Le litre d’huile bientôt à  13 DH ! Il y a un an, il coûtait 10 DH

Une nouvelle hausse de 0,40 DH est prévue au cours du premier trimestre.
Des industriels suggèrent à  l’Etat d’encourager les cultures oléagineuses pour faciliter l’approvisionnement en matière première.
De 200 000 tonnes, la production
de tournesol est tombée à  10 000 t.

Encore une hausse. Et plus que probablement une autre hausse à  venir avant la fin du premier trimestre 2008 ! O๠va le prix de l’huile de table. Réponse simple, le produit étant libéralisé, il suit la flambée du coût des intrants. A fin décembre dernier, les industriels décidaient d’augmenter de 5% le prix public de l’huile. Le litre est aujourd’hui à  12,60 DH, soit 0,60 DH de plus. Il devrait, selon les producteurs, connaà®tre un nouveau réajustement durant ce premier trimestre 2008. Ce qui devrait le porter aux alentours de 13 DH. La dernière hausse est appliquée par tous les professionnels du secteur qui ont emboà®té le pas au leader, Lesieur Cristal. «De toutes les façons, les professionnels ne peuvent faire autrement car il y va de la viabilité de leurs entreprises», est-il expliqué chez la filiale du groupe Ona.

La hausse du cours de la matière première se poursuivra sur les 10 ou 15 prochaines années
Au final, la hausse de fin décembre aura été la troisième augmentation de prix opérée au cours de l’année 2007, portant le total de l’évolution à  26% aujourd’hui. Il y a une année, le litre d’huile coûtait, en effet, 10 DH. Le cycle des augmentations a démarré en juin 2007 suite à  la tendance haussière enregistrée par le cours mondial des matières premières, notamment l’huile brute et les graines oléagineuses comme le tournesol, le colza et le soja. Le cours à  l’international des graines s’est apprécié de 30% en 2007, passant de 5 000 DH à  6 500 DH entre janvier et avril 2007. Actuellement, le prix de la tonne d’huile brute est de 9 300 DH pour le soja, 10 700 DH pour le tournesol et 10 000 DH pour le colza. Et si à  la fin de l’année 2007 le prix du litre sortie usine se situait à  8 DH, aujourd’hui il avoisine les 9 DH.

Le tournesol pourrait assurer jusqu’à  20% des besoins
Jusqu’à  quand durera cette situation ? Les analystes s’accordent à  dire qu’aujourd’hui on s’inscrit dans un cycle de renchérissement des matières premières et les produits oléagineux ne seront pas épargnés. Ils pronostiquent que cette évolution s’étalera, peut-être, sur les 10 ou 15 prochaines années.

Trois raisons sont à  l’origine de cette flambée des coûts. Premièrement, comme tout produit de base, l’huile voit sa consommation augmenter au rythme de la croissance économique. D’o๠la forte demande sur cette matière en raison de la croissance enregistrée dans le monde et particulièrement en Inde et en Chine (8 à  10%) qui connaissent une forte demande d’huile. Deuxièmement, les cultures dont est issue l’huile de table constituent aujourd’hui un produit alternatif pour la fabrication des hydrocarbures. Plusieurs pays encouragent actuellement l’enrichissement du diesel par l’adjonction de biocarburant à  base d’huile végétale. Il y a donc émergence de ce nouveau besoin en huile qui vient concurrencer de façon très sérieuse les besoins alimentaires. Et enfin, il y a le facteur spéculatif. Dans un contexte mondial ou la donne environnementale prend de plus en plus d’ampleur, les grands fonds d’investissement orientent de plus en plus leurs placements vers l’achat et la vente des produits oléagineux. «Le déplacement des flux financiers sur ce marché a induit l’accélération de la hausse. Et selon les dernières statistiques, ces fonds ont gagné, durant l’année 2007, plus d’argent qu’en investissant dans l’immobilier ou la Bourse», indique un opérateur du secteur oléicole.

A court terme, l’effet est désastreux pour les consommateurs donc. Cependant, à  moyen terme, la hausse des cours s’inscrivant dans un cycle prévisible, il y a moyen pour le Maroc d’en tirer profit. En effet, la conjoncture constitue, poursuit cet industriel, une bonne opportunité pour le Maroc comme pour tous les pays pauvres dont les agriculteurs se sont toujours plaints de la modicité des coûts des matières premières. L’Etat devrait alors encourager la production des graines oléagineuses. L’objectif est d’encourager les agriculteurs à  développer des cultures rentables, notamment les oléagineux. Ainsi, la relance de la culture du tournesol est une piste à  retenir. Il y a dix ans environ, le Maroc en produisait annuellement 200 000 tonnes, contre 10 000 tonnes à  l’heure actuelle. Les agriculteurs se sont détournés de cette culture peu rentable, comme de celle du colza d’ailleurs, au profit d’autres cultures plus rémunératrices. L’Etat qui paie actuellement 4 DH le kilo de graine de tournesol aux agriculteurs pourrait, dans le cadre de sa nouvelle stratégie, opter pour un prix incitatif variant entre 5 et 6 DH le kilo. De plus, le prix doit être, selon notre source, annoncé à  l’avance aux agriculteurs pour leur permettre d’avoir une visibilité sur la rentabilité de cette culture ainsi que sur les superficies à  emblaver.

Au-delà  du coût, le développement de ces cultures passe également par la garantie d’un encadrement technique des agriculteurs ainsi que par un accès aux semences sélectionnées et aux engrais. Ce sont de telles actions qui autorisent l’amélioration de la productivité. Ces sont là  les principales pistes que les professionnels entendent discuter avec le ministère de l’agriculture. Et pourquoi pas ? La mise en place de ces mesures peut se faire rapidement au cours de cette année car le tournesol est une culture du printemps. Ce qui permettra d’assurer, pour l’année 2008, le quart des besoins en huile brute du pays, puisque 200 000 tonnes de graines donnent 100 000 tonnes d’huile. Aujourd’hui, les récoltes assurent uniquement 1 à  2% des besoins alors qu’elles pourraient en assurer jusqu’à  20%.