Le HCP décortique les retombées socioéconomiques et psychologiques du confinement

• Le HCP a réalisé une enquête en avril pour suivre l’adaptation du mode de vie des Marocains sous la contrainte du confinement.
• Niveau d’effectivité du confinement, connaissances des ménages relatives au Covid-19, approvisionnement domestique en produits de consommation et d’hygiène, sources de revenus, accès à l’enseignement et aux services de santé…, les principaux volets.

Le confinement, exercice unique en son genre pour les Marocains, a eu son lot de retombées sociales, économiques et psychologiques sur les ménages. Pour prendre la vraie mesure des impacts sur ces trois volets, le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a réalisé, du 14 au 23 avril 2020, une enquête pour suivre l’adaptation du mode de vie des Marocains sous la contrainte du confinement. Selon le producteur de statistiques publiques, l’enquête a ciblé un échantillon de 2 350 ménages représentatif des différentes couches socioéconomiques de la population marocaine selon le milieu de résidence, urbain et rural. Elle a eu pour objectif d’appréhender, notamment, le niveau d’effectivité du confinement, les connaissances des ménages relatives au Covid-19, les actions prophylactiques, l’approvisionnement domestique en produits de consommation et d’hygiène, les sources de revenus en situation de confinement, l’accès à l’enseignement, l’accès aux services de santé et les réactions psychologiques. L’enquête a été réalisée par voie téléphonique en utilisant la méthode de collecte assistée par tablettes. Le HCP a rendu publique une note qui reprend les premiers résultats en attendant la mise en ligne des données globales. Focus sur le confinement des Marocains !

Tous les Marocains ont adopté les gestes barrières contre le virus

La totalité des ménages (99,5%) ont adopté des gestes barrières pour se protéger contre le Covid-19. Les différentes mesures prises consistent à se laver les mains avec du savon pour 97% d’entre eux, à porter des masques ou des bavettes (65%), à éviter les poignées de mains et les salutations physiques (63%), à sortir moins fréquemment (60%), à désinfecter régulièrement les surfaces et les objets susceptibles d’être infectés (51%), à garder une distance de sécurité avec les autres personnes (48%), à désinfecter les mains régulièrement (47%), et à porter des gants (7%). D’autres précautions sont également adoptées, à savoir le contournement des points de vente (marchés, souks, etc.) avec 31% ou le télétravail (3%).

Un ménage sur trois n’a aucune source de revenus

A en croire les conclusions du HCP, 34% des ménages affirment n’avoir aucune source de revenus en raison de l’arrêt de leurs activités au temps de confinement. Cette proportion est légèrement plus élevée parmi les ruraux (35%) que parmi les citadins (33%). Elle s’élève à 44% parmi les ménages pauvres, à 42% parmi les ménages de l’habitat précaire, à 54% parmi les artisans et ouvriers qualifiés, à 47% parmi les commerçants, et à 46% parmi les ouvriers et manœuvres agricoles. Par rapport à leur situation financière actuelle, pour 38% des ménages, le revenu couvre juste les dépenses, 39% en milieu urbain et 35% en milieu rural, 22% puisent de leurs épargnes (20% en milieu urbain et 26% en milieu rural), 14% recourent à l’endettement (12% en milieu urbain et 17% en milieu rural) et 8% comptent sur les aides de l’Etat pour couvrir leurs dépenses quotidiennes, 9% en milieu urbain et 5% en milieu rural.

75% des ménages jugent les prix des produits alimentaires stables

Pour 93% des ménages, les produits alimentaires de base (farine, huile, sucre, légumes, légumineuses, etc.) sont disponibles sur le marché au cours du confinement et en quantités suffisantes. Ces produits sont peu disponibles pour 6% des ménages, 11% en milieu rural et 4% en milieu urbain. Cette proportion est de 8% parmi les ménages pauvres et de 3% parmi les aisés1.
Pour 24% des ménages, les prix des produits alimentaires de base ont augmenté au cours du confinement alors que pour 75% ces prix n’ont connu aucun changement aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural, et quel que soit le niveau de vie des ménages. Le gaz de butane, utilisé par 99% des Marocains comme principale source d’énergie pour la cuisson, est disponible sur le marché en quantités suffisantes pour la quasi-totalité des ménages (97%). L’approvisionnement en produits de protection et d’hygiène est contrasté selon les ménages.

Plus de 70% des bénéficiaires de l’aide directe estiment qu’elle n’est pas suffisante

D’après l’étude d’impact, 18% des ménages n’ayant pas perdu leur emploi ont également bénéficié de l’aide de l’Etat, 13% en milieu urbain et 26% en milieu rural. Ils représentent 3,6% des ménages marocains. Près de trois ménages sur quatre (72%) bénéficiaires de l’aide de l’Etat, estiment que ces aides ne sont pas suffisantes pour compenser la perte des revenus, 75,9% en milieu urbain et 55,7% en milieu rural. Par ailleurs, 60% des ménages ayant un membre qui a perdu son emploi ont des difficultés d’accès aux aides publiques. 59% d’entre eux affirment qu’ils sont enregistrés mais non encore bénéficiaires, 54,5% en milieu urbain et 68% en milieu rural.

Cours à distance: les étudiants du secondaire et du privé sont plus assidus que le reste

A l’échelle nationale, 36% des ménages ont des enfants scolarisés au primaire, 20% au collège, 12% au secondaire et 8% au supérieur. Ces derniers, suite à la suspension des cours en mode présentiel, se sont retrouvés contraints de s’adapter avec les exigences de l’enseignement à distance. Pour un ménage sur cinq, les enfants scolarisés ne suivent pas les cours à distance. Pour 48% des ménages, les enfants scolarisés au primaire poursuivent les cours à distance d’une façon régulière, en utilisant les différents supports numériques mis en place. Cette part est de 51% pour les élèves du cycle collégial, de 69% pour ceux du secondaire et de 56% pour les étudiants de l’enseignement supérieur.
Le suivi régulier des cours à distance est plus prépondérant parmi les enfants scolarisés dans les cycles primaire et collégial du secteur privé, avec respectivement 81% et 84%, contre respectivement 42% et 48% dans le secteur public. Cela dit, la moitié des ménages ayant des enfants au primaire et 48% au collège ont des difficultés à suivre les cours à distance pour manque de canaux d’accès aux cours. Ce motif est soulevé, en particulier, par les ménages ruraux (55% pour le primaire et 54% pour le niveau collégial), et les ménages pauvres (respectivement 60% et 53%). Pour 41% des ménages ayant des enfants au secondaire, et 29% au supérieur, l’insuffisance de ces canaux est la principale difficulté. Le désintérêt est également pointé du doigt par 13% des ménages ayant des élèves au primaire, 11% au collège et 16% au secondaire.

Les Marocains renoncent aux soins de santé par peur d’être contaminé

Le confinement sanitaire entrave l’accès aux soins de santé particulièrement pour les personnes souffrant de maladies chroniques. Sur l’ensemble des ménages ayant un membre ou plus souffrant de maladies chroniques (30%), près de la moitié (48%) n’a pas accédé aux services de santé. Parmi les 29% des ménages concernés par les maladies ordinaires, 40% n’ont pas accédé aux services de santé. 11% des ménages marocains ont des enfants à vacciner. 36% d’entre eux ont dû renoncer aux services de vaccination. Parmi les 5% des ménages ayant parmi leurs membres des femmes éligibles aux services des consultations prénatales et postnatales, 30% ont dû renoncer à ces services pendant le confinement sanitaire. En outre, parmi les 6% des ménages concernés par la santé reproductive, 34% n’ont pas accédé aux services de santé pendant le confinement.

La télé, moyen de prédilection pour passer du temps chez soi

Pour le HCP, 18% des ménages ont ressenti une détérioration des rapports familiaux. Cette perception est plus élevée parmi les ménages pauvres (19%) que parmi les ménages aisés (13%), parmi les ménages constitués de 5 personnes et plus (23%) que parmi ceux de taille réduite de 2 personnes (7%). Elle est aussi plus élevée parmi les ménages vivant dans un logement d’une pièce (22%) que parmi ceux vivant dans un logement de 4 pièces et plus (16%).
En revanche, pour 72% des ménages, la qualité des rapports familiaux au sein du ménage n’a pas été influencée par le contexte du confinement. Pour le reste des ménages (10%), ces rapports sont plus paisibles et plus consolidés.
Pour supporter le climat du confinement, plus de 66% des ménages suivent des séries ou des films, lisent ou font d’autres activités intellectuelles ou de loisirs, 51% passent plus de temps avec la famille, 37% se consacrent à la pratique religieuse, 35% maintiennent des contacts avec les amis et proches via les moyens de communication, 12% font du sport et des mouvements physiques à domicile et 9% multiplient les sorties autorisées.