Le manque de profondeur des chiffres des échanges extérieurs empêche un bon pilotage de l’activité

Les statistiques sont publiées, au plus tôt, dix jours après la fin du mois, alors que des pays concurrents les tiennent à  temps réel. Parfois même, l’OMC dispose de données plus détaillées sur les échanges du Maroc que celles fournies par les organismes nationaux.

En 2012, alors que les nouvelles technologies se sont développées de manière phénoménale, le Maroc souffre toujours d’un retard assez significatif en matière d’outils statistiques. En dépit des efforts fournis par des organismes comme l’Office des changes (OC) et le Haut commissariat au plan (HCP), le pays est, de l’avis des spécialistes, largement dépassé en matière de production d’informations et d’indicateurs de ses activités économiques. Et cela est beaucoup plus visible quand il s’agit des échanges commerciaux extérieurs dont les données préliminaires ne sont disponibles, au meilleur des cas, que 10 jours après la fin de chaque mois.
Pour les responsables marocains chargés du commerce extérieur (le ministère vient d’être intégré au ministère de l’industrie et du commerce en premier lieu, ainsi que d’autres organismes et départements tels les affaires étrangères, l’industrie…), cette situation pénalise la compétitivité marocaine, d’autant plus que ses concurrents sont très avancés dans le domaine, aussi bien parmi les pays développés que ceux ayant le même niveau de développement. Ces pays ont développé l’outil statistique de manière à suivre l’évolution de leur commerce extérieur au jour le jour. «En visite en Tunisie, j’ai dû évoquer avec mon vis-à-vis un retard d’une expédition de marchandises vers ce pays maghrébin et ma surprise a été grande quand il m’a informé de la situation de leurs importations presque en temps réel, alors qu’en tant que ministre de tutelle je ne recevais les chiffres de notre commerce que dix jours en retard», confie non sans cacher son embarras un ancien ministre du commerce extérieur.

L’OMC prévoit une douzaine de secteurs et 160 sous-secteurs

La situation est plus compliquée pour les échanges dans le domaine des services. Car, outre le retard de leur publication, les statistiques ne sont pas suffisamment détaillées. Bien que le Maroc ait été parmi les premiers pays à ratifier l’accord du Gatt et qu’il ait convenu en 1991 avec les membres de cette organisation de la classification des services, il ne compte que sept secteurs et quatre sous-secteurs dans la nomenclature relative aux services. Les informations livrées par les organismes spécialisés se limitent à des chiffres globaux sur les transports (maritime, aérien et autres), les voyages (à titre professionnel et à titre personnel), les communications, les assurances et trois autres groupes de services. Mais jamais ils ne détaillent les statistiques en fonction des filières ou des branches. Dans la classification de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) justement, la liste est tellement exhaustive qu’elle comprend une douzaine de grands secteurs et 160 sous secteurs. Idem pour la nomenclature établie par l’Organisation des Nations Unies. A titre d’exemple, le groupe des services fournis aux entreprises englobe six secteurs dont chacun est composé de plusieurs sous-secteurs. Quand on prend ainsi les services professionnels, la nomenclature présente 11 branches tels les services juridiques, les services comptables, d’audit et de tenue de livre, les services de conseil fiscal, les services d’architecture…

La nomenclature des services : un fossé avec la liste de l’OMC

Et les statistiques sont livrées avec moult détails pour chacune de ces branches afin que ses membres puissent se doter d’une base de données qui servirait à orienter les négociations des accords du commerce international. Si, au Maroc, on se contente des statistiques globales, l’ONU et l’OMC livrent les informations pour 18 filières de ce même secteur tels les services postaux, de courrier, de téléphone, de télex, de télégraphie…Des données collectées auprès des pays membres. On dispose ainsi de certaines informations détaillées sur les échanges internationaux d’une branche économique marocaine que l’OMC, par le biais de statistiques miroir, a collectées auprès de nos partenaires et non pas des organismes spécialisés du Maroc «qui, de toute façon, n’en disposent pas», comme le confie ce cadre de l’Office des changes. Par exemple, dans les services de construction, le Maroc se plaçait, en 2009, au 15e rang mondial avec des exportations qui s’élevaient à 243 millions de dollars (près de 2 milliards de DH).
L’absence d’outils d’évaluation rapide, détaillés et performants, pénalise triplement l’économie nationale et en particulier le secteur des services qui, pourtant, est en train de réaliser une croissance très dynamique (voir encadré). D’abord, la compétitivité de notre commerce extérieur est grevée par le manque de visibilité sur l’évolution des différentes branches. Ensuite, les négociateurs des accords de libre-échange où le pays est largement impliqué manquent aussi de tableau de bord qui leur indique les positions à défendre en fonction des réalisations des filières économiques. Et surtout, en l’absence de statistiques détaillées, il sera difficile de concevoir une politique et une stratégie de développement efficientes pour plusieurs branches économiques.