Le Maghreb économique à  la loupe

Il représentera dans quelques années un marché de 100 millions d’habitants.
L’intégration par les services jugée potentiellement plus prometteuse que le regroupement industriel.

Peut-on transformer le coût du non-Maghreb en bénéfices issus de l’émergence du Tigre nord- africain ? C’est à un exercice fort intéressant, parfois utopique, mais souvent teinté de bon sens, que l’Institut européen de la Méditerrannée (IE-Med) et le Centre international de Tolède pour la paix ont invité une brochette de personnalités du Maghreb, mais également européennes, les 25 et 26 mai dernier, à Madrid.

Parmi eux, deux ex-premiers ministres, l’Algérien Mouloud Hamrouche et l’Espagnol Felipe Gonzalez, plusieurs ministres ou ex-ministres des deux bords de la Méditerranée et des experts économistes. Côté marocain, Hassan Abouyoub, ambassadeur itinérant, Najat Mjid, présidente de Bayti, Aziz Akhannouch, patron d’Akwa Group et président de la région Souss-Massa- Drâa, et Omar Alaoui, DG de la société Agroconcept, ont tour à tour enrichi le plateau des intervenants.

1+1 = 3 si on s’arrime à l’Europe
Quelles opportunités donc pour un Maghreb économique ? En 2020, cet espace de 83 millions d’habitants actuellement passera à 100 millions. Unifié, il représente un marché attractif pour les autres partenaires, sans compter les complémentarités économiques préexistantes : l’Algérie et la Libye produisent à l’heure actuelle 4% du pétrole vendu dans le monde. La Mauritanie, qui est en passe de réaliser le plus fort taux de croissance de son histoire (26%), peut également peser sur le chapitre des ressources en hydrocarbures. Le Maroc, lui, est fortement positionné sur l’agriculture, l’industrie textile ou encore le phosphate. Enfin, la Tunisie évolue dans le même registre. Mais le Maghreb économique, c’est aussi, d’ici 2020, un million de postes de travail à créer pour soutenir la consommation et éviter la paupérisation de la population. Toute la question est de savoir comment tirer profit de l’union économique pour réaliser un nécessaire taux de croissance de 6 à 7% par an.

Les réponses ont été nombreuses. On retiendra notamment celle de la Banque mondiale qui a l’avantage d’être chiffrée. Mustapha Nabli, économiste principal, explique que les gains de synergie ne résident pas dans l’intégration du commerce de marchandises, mais plutôt dans celle des services. Chiffres à l’appui, il démontre que, dans le premier cas, le PIB total des pays du Maghreb ne serait que la somme des PIB individuels, tandis que, dans le second cas, deux points supplémentaires de croissance sont à espérer. Mais attention, prévient-il, sans la perspective d’une zone de libre-échange avec l’UE, les résultats ne seront pas au rendez-vous.

De manière générale, plusieurs champs d’intégration ont été abordés. L’énergie, le transport, le secteur financier ou encore la circulation des personnes et quatre points auront fait l’unanimité : augmenter la population active, pousser à la hausse le nombre d’heures travaillées, chercher les gains de productivité et, surtout, éduquer et former. En conclusion, la plupart des opérateurs pensent que sur le plan économique l’intégration est réalisable sans difficultés majeures. Un vent d’optimisme aura soufflé lors de cette rencontre qui, on le pense aboutira sur du concret.