Le marché des poids lourds a fait du surplace en 2014

Les concessionnaires n’ont commercialisé que 3 857 véhicules. Ce sont les segments 3,5 à  7 t et 26 à  32t qui ont soutenu l’activité. Manque de visibilité des acheteurs, difficulté de financement et allongement des durées de rétention expliquent cet essoufflement.

Un air de désenchantement s’abat sur les professionnels du poids lourd. Sur fond de migration aux nouvelles normes techniques «Euro4», qui sont entrées effectivement en vigueur le 1er janvier 2015, la majorité d’entre eux qui s’attendaient à un pic des ventes au mois de décembre dernier a été déçue. «Nous comptons en quelque sorte sur le même scénario de la taxe sur les voitures de luxe. En effet, le changement de la loi a entraîné une hausse des prix d’environ 12% en moyenne que les acheteurs pouvaient éviter s’ils avaient concrétisé leurs opérations d’achat fin 2014. Mais rien de tout cela ne s’est passé», commente un opérateur.
Le marché du poids lourd aura ainsi fait du surplace en 2014. D’après les derniers chiffres du Groupement professionnel du poids lourd et de la carrosserie (GPLC), les ventes ont totalisé 3 857 unités, soit quasiment une stagnation par rapport à 2013 au terme de laquelle 3 862 unités avaient été vendues.
Sur ce volume des ventes, l’activité a été surtout maintenue grâce au segment des 3,5 à 7 tonnes qui a vu s’écouler 1 492 unités, en hausse de 16% par rapport à 2013. Cette gamme compte par conséquent pour 39% du marché des poids lourds. De même, le segment de 26 à 32 t a signé une belle performance avec des ventes en hausse de plus de 45%. Toutefois, cette augmentation n’a pas eu d’incidence sur l’activité puisque ce segment ne représente que 6,8% des ventes ( 262 unités).

Le parc des poids lourds a une moyenne d’âge de 15 ans

A l’opposé, le segment du 8 à 18,9 tonnes, qui représente 30% du marché, a vu ses ventes reculer de 1 351 à 1188. La tendance était identique au niveau des ventes des tracteurs routiers qui n’ont pas dépassé 915 véhicules contre 1 044 un an auparavant. Ce segment pèse maintenant moins de 24% du marché.
Cette stagnation des ventes est expliquée par plusieurs raisons. D’après les opérateurs, la demande pour l’amélioration des caractéristiques des véhicules du parc ou pour son extension n’existe plus. Les entreprises seraient en train de reporter leur décision d’investir dans les flottes quand ils en ont le choix. Le manque de visibilité et de confiance quant à la bonne tenue de l’activité économique en est la principale raison. En deuxième lieu, la difficulté d’accès au financement bancaire fait en sorte que plusieurs opérations d’achat n’aboutissent pas. Les professionnels rapportent à ce titre qu’il devient quasiment impossible de financer son parc à crédit, vu les conditions appliquées par les établissements de crédit, notamment les sociétés de leasing. Celles-ci demandent des garanties personnelles rédhibitoires, souvent la caution des associés.
L’allongement des durées de rétention des véhicules est la troisième raison, et pas des moindres, expliquant l’essoufflement du marché. Selon les données recoupées du ministère du transport et de l’équipement et du GPLC, le parc des poids lourds a une moyenne d’âge de 15 ans. Il est estimé que 55% du parc de ces véhicules sont âgés de plus de 10 ans, dont 22% dépassent 20 ans. C’est dire que la vétusté des flottes est très prononcée au Maroc.
Ce délabrement du parc des poids lourds (de 3,5 tonnes jusqu’à 40 tonnes et plus) de manière générale a des répercussions défavorables sur le coût et la qualité du transport et de la logistique ainsi que sur l’environnement. Les répercussions sont d’autant plus importantes que le transport routier assure 75% des flux des marchandises à travers le territoire national, selon les estimations des spécialistes.

La norme «Euro 4» permet une économie d’1,5 litre aux 100 km

A ce propos, l’entrée en vigueur de la loi devrait favoriser une vraie mise à niveau de la filière, tant attendue par les opérateurs. En effet, le nouveau texte stipule que les poids lourds doivent répondre au moins aux normes Euro 4 pour pouvoir être commercialisés. De plus, elle met un accent particulier sur un nombre élargi d’équipements qui doivent être installés dans le véhicule. «Le législateur a donné un moratoire de six mois pour le traitement des stocks pour les opérateurs qui ont des commandes en cours», précise Abdelilah Khabbach, directeur général délégué d’Auto Hall.
Selon lui, il faut insister sur l’économie de carburant que le passage aux nouvelles normes génère, en plus des gains inestimables en dépollution. Le remplacement d’un véhicule vétuste ayant 10 ans (et plus) d’âge par un véhicule Euro 4 entraînerait une économie de consommation de carburant qui peut atteindre 1,5 litre aux 100 km.
D’après les fiches techniques de Mitsubishi, qui contrôle 45% du marché, et marque pionnière dans la mise en conformité aux normes environnementales récentes, le passage d’un véhicule non classé (Euro 0) aux véhicules commercialisés par la marque (Euro 5) entraîne une économie de 20% sur le coût de carburant.
Dans le même objectif, la Loi de finances 2015 a aussi prévu un dispositif de prime à la casse très incitatif pour le remplacement des véhicules vétustes. Le 30 janvier, un communiqué du ministère chargé du transport informe qu’un budget initial a été débloqué pour accélérer l’octroi des primes à la casse et le renouvellement du parc destiné au transport routier des marchandises. Vu l’importance accordée à ce chantier, des effectifs ont été affectés à l’étude et au traitement des dossiers dans les délais les plus brefs.