Le Maroc en passe de se défaire du sac en plastique, non sans difficultés

Le sachet en plastique a disparu du commerce moderne et organisé. Des ateliers clandestins et la contrebande continuent d’approvisionner le circuit commercial traditionnel en petites quantités. Un système de traçabilité pour l’importation et la distribution de la matière première est mis en place.

peine dix mois après l’entrée en vigueur de la loi interdisant les sacs en plastique (en juillet 2016), «le taux d’éradication a atteint les 90% sur tout le Maroc», annonce le directeur de la communication du ministère du commerce et de l’industrie. Et d’ajouter: «C’est un résultat très encourageant, qui vient couronner les efforts fournis par toutes les parties prenantes dans ce dossier». Selon le responsable, un comité constitué des représentants du ministère du commerce et de l’industrie, du ministère de l’intérieur,  du ministère de la justice et de la direction des douanes se réunit chaque semaine pour suivre l’état d’avancement de la mise en œuvre du projet et pour adapter la stratégie afin d’en finir avec ces sacs.

Cette situation devrait en principe profiter aux fabricants de produits de substitution. Il n’en est rien, si l’on en croit des industriels. Mounir El Bar, directeur général de GPC, souligne que «depuis décembre 2016, les fabricants des produits de substitution en carton ont des difficultés à écouler leurs stocks dont le niveau est en progression continue». Plus frustrant, cet industriel indique que les sachets en plastique sont de retour sur le marché. «La contrebande des sacs en plastique provenant d’Espagne bat son plein depuis quelques mois. Par conséquent, les volumes de ventes des produits de substitution enregistrés au début de la campagne d’interdiction ont été réduits de moitié depuis la fin de l’année 2016», regrette l’industriel.

Au ministère de l’industrie, on explique que le taux d’éradication varie d’un segment à l’autre. Dans la distribution moderne (les enseignes de grande distribution, superettes…), les sacs et sachets en plastique n’existent plus. Il en est de même pour le segment du commerce moderne de proximité (épicerie, magasins…) où l’éradication est totale. En revanche, «le problème se pose encore au niveau du commerce non organisé, en l’occurrence les marchands ambulants, les commerçants dans les marchés et les souks», déclare le directeur de la communication du ministère du commerce et de l’industrie.

Le contrôle est renforcé

Les sacs commercialisés dans ces lieux sont essentiellement des produits sortis des ateliers informels au Maroc ou des produits de contrebande provenant principalement de Sebta, Mellilia et les régions du sud du pays. Cependant, tempère-t-il, ce fléau est en nette régression. «Les commissions de contrôle du ministère de commerce et de l’industrie, du ministère de l’intérieur et de la direction des douanes font des sorties quotidiennes. Ainsi, d’importantes quantités de sacs en plastique interdits ou non conformes ont été saisies», déclare le responsable.

A ce propos, il est important de savoir que les sacs de congélation et de poubelle ne sont pas interdits par la loi. Ainsi, «les fraudeurs ont profité de cette faille pour importer des sacs sous appellation congélation, alors qu’ils seront utilisés pour d’autres fins», développe notre source. Selon lui, le ministère a donc mis en place toutes les mesures nécessaires en vue de mettre fin à ce type d’importation. D’abord, les caractéristiques techniques relatives aux sacs de congélation et ceux de poubelle ont été renforcées. Résultat : il est désormais obligatoire que ces sacs contiennent un étiquetage primaire et fassent l’objet d’un marquage individuel (pour chaque sachet). Sur l’étiquette doivent figurer la nature de la matière première utilisée pour la fabrication du produit, son origine ainsi que la raison sociale de l’unité de production.

Le ministère a ensuite mis en place un système de traçabilité pour la matière première dont l’importation est soumise à un accord préalable du ministère de l’industrie. Les importateurs doivent obligatoirement tenir un registre où doivent être inscrits les noms des acheteurs. Valeur aujourd’hui, «nous avons suffisamment d’informations pour faire un bilan de la matière première et savoir dans quel produit final elle a été utilisée», assure le responsable.

En clair, les autorités estiment que le chantier d’interdiction avance à grands pas et que les industriels ont bien augmenté leur production. «Cela a permis, en effet, une baisse des prix des produits alternatifs. D’ailleurs, les distributeurs les offrent gratuitement, alors qu’ils étaient payants au début de la campagne d’éradication», fait savoir notre source.

Pour accompagner la reconversion des industriels le gouvernement a mis en place un fonds de 200 MDH. Ainsi chaque unité pourra bénéficier d’une subvention plafonnée à 14 MDH pour les entreprises réalisant plus de 30% de leur chiffre d’affaires dans la production de sacs bannis par la loi. Pour les unités produisant des sacs non interdits, la contribution du fonds est limitée à 9 MDH. Depuis le lancement de ce programme, 72 entreprises ont rempli les conditions. Sur ce total, douze ont déjà bénéficié de la subvention. Une deuxième vague est actuellement en cours de validation. Ces entreprises qui se sont reconverties ont investi dans différents secteurs. Outre la fabrication des produits de substitution (sacs tissés et non tissés et sacs en papier), certains industriels ont fait le choix d’aller vers le secteur paramédical (fabrication de produits pour bloc opératoire : masques, bonnets…) ou encore la fabrication de pièces en plastique pour le secteur automobile. Somme toute, il existe aujourd’hui un potentiel important de reconversion pour les industriels, ils doivent juste savoir se repositionner sur la bonne niche.