Le Hadj 2007 déclenche une guerre au sein de la Fédération des agences de voyages

Le tirage au sort pour les clients des agences prend du retard à cause d’un audit demandé par le président de la fédération

Les membres soupçonnent une manœuvre du président et dénoncent
son individualisme

Sur 274 agences ayant postulé, 35 sont exclues. Le
tirage au sort est annoncé le 28 juin.

Les agences de voyages candidates à l’organisation du pèlerinage sont dans le flou. Elles n’ont d’autre choix que d’attendre le verdict de la commission d’évaluation qui doit statuer sur les dossiers des agences candidates à l’organisation du Hadj 2007. De leur côté, les candidats qui ont choisi de passer par le privé pour accomplir ce devoir religieux sont dans l’expectative. Annoncé pour la semaine dernière (entre le 22 et le 25 juin), le tirage au sort n’a pas eu lieu comme prévu, alors que depuis plusieurs semaines, les futurs hadjs qui ont opté pour le voyage avec le ministère des Habous sont fixés sur leur sort. Aux dernières nouvelles, le tirage au sort devait avoir lieu jeudi 28 juin à Rabat.

Pourquoi un tel retard ? «Il faut poser la question au président de la Fédération des agences de voyages du Maroc (FNAVM) et au ministère du tourisme qui travaillent seuls sur ce dossier. Nous ne sommes pas informés de la situation», répond un voyagiste dont l’agence organise le pèlerinage depuis plusieurs années, et qui tient à garder l’anonymat, car, dit-il, «je ne veux pas compromettre mes chances».
Selon Faouzi Zemrani, président de la FNAVM, «si la commission a tardé à statuer sur les dossiers des agences candidates, c’est parce que la fédération a demandé à ce que le système d’évaluation des agences par le ministère soit audité par un cabinet extérieur, et cela a été fait, avec l’accord du ministre, par un cabinet de Casablanca, en l’occurrence, Sidumac». Avec quels résultats ? «Le système d’évaluation des agences par le ministère a été jugé bon par le cabinet», rapporte le président de la FNAVM. Il précise que, «sur 274 dossiers déposés au ministère, 35 dossiers ont été rejetés», ce qui réduit donc le nombre des agences organisatrices à 239. «Le cabinet a épluché durant trois jours les dossiers des 35 agences éliminées et un échantillon de 28% des agences retenues et n’a trouvé aucune anomalie, concluant que tous les dossiers ont été traités correctement».

Un dossier sensible car l’activité de nombre d’agences se résume à l’organisation du Hadj et de la Omra
Reste que l’affaire n’est pas près de se terminer, car, tout compte fait, si on répartit la quote-part globale des agences, soit officiellement 7 719 pèlerins de manière égale sur le nombre d’agences retenues, on se retrouve avec une moyenne de 32 personnes par agence, alors que, par le passé, toute agence sélectionnée était assurée d’avoir un quota de 46 pèlerins minimum. Selon un voyagiste habitué à ce genre d’opérations, le bénéfice net pour chaque Hadj varie entre 10 000 et 15 000 DH, ce qui explique que l’activité de nombre d’agences se résume à l’organisation du Hadj et de la Omra. D’où la sensibilité du dossier. A Casablanca par exemple, il y a en lice quelque 120 agences de voyages qui devront se partager 2 300 pèlerins, soit 20 par agence. On est donc loin du niveau habituel, ce qui alimente la grogne contre le président de la FNAVM.

Un membre de la fédération souligne que «cet audit n’avait pas lieu d’être car personne n’a jamais contesté le système de notation des agences par le ministère, et, de surcroît, notre fédération n’a pas les moyens financiers de diligenter un tel travail» . Et d’expliquer qu’«en réalité le président de la fédération voulait que le système de notation et de sélection des agences soit transféré à la fédération, ce que nous refusons, car nous estimons que les voyagistes ne peuvent pas être à la fois juge et partie, et c’était le but initial du recrutement du cabinet à qui l’on a dû trouver par la suite une occupation».
La contestation a d’ailleurs été signifiée par écrit au président de la FNAVM par celui de l’Association des voyagistes de Marrakech, Khalid Najdi. Détail cocasse : le vice-président de cette dernière association n’est autre que Faouzi Zemrani lui-même.
Si M. Najdi reste discret sur le sujet, il confirme néanmoins qu’il a effectivement adressé une lettre au président pour lui exposer certains reproches qui lui sont faits par les adhérents à la fédération et que copie a été envoyée à toutes les associations régionales.
La Vie éco a pu prendre connaissance du contenu de cette lettre qui va au-delà de la question du pèlerinage. Il y est reproché explicitement à M. Zemrani de prendre des décisions unilatérales sans demander l’avis des adhérents, quitte à chercher à les faire avaliser par le conseil d’administration.

Le problème s’est posé non seulement pour le Hadj, mais aussi pour d’autres questions. Ainsi, précise un autre voyagiste, les associations régionales ne sont jamais consultées comme ce fut le cas pour la réforme, en cours d’élaboration, de la loi régissant les agences de voyages. Les opérateurs ont été, en effet, surpris, selon lui, de découvrir qu’un cabinet international, en l’occurrence Corporate Value Association, avait été sélectionné pour travailler sur cette refonte du texte de loi.
Une assemblée générale houleuse en perspective
D’une manière générale, les professionnels du voyage reprochent à leur président d’ignorer ceux qui l’ont élu et de se considérer plus comme un décideur au-dessus de toute critique.

Questionné à ce sujet, Faouzi Zemrani répond qu’il y a eu, certes, quelques petits problèmes, mais que tout est rentré dans l’ordre.
Assurément, l’associatif dans le secteur du tourisme n’est pas de tout repos et semble oublier ses missions dès qu’il s’approche des cercles de décision. «La prochaine assemblée générale ordinaire de la FNAVM promet d’être houleuse», affirment de nombreux voyagistes. Et si, à ce jour, l’explosion a été retardée, c’est simplement parce que les quotas du Hadj n’ont toujours pas été répartis. Avis de tempête sur le voyage !