Le Maroc modernise sa pêche maritime

En 2009, le Maroc se dote d’une stratégie intégrée pour la modernisation
du secteur de la pêche maritime. Depuis, l’activité a considérablement progressé, en quantité comme en qualité. Seize projets d’envergure structurent
la stratégie Halieutis.

C’est à Agadir, ville qui compte plusieurs ports et dont l’économie repose en partie sur l’exploitation des ressources halieutiques, qu’est lancée, en septembre 2009, sous le haut patronage de S.M. Mohammed VI, la stratégie Halieutis 2020 pour le secteur de la pêche maritime. En dotant cette activité à fort potentiel d’une série d’objectifs et de mesures ambitieux, le Maroc montre sa ferme volonté de moderniser et renforcer la production nationale pour la hisser parmi les premières au monde. Classé 18e producteur mondial et premier dans le monde arabe et en Afrique en 2012 par le dernier rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Royaume dispose en effet d’atouts indéniables pour être l’un des premiers producteurs et exportateurs mondiaux de produits de la mer. En contribuant en moyenne à 2,3% du PIB sur les 10 dernières années et à près de 50% des exportations agroalimentaires nationales, la pêche maritime joue, et ce, depuis longtemps, un véritable rôle dans l’économie nationale. Il s’agit aujourd’hui de la structurer et d’en renforcer les capacités pour accompagner son développement à long terme.

A l’horizon 2020, les activités de pêche maritime, d’aquaculture et d’industrie halieutique devraient ainsi peser 21,9% du PIB contre 8,3% en 2007. En termes d’emploi aussi, les objectifs sont ambitieux. Il s’agit en effet de faire passer le nombre d’emplois directs de 61 650 en 2007 à 115 000 en 2020, et d’emplois indirects de 488 500 en 2007 à 510 200 dans les six prochaines années. En accompagnant ainsi l’industrie, à travers une série de mesures concrètes, Halieutis ambitionne aussi de réduire de moitié la part de l’informel dans le secteur pour qu’il ne pèse plus « que » 15% de l’activité et de multiplier par 2,6 les exportations de produits halieutiques tout en encourageant également la consommation locale. Pour réussir son pari, Halieutis se concentre sur 3 axes majeurs, à savoir la durabilité de l’exploitation des ressources halieutiques, la performance du secteur pour une qualité optimale du débarquement à la consommation, et enfin sur la compétitivité pour des produits bien valorisés et compétitifs sur les marchés les plus porteurs. Ces axes sont quant à eux déclinés en 16 projets stratégiques. Parmi eux, 5 sont considérés comme « phares ». Il s’agit notamment de la généralisation des plans d’aménagement pour les pêcheries sur la base de quotas, et ce, pour assurer la durabilité des ressources. A ce jour, 80% des pêcheries sont d’ores et déjà concernées, en particulier pour le poulpe, les petits pélagiques, les algues et les crevettes, contre seulement 5% en 2009. En outre, Halieutis doit permettre le développement d’infrastructures et l’équipement de débarquement. Avec l’appui du Millenium Challenge Account (MCA) Maroc, accord de partenariat conclu entre le Royaume du Maroc et le Congrès américain en 2007, le Programme national des villages de pêcheurs et des points de débarquement aménagés (PDA), doté d’une enveloppe de 2,3 milliards de dirhams, a permis la construction de 20 PDA  et de plusieurs villages de pêcheurs dans tout le Maroc pour un investissement total de 1,8 MMDH.

En ce qui concerne le projet de développement de l’aquaculture, plusieurs réalisations sont déjà à mettre sur le compte d’Halieutis. Créée en 2011, l’Agence nationale pour le développement de l’agriculture (ANDA) est chargée de planifier l’élaboration de 6 plans d’aménagement de zones identifiées à vocation aquacole du Nord au Sud et d’initier des projets pilotes tels que la construction d’une écloserie marine ou encore un projet d’algoculture et un projet de conchyliculture. Les premiers plans d’aménagement sont déjà en cours de développement, l’un dans une zone comprise entre F’nideq et Oued Laou portant sur 9 fermes aquacoles en mer pour un investissement de 300 MDH et l’autre pour une bande littorale de 20 km entre Cap Mazari et Cap Targha pour 7 concessions en mer. L’établissement d’un guichet unique par l’ANDA a permis d’instaurer un environnement propice pour les investisseurs. Enfin, Halieutis doit permettre de dédier des espaces portuaires à la pêche et créer 3 pôles de compétitivité à Tanger, Agadir et Laâyoune-Dakhla pour un investissement de 10,5 MMDH. Initié dès 2009, le parc Haliopolis à Agadir, dont la première tranche est déjà commercialisée, s’étendra à terme sur 150 ha et permettra de générer 13 000 emplois directs. Pour le pôle de Laâyoune-Dakhla, qui sera dédié aux petits pélagiques, les études sont en cours. Enfin, une étude sera prochainement lancée pour le pôle de Tanger, spécialisé quant à lui dans la transformation halieutique.