Le groupe libanais Averda lorgne la valorisation des déchets au Maroc

Averda a dépassé la barre de 450 MDH comme chiffre d’affaires en 2017, devenant ainsi un des leaders du secteur de la gestion déléguée de la propreté au Maroc. L’entreprise mise sur sa flexibilité et sa compétitivité pour gagner des parts de marché. Dans son pays d’origine, elle avait essuyé des critiques pour sa supposée implication dans la crise des ordures de juillet 2015.

Ce n’est pas un stéréotype, mais une réalité connue : les Libanais ont un sens aigu des affaires. Énième illustration si besoin en est, la place qu’occupe désormais le groupe Averda dans le secteur des déchets au Maroc. Implantée au Royaume en juin 2012 – après avoir remporté un premier contrat à Nador, suivi d’un autre à Berkane durant la même année -, l’entreprise a parcouru du chemin depuis. Aujourd’hui, elle compte parmi les leaders du marché de la gestion déléguée de la propreté, avec à la clé de gros contrats à Rabat et Casablanca. «Nous avons dépassé la barre des 450 MDH comme chiffre d’affaires en 2017», annonce Firas Arakji, le directeur d’Averda pour le Maroc et l’Afrique. Une performance qu’il explique par la capacité de la firme à être compétitive et flexible. «Il s’agit de présenter des offres de qualité, qui soient en ligne avec les cahiers des charges et à des prix adaptés aux capacités des collectivités», détaille-t-il. Autre facteur de performance, et non des moindres: la connaissance des marchés aux spécificités similaires à celles du Royaume.

Une expertise prouvée dans onze pays

Dans le détail, l’entreprise a construit son expertise dans la gestion des déchets au Moyen-Orient, principalement au Liban et dans plusieurs pays du Golfe, avant de s’attaquer à l’Europe en s’implantant en Angleterre et en Irlande, puis enfin l’Afrique à partir du Maroc. Cependant, son existence est loin d’être un long fleuve tranquille. Dans son pays d’origine, la société avait essuyé beaucoup de critiques pour sa supposée implication dans la crise des ordures, survenue en juillet 2015 après la fermeture subite d’une décharge qu’elle exploitait. A Casablanca où elle brasse une grosse part de son chiffre d’affaires, la société a indirectement fait les frais du départ prématuré de Sita, en septembre 2017, qui a poussé la ville à revoir le système de gestion déléguée dans sa globalité.

Une vie après la ville de Casablanca ?

La résiliation du contrat à l’amiable avec la commune de Casablanca annoncée en mai dernier pourrait-elle entraver la croissance de la multinationale libanaise au Maroc ?. «Pas vraiment», assure M. Arakji. Du moins pas sur le court terme, car il faut le rappeler : l’entreprise continue de collecter les déchets dans quatre préfectures (Hay Hassani, Ain-Chock, Sidi Bernoussi, Ain Sebaâ), en attendant les résultats de l’appel d’offres en cours pour désigner les nouveaux délégataires.
«Nous comptons capitaliser sur notre expérience pour renouveler nos contrats à Casablanca et soumissionner à d’autres appels d’offres», poursuit le dirigeant de la filiale marocaine du groupe fondé par l’influent homme d’affaires libanais Maysarah Khalil Sukkar. En clair, Averda – présente dans 11 pays – lorgne le marché de la nouvelle décharge de Médiouna et son centre de valorisation – promis par la ville pour 2020 – dans le sillage de l’appel international à manifestation d’intérêt, lancé début juillet dernier.

Des offres sur-mesure pour la valorisation

Là aussi, l’entreprise veut capitaliser sur son expérience dans la gestion des décharges et la valorisation des déchets. «Nous avons géré pendant plus de 20 ans la décharge de Beyrouth et valorisé jusqu’à 3 000 tonnes par jour en utilisant la technique de compostage», fait savoir Firas Arakji. Il faut dire que les similitudes entre la nature des déchets de la capitale libanaise et celle de Casablanca – à savoir la prédominance des fermentescibles – tout comme le volume presque identique (3734 tonnes à Casablanca) légitime l’ambition affichée par l’entreprise. Mieux encore, elle veut faire de la valorisation des déchets son nouveau relais de croissance. «Notre stratégie se décline en deux piliers, à savoir contribuer positivement à la concrétisation du plan national des déchets ménagers via des offres sur-mesure, et participer au développement du secteur, en l’occurrence la valorisation des déchets», confie M. Arakji. Une stratégie payante, pour l’instant, dans les segments de la collecte et de l’exploitation des décharges, tandis que dans l’activité encore balbutiante de la valorisation, tout reste à faire.

Présent dans trois autres pays africains (Gabon, Congo, Afrique de sud), le groupe libanais a démarré son aventure africaine au Maroc. Outre l’attrait et la stabilité du Royaume, Averda explique son choix par la volonté de former un noyau de cadres marocains capables de l’accompagner dans sa conquête des marchés africains. Une recette qui marche, puisque le nombre d’expatriés libanais se comptent désormais sur le bout des doigts. Par ailleurs, l’entreprise a investi au Royaume – à ce jour – 500 MDH, emploie 4 000 salariés et déploie des moyens totalisant 360 véhicules et 25000 bacs et caissons.