Le manque d’argent, principale cause de l’exclusion bancaire

Selon l’enquête de Bank Al-Maghrib, 27% des non-bancarisés le sont parce qu’ils disent ne pas avoir besoin d’un compte et 24% sont rebutés par les coûts. Seulement 2% des personnes qui n’ont pas de compte le justifient par la religion.

Si Bank Al-Maghrib produit des statistiques denses sur la population bancarisée, qui atteint 62% au premier semestre 2014, on cerne encore mal la tranche qui reste en marge du système bancaire. Une récente enquête de perception des services financiers auprès des ménages, élaborée par l’institution en partenariat avec la Banque Mondiale, vient combler ce vide.

Contrairement aux idées reçues, la première raison expliquant la non-détention d’un compte bancaire est simplement le manque d’argent. C’est en effet le motif invoqué par 37% des non-bancarisés (sur un échantillon représentatif de 3 000 répondants). Suivent 27% qui déclarent ne pas en avoir besoin et 24% qui sont rebutés par les coûts que cela implique. Et il est édifiant de constater que le manque de confiance dans les banques ou la religion que l’on évoque souvent comme facteurs dissuasifs pour les non-bancarisés ne sont finalement cités que par une minorité. Ils sont 5% et 4% à ne pas faire confiance aux établissements ou ne sachant pas comment s’y prendre pour ouvrir un compte. Une part de 1% affirme préférer le cash et 2% invoquent la religion. A la demande de BAM, l’organisme en charge de l’étude a cherché à en savoir plus, spécifiquement sur les sondés n’utilisant pas les produits de la finance islamique: 80% des répondants ont confié ne pas en avoir besoin. Les autres raisons invoquées sont respectivement la mauvaise connaissance des produits (69%) ou leur non-disponibilité sur le lieu de résidence des sondés (65%).

La famille et les usuriers  se substituent à la banque

S’ils n’ont même pas de compte, les non-bancarisés optent évidemment pour des moyens de crédit et d’épargne non conventionnels. C’est ainsi que 33% de la population adulte totale sondée recourt à des méthodes informelles pour épargner et 10% s’en remet aux usuriers, à la famille ou aux amis pour emprunter. Des parts conséquentes,  surtout lorsqu’on sait que 49% des sondés disent ne pas du tout mettre d’argent de côté et 72% se passent de crédit.
Néanmoins, quand ils adhèrent à l’offre des banques, les Marocains savent très bien s’y retrouver. Une comparaison internationale montre que les nationaux surpassent un benchmark de 21 pays, s’agissant du choix des produits financiers qui leur conviennent. Ils sont 89% à bien s’en sortir contre une moyenne de 53% au niveau des autres pays. Néanmoins, les Marocains ont des difficultés avec leurs finances personnelles. Ils sont parmi les moins doués en matière de gestion quotidienne de leurs finances, de planification des dépenses y compris celles imprévues et la préparation de la retraite.