Le manque de couverture fragilise davantage les grands marchés de Casablanca

• Les bénéficiaires de l’indemnité Covid-19 sont minoritaires au sein des travailleurs de ces grands marchés.
• Le projet de couverture sociale pour les commerçants est toujours en négociation.
• Les impayés se sont élevés à environ 95% dans l’ensemble des marchés de gros de Casablanca.
• A l’opposé de Derb Omar, où les activités de l’agroalimentaire et le transport routier n’ont pas été interrompues, le marché Korea a fermé durant la période de confinement.

Si la couverture sociale était de mise dans les grands marchés de gros de Casablanca, l’impact de la crise pandémique n’aurait pas été aussi fort sur les travailleurs. Selon les représentants des commerçants de Derb Omar, Derb Ghallef, Garage Allal et Korea, il est difficile de savoir exactement combien de personnes ont bénéficié de l’indemnité Covid-19. «En tout cas, leur nombre est très réduit, vu que le nombre des magasins ou entreprises organisées en sociétés l’est aussi», estime Aziz Bounou, président de l’association des commerçants de Derb Omar. Selon ce dernier, beaucoup de commerçants de gros se sont orientés vers l’importation ces dernières années. «Les créations d’entreprises et les déclarations sociales qui s’imposent se sont donc multipliées. Cela dit, le nombre des commerçants en règle reste limité», précise-t-il. Pire, pour la population éligible à l’indemnité Covid-19, un retard a été accusé dans le versement de celle-ci. «Pour plusieurs raisons, certains salariés n’ont pas encore touché l’indemnité des mois de mai et juin», souligne Abderrazak Bouramech, secrétaire général de l’association Wifak du marché de gros Korea.
Pour ce qui est d’une inscription ad hoc à la CNSS, il s’agit d’un projet qui avait suscité beaucoup de remous, sans jamais aboutir. «C’est dommage. Cette crise pandémique a montré l’importance de doter tous les travailleurs des grands marchés d’une couverture CNSS», souligne M. Bounou. Aussi, en ce qui concerne l’assurance maladie et la retraite, les modalités d’application sont en cours de discussion. Mai dernier, le ministère de l’industrie avait proposé de répartir les commerçants en trois catégories : une catégorie des commerçants assujettis au régime forfaitaire, une deuxième catégorie non-assujettie au régime forfaitaire et une dernière catégorie regroupant les auto-entrepreneurs. Parallèlement, de nouvelles grilles de cotisations devraient être appliquées selon plusieurs régimes. Ainsi, les anciennes propositions de cotisations mensuelles de 600 et 750 DH ont été réduites, jusqu’à 150 DH pour les petits commerçants. Cela dit, il faudra d’abord que ce projet voit le jour.

Le cas particulier du marché Korea

Un autre constat exacerbe la mauvaise passe de ces grands marchés. Selon Abderrazak Bouramech, la concurrence déloyale des produits étrangers continue à fragiliser davantage le commerce au sein de ces marchés. Ceci a limité la conversion des commerces «informels» en entreprise et conséquemment l’inscription à la CNSS. «De plus, pour un marché comme Korea, très lié à l’industrie de textile locale, la crise a été plus grave», estime M. Bouramech, qui est également vice-président d’une association de PME locales spécialisées en textile. «Le secteur du textile mérite ainsi qu’on lui accorde une indemnité entre juillet et décembre comme cela fut le cas pour le secteur du tourisme», insiste-t-il.
A l’opposé de Derb Omar, où les activités de l’agroalimentaire et le transport routier n’ont pas été interrompues, le marché Korea a fermé durant la période de confinement. Les commerçants ont opté pour la vente à distance, mais cela n’a pas pu se substituer à la vente directe. Après, à cause de l’évolution de la pandémie et la fermeture de certaines régions, plusieurs PME n’ont pas repris l’activité après Aid Al Adha. Ce qui a freiné, par ricochet, la reprise au sein du marché.

Un mode opératoire mis en danger

Le plus grand risque encouru par les commerçants des grands marchés de Casablanca est de voir leur mode opératoire chamboulé, ce mode se basant en grande partie sur les chèques, les traites et le crédit. Selon les associations qui représentent les commerçants, les marchés de gros de Casablanca ont enregistré environ 95% d’impayés. Si ces derniers ont été rééchelonnés, il n’y a aucune assurance qu’ils seront payés. Pire, le même système est appliqué avec les clients situés dans les quatre coins du Royaume: un mode de paiement à crédit parfois échelonné sur des années. «Résultat, on assistera fort probablement à des faillites d’entreprises», s’alarme M. Bouramech.
En temps normal, la production n’est pas assujettie à la demande. Les marchés sont souvent submergés de produits et les commerçants préfèrent vendre à crédit plutôt que de garder la marchandise. De surcroît, l’argent espèce tient encore une place importante dans la trésorerie des commerçants. A cause du confinement, les tirelires ont été cassées et le cash dépensé. Quel risque cela représente? «Les commerçants auront de grandes difficultés lorsque l’activité reprendra», estime M. Bounou. En somme, la crise actuelle a secoué un mode opératoire qui marchait malgré ses défauts.