Le HCP dessine une nouvelle cartographie de la pauvreté

La lutte contre la pauvreté est cantonnée au soutien aux prix des produits alimentaires et énergétiques ou aux prestations sociales à grande échelle. Sur un total de 1 683 communes et centres urbains, 39,2% ont un taux de pauvreté monétaire inférieur à 5%.

Le Haut commissariat au plan (HCP) a organisé, le 17 mai à Rabat, une rencontre consacrée à la présentation des résultats des travaux relatifs à la pauvreté, la vulnérabilité et l’inégalité, ainsi qu’à un modèle de ciblage géographique de lutte pour leur réduction. A ce titre, les données du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) 2014 et celles de l’Enquête nationale sur la consommation et les dépenses des ménages (ENCDM) 2014 ont permis d’actualiser la connaissance de la pauvreté, la vulnérabilité et l’inégalité et d’en dresser une situation au niveau de toutes les unités territoriales du pays.

Le constat est que, dans le domaine de la lutte contre la pauvreté, «les politiques publiques sont restées adeptes du système de transfert des ressources budgétaires à l’ensemble de la population», sous forme de soutien aux prix des produits alimentaires et énergétiques, ou de prestations sociales à grande échelle, comme c’est le cas du RAMED, ou encore d’actions ponctuelles en faveur de catégories de la population considérées comme vulnérables. Ce mode de transfert forfaitaire, bien qu’il ait contribué au «net recul des taux de pauvreté et de vulnérabilité» à l’échelle nationale, et en particulier en milieu urbain, «n’a pas su capitaliser, en la potentialisant, l’approche apportée par l’INDH», en ciblant les catégories sociales et les espaces géographiques qui en avaient le plus besoin.

D’après le HCP, en 2014, près de 30% des subventions budgétaires destinées au soutien des produits alimentaires et de butane ont profité aux 20% des ménages ayant le niveau de vie le plus élevé, contre 13% aux 20% les plus défavorisés; avec un rapport de plus de 2 fois au profit des premiers. Ce rapport est de 2,4 fois dans le cas de la farine nationale de blé tendre, de 3,4 fois dans le cas du sucre, et de 1,9 fois dans celui du gaz butane. De même que, dans le domaine de la couverture médicale, seuls 26,1% des bénéficiaires du RAMED proviennent du quintile ayant le niveau de vie le plus faible, alors que 7,6% appartiennent au quintile le plus aisé.

L’approche monétaire permet une appréciation plus claire de la pauvreté

C’est la raison pour laquelle le HCP a décidé de «mettre à la disposition des décideurs une cartographie de la pauvreté au niveau de toutes les unités territoriales», afin de leur permettre de fonder, sur des données objectives, les arbitrages requis dans l’affectation géographique et sociale des ressources budgétaires destinées à la lutte contre la pauvreté et la vulnérabilité et, de façon plus générale, aux programmes sociaux.

La cartographie en question a été élaborée selon l’approche monétaire de la pauvreté et de la vulnérabilité adoptée par la Banque Mondiale. Selon cette approche, la pauvreté est mesurée en calculant le seuil des dépenses requises pour satisfaire aux besoins alimentaires d’un ménage, en le majorant d’une allocation non alimentaire. Quant à la vulnérabilité, elle est mesurée en relevant de 1,5 fois le seuil de pauvreté monétaire.

L’approche monétaire a donc l’avantage d’offrir, sur une base comparative, une «présence cartographique lisible en nombre et en intensité des situations de pauvreté et de vulnérabilité» qui affectent le paysage national territorial et social et de contribuer à la définition d’une politique raisonnée de ciblage dans la lutte contre la pauvreté.

C’est ainsi que la nouvelle cartographie de la pauvreté montre que sur un total de 1 683 communes et centres urbains, 39,2% ont un taux de pauvreté monétaire inférieur à 5% ; 29,8% un taux entre 5% et 10% ; 23,8% un taux entre 10% et 20%; 5,1% un taux entre 20% et 30% ; et 2,2% un taux supérieur à 30%. En milieu rural, sur les 1 279 communes, ce taux est inférieur à 5% dans 28,5% des communes ; se situe entre 5% et 10% dans 34,4% ; entre 10% et 20% dans 28,2% ; entre 20% et 30% dans 6%; et il est supérieur à 30% dans 2,9% des communes. A l’échelle urbaine, sur les 404 communes et centres urbains, 73,3% ont un taux de pauvreté monétaire inférieur à 5% ; 15,1% un taux entre 5% et 10% ; 9,7% un taux entre 10% et 20% ; et 2% un taux supérieur à 20%.

Il ressort des simulations du HCP que le niveau de réduction de la pauvreté et de la vulnérabilité, ainsi que les performances d’un programme social, sont d’autant plus élevés que les politiques de ciblage s’adressent géographiquement aux unités territoriales de base les plus petites (centres urbains, communes, douars, voire districts) ; et socialement aux ménages les plus pauvres dans les unités territoriales les plus pauvres.