Le Maroc exporte sa ferraille alors que les sidérurgistes manquent d’intrants !

La production nationale dépasse les 500 000 tonnes, dont 65% sont destinés à  l’export. L’aéronautique, l’automobile et l’électronique sont les principaux producteurs de ferraille.

L’expérience pilote que vient de mener Sonasid est symptomatique des contraintes qui pèsent de plus en plus sur les métallurgistes en matière d’approvisionnement. En effet, la société a racheté aux enchères un bateau frigorifique long de 150 mètres, immobilisé au port de Dakhla depuis 2008, et l’a remorqué à Jorf Lasfar, à proximité de son aciérie afin de le convertir en ferraille qui servira par la suite d’intrant dans son cycle de production. «La ferraille constitue 50% des intrants qu’utilisent les industriels du secteur du fait que les vieux métaux peuvent être facilement récupérés, ne se dégradent pas et gardent leur aspect et leurs propriétés. Elle est de ce fait une composante décisive de leur business model», affirme Adnane Lamdouar, PDG de la fonderie Mac Z, spécialisée dans le cuivre.

Dans la configuration actuelle du marché, l’opération de Sonasid procède plus d’une nécessité que d’une option choisie délibérément. «La production locale de ferraille reste très en deçà des besoins actuels. Ce qui nous oblige de chercher d’autres sources d’approvisionnement et de les diversifier de plus en plus», explique le management de Sonasid. Le DG de Mac Z abonde dans le même sens : «L’industrie métallurgique souffre de la difficulté d’approvisionnement en matière première locale alors que le marché offre une grande quantité de ces matières. La raison est que les opérateurs sur ce marché, en l’occurrence les ferrailleurs, dernier maillon de la chaîne de récupération, préfèrent exporter ces matières au lieu de les vendre aux industriels», explique-t-il.

Selon les appréciations des industriels, la production nationale des déchets ferreux et non ferreux dépasse légèrement les 500 000 tonnes. Cette production est orientée à hauteur de 65% à l’export. A ce titre, les ferrailleurs ont exporté environ 2,2 milliards de DH de déchets de métaux en 2011, principalement vers les pays d’Asie.

1,2 milliard de DH de valeur ajoutée additionnelle en cas de transformation préalable de la ferraille exportée

De l’avis des spécialistes, en plus du surcoût de fret et d’approche supporté par les opérateurs lors de l’importation de l’Europe ou des Etats-Unis, cela renferme un vrai manque à gagner à la fois pour l’industrie locale et pour le commerce extérieur. «La transformation de ces matières par l’industrie métallurgique nationale représenterait une valeur ajoutée potentielle et une réduction du déficit de la balance commerciale de plus de 1,2 milliard de DH. C’est aussi un moyen économique d’initier l’industrie métallurgique et de l’affinage pour développer son intégration en capitalisant un savoir-faire», nuance M.Lamdouar, également conseiller à la Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (FIMME).

Naturellement, les principaux producteurs de déchets ferreux et non ferreux sont l’aéronautique, l’automobile et l’électronique. Les débris de fonte, d’acier ou de fer, communément appelés ferraille, sont écoulés sur le marché local. Tandis que les déchets non ferreux tels que ceux du cuivre, du nickel, de l’étain, du plomb, et du titane sont exportés. Selon les ferrailleurs, les déchets non ferreux (plus chers) sont destinés en entier à l’export vu qu’il n’existe pas encore au Maroc, mis à part Sonasid et Univers acier, d’installation adaptée pour traiter ce type de déchets. Par ailleurs, ils jugent les prix proposés par les fonderies pour les déchets ferreux anormalement bas : 30% de moins que les prix pratiqués à l’international.

Le prix des deux catégories est connu pour être très versatile. «Le cours change chaque semaine. D’une manière générale, on suit la cotation départ Rotterdam», affirme le responsable ferraille chez Sonasid. A titre indicatif, en 2011 les déchets de fer se négociaient en moyenne à 4,87 DH/kg à l’import et 5,05 DH à l’export. Le kilo des déchets de cuivre traitait à 73,84 DH à l’import et 50,34 à l’export, alors que les industriels importaient le kilogramme de débris d’aluminium à 22,89 DH et les ferrailleurs l’exportaient pour 14,73 DH.

Cela dit, et face à la disposition actuelle du marché qui fait que les industriels manquent de ferraille alors que les ferrailleurs exportent la production locale, «des mesures ont été proposées et font l’objet d’évaluation pour être adoptées dans le cadre du contrat programme FIMME-Gouvernement en cours d’élaboration», apprend-on auprès de la FIMME. Pour rappel, les autorités de tutelle ont adopté plusieurs mesures pour réglementer le secteur et permettre aux industriels locaux de s’approvisionner normalement sur le marché national, notamment à travers la suppression de la TVA sur les déchets, la suppression de l’avantage de l’exonération de l’IS à l’exportation de déchets, et la déclaration préalable à l’exportation des déchets de métaux. «Cette batterie de mesures a eu des effets positifs sur le secteur, et nous comptons consolider davantage les acquis à travers celles contenues dans le contrat programme», concède M. Lamdouar.