Le HCP révise à  la baisse sa prévision de croissance pour 2015

Pour la deuxième année consécutive, les échanges extérieurs devraient contribuer positivement à  la croissance en 2015. La demande intérieure continuera de tirer la croissance, mais son rythme de progression est en baisse.

La «sortie» du HCP, mardi 30 juin, dans le cadre de la présentation de son budget exploratoire 2016, dans lequel il fournit également son estimation de l’activité pour l’exercice en cours, relativise finalement les prévisions par trop optimistes annoncées ici et là à propos de la croissance en 2015 et 2016. 

Se basant sur les résultats des comptes nationaux trimestriels et l’observation de la conjoncture à la fois nationale et internationale, le HCP estime la croissance en 2015 à 4,3% au lieu de 2,4% en 2014.

C’est une progression du PIB relativement intéressante, mais pas à la hauteur des attentes, suscitées par l’excellente campagne agricole 2014/2015, avec en particulier une production céréalière de 110 millions de quintaux, en hausse de 62% par rapport à l’exercice précédent. Il faut rappeler à ce propos que le HCP, lui-même, avait prévu une croissance de 4,8% pour 2015 dans son budget économique prévisionnel présenté au tout début de l’année. Le Centre marocain de conjoncture (CMC) et Bank Al-Maghrib tablent, eux, sur une croissance de 5,1% et 5% respectivement. Le ministère des finances qui, pourtant, avait annoncé une prévision de 4,4% lors de la présentation de la Loi de finances 2015, parle désormais, lui aussi, de 5,1%. La Banque mondiale, dans son dernier rapport de juin, a maintenu inchangé sa prévision de début d’année à 4,6% pour 2015 et à 4,8% en 2016.

Pour le FMI, en revanche, la progression du PIB du Maroc serait de 4,4% en 2015 et de 5% en 2016. On le voit, pour 2015, les estimations des institutions de Bretton Woods et celles du HCP sont proches, voire sensiblement les mêmes. Leurs prévisions pour 2016, en  revanche, divergent fortement puisque le HCP, lui, prévoit une croissance ne dépassant pas 2,6%.

Pourquoi, au bout du compte, la croissance économique en 2015 sera bien modeste, alors même que la campagne céréalière, composante principale de la production agricole, enregistre un résultat exceptionnel ? Pour deux raisons principalement. La première est que si la valeur ajoutée agricole a fortement augmenté (+13,2% au lieu de -2,6 en 2014), la croissance des activités non agricoles (+2,5%) reste très largement inférieure à la moyenne de 4,2% enregistrée entre 2007 et 2014, indique le HCP. Il se trouve, et c’est la seconde raison, que malgré l’amélioration de son rythme de croissance (9,5% entre 2008 et 2015, au lieu de 7% entre 2000 et 2007, en moyenne), le secteur agricole a perdu en poids dans le PIB, passant de 13% avant 2007 à 10% aujourd’hui ; ce dernier constat étant apparu à l’occasion de l’établissement de la nouvelle année de base (2007) des comptes nationaux. De façon mécanique, la baisse de la part de l’agriculture dans le PIB  relativise sa contribution à la croissance. Peut-être est-ce là d’ailleurs l’explication de la prévision optimiste du HCP au début de l’année : à ce moment-là, en effet, les comptes nationaux étaient encore confectionnés sur la base de l’année de référence 1998. Mais si le HCP révise à la baisse (par rapport aux prévisions, il faut le redire) le niveau de croissance en 2015, il annonce une bonne nouvelle : la demande extérieure devrait, pour la deuxième année consécutive, contribuer positivement à  cette croissance (+1,1 point). Ceci devrait conforter l’Exécutif dans sa volonté de réajuster le modèle de croissance, assis jusqu’à une date récente sur la demande intérieure, en particulier la composante consommation des ménages.

La demande intérieure continue certes de tirer la croissance : elle devrait en effet augmenter de 2,8% en 2015, au lieu de 1% en 2014, nous dit le HCP. Mais on voit bien que ces niveaux de hausse sont bien en deçà de ceux réalisés auparavant : +5% par an en moyenne entre 2008 et 2013. Ce rythme-là, financièrement, n’était pas soutenable. C’est pourquoi, depuis deux ans environ, des efforts sont déployés non pas vraiment pour brider la demande intérieure, mais disons pour ne pas trop l’encourager comme ce fut le cas pendant un nombre d’années considérable. Surtout, des actions ont été mises en place pour améliorer les exportations et donc, pour schématiser, compenser par la demande extérieure ce qui pourrait être perdu dans la demande intérieure. 

Rétablissement des équilibres macroéconomiques

Pour le moment, le solde des échanges extérieurs est positif et c’est tant mieux. Il faut juste se rappeler que l’amélioration du solde commercial tient surtout à une baisse significative des cours du pétrole ainsi que des autres matières premières non énergétiques. Bien sûr, les exportations, notamment des nouvelles filières, s’améliorent, mais le facteur décisif dans le recul du déficit commercial serait, une fois de plus, la baisse du pétrole. 

C’est pourquoi, dans ce Budget exploratoire 2016, le HCP attire l’attention sur le fait que si les équilibres macroéconomiques ont pu être rétablis, grâce en particulier à la détente sur les prix du pétrole et des autres matières premières, «cela a dû être opéré au détriment de la consommation et de l’investissement», donc de la demande intérieure, peut-on lire dans le document. Et le HCP de rappeler que la demande intérieure, qui croissait à un rythme annuel moyen de 6% entre 2000 et 2009, n’augmente plus que de 3,3% ces cinq dernières années. Est-ce une manière pour lui de pointer le rythme par trop brutal du retour aux équilibres internes et externes?