Le marché de l’occasion fait de la résistance

Autrefois alimenté par les importations, il est essentiellement composé aujourd’hui de véhicules
locaux
On trouve de plus en plus de voitures n’ayant roulé que trois ou quatre ans
Le marché est investi par des sociétés organisées.

Malgré l’embellie du marché de l’automobile du neuf, l’occasion tient bon, même si la situation est moins reluisante qu’il y a quelques années. En effet, on est loin des 90 000 véhicules d’occasion importés chaque année, il y a encore 10 ans. A fin août 2004, la douane avait à peine enregistré 8 684 unités importées. Ce chiffre représente toutefois une hausse de 33,7% par rapport à la même période de l’année précédente. Younès Saïh, consultant expert, estime que ces volumes sont marginaux. Il explique que les importations concernent particulièrement les véhicules haut de gamme, d’un âge variant entre un et deux ans, introduits par les MRE de la deuxième ou troisième génération. La raison en est que ces voitures ne sont pas lourdement pénalisées par le renchérissement des droits de douane sur l’automobile, qui touche particulièrement les petites cylindrées de plus de 5 ans. D’ailleurs, les droits de douane sur la voiture d’occasion n’ont pas suivi la dernière baisse appliquée aux voitures neuves, l’objectif étant de préserver la réussite du projet de voiture économique Renault.
Aujourd’hui, le marché est essentiellement alimenté de l’intérieur. Même si la moyenne d’âge du parc est relativement élevée, on trouve de plus en plus de voitures n’ayant roulé que trois ou quatre ans. Cette tendance est expliquée par l’extension des possibilités de renouvellement offertes aux clients par les constructeurs qui se font une rude concurrence avec des packages alléchants.

La location longue durée sera le pourvoyeur principal du marché
Outre les particuliers, des institutionnels, en l’occurrence les sociétés spécialisées dans la location longue durée, font leur entrée en force dans ce marché. En effet, les sociétés de LLD (location longue durée), dont l’activité s’est fortement développée ces dernières années, ont besoin de canaux de distribution pour écouler les véhicules dont les contrats sont arrivés à terme. D’ailleurs, selon M. Saïh, «le marché sera prochainement alimenté par les parcs correspondant aux premiers gros contrats de LLD qui arrivent à échéance».
Par ailleurs, pour tenter d’amortir la baisse des marges dans le neuf, l’idée qui fait son chemin chez les concessionnaires est la diversification dans cette activité aujourd’hui plus lucrative qu’est le marché de l’occasion. Mais ils ne sont pas encore tombés d’accord sur l’élaboration d’un argus ainsi que sur les structures de distribution à mettre en place.
En attendant, Master Auto, société adossée au Groupe Mifa, reste la seule entreprise organisée à être exclusivement dédiée à l’occasion. Au démarrage, l’activité était axée sur le dépôt-vente de véhicules d’occasion. Elle a ensuite été élargie à l’achat-vente, en fonction des possibilités financières de l’entreprise et de la capacité du client à attendre pour récupérer le produit de la vente. Master Auto traite aussi bien avec les particuliers qu’avec les concessionnaires et les sociétés de LDD. Adil Berrada, son directeur commercial, se déclare satisfait du volume des affaires réalisées et annonce même l’ouverture d’antennes dans d’autres villes, alors que chez un certain nombre de garagistes, on déplore la morosité qui s’est installée au cours de ces dernières années.

Les petites diesel françaises ont la cote
La création de cette société répond donc à un besoin. Mais l’occasion ne signifie pas un véhicule trop usagé. Ainsi, pour être accepté à l’achat ou en dépôt, à Master Auto, un véhicule de moins de 5 ans doit passer avec succès le contrôle technique qui porte, selon M. Berrada, sur 230 points : vérifier si la voiture a fait ou non un accident, le taux de compression du moteur ou encore l’état des plaquettes de frein… L’entreprise privilégie les voitures d’occasion achetées sur le marché local du neuf aux véhicules importés.
En ce qui concerne le prix, on notera qu’il dépend de la décote. Celle-ci est fonction de plusieurs critères, dont la gamme, l’image de marque du véhicule, la disponibilité des pièces de rechange bon marché, l’âge de la voiture, le kilométrage, l’état mécanique, les options… Il est admis qu’un véhicule haut de gamme essence subira une forte décote. A l’inverse, les petites françaises, surtout le diesel, gardent une grande popularité
A ce jour, les prix sont jugés très abordables parce que le marché est bien fourni, les particuliers se permettant plus fréquemment de renouveler leur voiture grâce aux offres des concessionnaires.
Chacun y trouve donc son compte. Mais avec un parc composé à 80 % de voitures de plus de 10 ans, il faudra bien trouver des points de sortie pour favoriser le rajeunissement. Selon M. Saïh, la solution résiderait dans un contrôle technique efficace et systématique, des réformes de voiture après des accidents graves ou encore des primes de casse à l’occasion de l’achat du neuf .

On est loin des 90 000 voitures importées au début des années quatre-ving-dix. Aujourd’hui on atteint à peine les 9 000 véhicules.