervention», déplore le délégué général de la FNAM. Le ministère de l’économie et des finances, en concertation avec Bank Al-Maghrib et la FNAM, travaille toujours sur un projet de loi sur la transformation des associations en institution. Cette évolution juridique permettrait d’élargir l’activité de la micro-finance.
Par rapport aux produits offerts à la clientèle, «les associations sont encore dans une logique mono produit axée principalement sur le microcrédit», ajoute El Mazouri. Malgré cela, le secteur s’est lancé dans de nouvelles activités. C’est le cas pour les services de transfert d’argent et les ouvertures de comptes qui sont autorisés par la loi bancaire et qui sont gérés directement par les sociétés mères des associations. «Le secteur a aujourd’hui une part de marché non négligeable dans le service de transfert d’argent avec près de 3 milliards de DH, ainsi que dans l’intermédiation en opération bancaire avec l’ouverture de plus de 100 000 comptes de dépôts», souligne le DG d’Al Amana. De plus, près de 1,5 million de personnes sont assurées en micro-assurance santé à fin décembre 2016, via un service d’assistance. Ce qui montre que le secteur dispose des compétences requises pour exercer ces activités.
Malgré cette diversification qui reste chapeautée par les sociétés mères, le microcrédit demeure le cheval de bataille de l’activité. «Nous espérons élargir l’activité de la micro-finance à d’autres produits et services. Cela dépendra du périmètre qui sera accordé dans le cadre du projet de loi», déclare le délégué général de la FNAM. A travers ce chantier, la fédération souhaite avoir un cadre ouvert à tous les acteurs, c’est-à-dire que le secteur puisse accéder à des sources de financement préférentiel. Pour le moment, la dette reste la seule source de financement dont disposent les associations. C’est l’unique possibilité offerte par l’actuel statut d’association.