Le Maroc pourrait y gagner légalement…

Les produits dérivés à partir du cannabis et à haute valeur ajoutée rencontrent un engouement international.

Les partis politiques ont toujours adopté un profil bas lorsque le sujet de la drogue était évoqué, alors que le fléau touche pratiquement tout le Nord sans que ce point ne figure jamais sur leurs agendas. Mahjoubi Aherdane, secrétaire général du Mouvement national populaire, donne un avis franc : «Se prononcer revenait à avoir l’Etat ou la population sur le dos. Or, je ne connais pas de partis politiques qui auraient été capables de faire ce choix. C’est un dossier très important et il faut que l’Etat assume ses responsabilités une fois pour toutes». Un spécialiste de la question est d’un autre avis : «C’est d’une décision royale dont on a besoin. Le Roi est le seul capable de trancher une fois pour toutes dans ce dossier et lui donner de la visibilité». Le dossier du cannabis est dérangeant à plus d’un titre. Le cocktail «drogue-immigration-terrorisme» est jugé explosif pour le Maroc. «Le Maroc doit soigner son image à l’extérieur. Il ne doit plus être perçu comme un pays qui abrite des activités illégales. Le Maroc doit gérer ce dossier sachant qu’il est dangereux pour lui», juge Sean Doyle, ambassadeur de l’Union européenne à Rabat.
En réalité, le Maroc pourrait tirer profit de cette culture et de façon légale. Plusieurs alternatives se profilent comme le note le professeur Mohammed Hmamouchi, directeur de l’Insitut national des plantes médicinales et aromatiques basé à Taounat : «Des données récentes indiquent la possibilité de la valorisation du cannabis dans plusieurs domaines. Des brevets pour la commercialisation de certains produits obtenus à partir du cannabis ont aussi été recensés». Les spécialistes listent plusieurs secteurs industriels utilisateurs de la plante verte. On y retrouve le textile, l’industrie du papier, l’alimentation, les cosmétiques, la construction, les peintures et vernis, le plastique et les médicaments thérapeutiques. «D’ailleurs, la compagnie allemande Thesis, opérant dans l’industrie pharmaceutique, avait émis le souhait de s’approvisionner auprès des agriculteurs du Nord. Aucune suite n’a été donnée à cette requête», indique un proche du dossier.
Aujourd’hui les grandes compagnies pharmaceutiques se bousculent pour pénétrer ce nouveau segment à fort potentiel de croissance. Bayer AG avait déclaré, en mai 2003, avoir passé un accord avec la société britannique GW Pharmaceuticals(1) pour commercialiser son médicament à base de cannabis pour la sclérose en plaques et la douleur. Il n’est pas le seul. Aux Etats-Unis, par exemple, l’entreprise Pharmos Corporation avait déclaré avoir obtenu l’accord de l’Office des brevets pour une demande au sujet du dexanabinol, destiné à être utilisé dans le traitement des inflammations, de pathologies neurodégénétratives et auto-immunes, d’ischémies du cerveau et de douleurs(2). Et le gouvernement israélien semble appuyer cette démarche puisqu’il a accordé une subvention de 1,7 million de dollars pour des recherches médicales sur le cannabis.

De la recherche sur toutes les plantes…sauf le cannabis
Au Maroc, des intitiatives sont proposées dont celle de Mohammed Hmamouchi. Ce dernier a, depuis quelque temps, introduit dans le circuit officiel, par le biais du département de la recherche scientifique, un projet de produits dérivés du cannabis à valeur ajoutée élevée. La réalisation de ce projet passe, selon son auteur, par six phases importantes dont la plus urgente est celle de l’adaptation de la législation. En effet, cette dernière semble ne pas accompagner l’évolution de son environnement. Exemple criant de ce déphasage : les chercheurs de l’Institut national des plantes médicinales et aromatiques basé à Taounate, à quelques encablures de centaines d’hectares de champs de cannabis, peuvent travailler sur toutes sortes de plantes, sauf le cannabis.
Dans tous les cas, la balle est aujourd’hui dans le camp des responsables marocains. Une réunion est programmée pour fin décembre entre le gouvernement marocain, l’Agence du nord et la Commission européenne. L’objectif est de préparer des projets alternatifs. «Nous allons écouter les propositions marocaines et la vision du gouvernement pour le développement du Nord. Nous allons prendre très au sérieux les propositions qui nous seront soumises et qui intégreraient la question de la drogue», commente l’ambassadeur européen.