Le marché des matériaux de construction affecté par le marasme de l’immobilier

Selon les produits, les baisses d’activité se sont échelonnées entre 5 et 15% au cours du premier trimestre avant une légère reprise.
Les prix des carreaux de céramique, la brique et l’acier continuent
de baisser en raison de stocks importants.
Les cimentiers rattrapent finalement leur retard de ventes.

Ralentissement dans le secteur de l’immobilier oblige (www.lavieeco.com), le secteur des matériaux de construction, qui compte aujourd’hui près de 750 opérateurs, a accusé le coup au cours des six premiers mois de l’année. Comme l’explique David Tolédano, président de la Fédération nationale des matériaux de construction (FMC), le premier semestre a connu une activité en dents-de-scie.
Ainsi, si la tendance à la baisse variant entre 10 et 15%, observée lors des dernières semaines de 2008, s’est confirmée jusqu’en mars 2009 pour plusieurs secteurs tels que la céramique, la briqueterie et les aciers, une légère reprise a été ressentie durant le mois de juin. En revanche, poursuit le président de la FMC, «d’autres secteurs, comme le ciment, sont arrivés à rattraper la baisse de l’activité de 2 à 3% accusée lors des trois premiers mois de 2009 pour passer à +0,9% à la fin du premier semestre 2009 par rapport à la même période de l’année dernière». Malgré une évolution irrégulière de l’activité, les prix du ciment n’ont pas bougé d’un iota depuis décembre 2008 et la tonne se vend actuellement entre 1 080 et 1 100 DH.
Par contre, le marché des agglos (briques en béton) n’arrive toujours pas à sortir la tête de l’eau. En effet, le secteur a connu une baisse d’activité qui a atteint un pic de 18% pour certains types de briques. Mathématiquement, le gonflement des stocks qui en a découlé a généré un impact sur les prix qui ont perdu «entre 20 et 40 centimes selon les types d’agglos», confie un responsable à Vecomac, entreprise spécialisée dans la fabrication des briques basée à Casablanca. Ainsi, le prix de la grande brique est passé de 7 DH en janvier dernier à 6,60 DH actuellement, alors que la moyenne qui coûtait 6 DH est actuellement vendue à 5,60 DH. Le tarif de la petite brique n’a en revanche perdu que 20 centimes, passant de 5 à 4,80 DH.
Même constat du côté des céramistes qui affirment que leur activité a souffert du marasme du marché de l’immobilier puisqu’elle accuse une baisse variant, selon les produits, entre 5 et 10% par rapport au premier semestre 2008. Fouad Benzakour, président de l’Association des producteurs de céramique, explique cette chute par le manque de chantiers ouverts cette année. «L’année 2009 sera sans aucun doute difficile pour l’industrie de la céramique marocaine. Le prix moyen a accusé une petite baisse en raison des stocks qui augmentent chaque jour un peu plus», souligne-t-il. 

Bois : prix en hausse mais volumes en baisse
Contrairement à la brique et aux carreaux de céramique, les prix du bois ont, quant à eux, enregistré une augmentation depuis mai dernier de l’ordre de 10 à 15%. «C’est surtout le bois utilisé pour la menuiserie également appelé bois rouge qui a connu une hausse des prix», confie le directeur commercial d’une société spécialisée dans le commerce du bois. Selon lui, cette augmentation n’est pas due à une meilleure santé de la demande intérieure, mais plutôt à l’augmentation des cours à l’international. En effet, suite à la régression du marché de l’immobilier dans plusieurs pays comme la France et l’Espagne, les plus gros exportateurs de bois de menuiserie à savoir la Finlande et la Suède, ont réduit leur production pour stopper l’hémorragie et contenir la baisse qui avait atteint à la fin 2008 jusqu’à 60%.
Mohamed Dadoukh, directeur commercial de la Compagnie générale des bois et matériaux, confirme la tendance et prévoit lui aussi un retour progressif à des prix «normaux» dans les prochains mois. Ainsi, après avoir frôlé les 27 DH le mètre linéaire, le prix du bois blanc est revenu ces dernières semaines à son niveau standard affichant 35 DH. Même parcours pour le bois de coffrage dont le prix du m3 avait atteint fin 2008 un niveau bas record de 2 600 DH et qui coûte actuellement entre 3 000 et 3 500 DH le m3. Pour expliquer cette hausse des prix, M.Dadoukh souligne que les stocks constitués au début de l’année sont de moins en moins importants. «Les commerçants ont pu liquider leurs stocks sans trop de perte, ce qui explique un retour à la normale des prix. Le marché de la construction s’est également bien comporté ces trois derniers mois, même s’il ne s’agit que de l’habitat économique», précise M.Dadoukh. Il reste qu’en comparaison avec l’année 2008, les professionnels prévoient une baisse d’activité de 10%.
Last but not least, l’acier dont l’activité à fin juin dernier n’a pas dérogé à la règle en accusant une légère chute de 7% par rapport à la même période en 2008. Au cours du premier semestre 2008, le secteur a commercialisé près de 800 000 tonnes de rond à béton contre 700 000 tonnes cette année. Mais la baisse n’a pas concerné que le volume puisque les prix ont également dégringolé, passant de 8 500 DH en décembre dernier à 7 000 DH la tonne aujourd’hui, explique le responsable d’une société de production d’acier. Selon ce dernier, si la baisse des prix dépend des cours internationaux de la matière première, celle de l’activité est, elle, due, à une chute de la demande intérieure. A cela s’ajoute le fait qu’en juin dernier, deux nouvelles unités de production, dont celle du groupe Chaâbi, Ynna Steel, sont entrées en production, augmentant la tension concurrentielle sur le marché.