Le groupe Boutgueray rachète le holding Fandy pour 350 MDH

Fandy compte neuf filiales aux spécialités diverses n Anwar invest devient le 4e groupe agroalimentaire au Maroc.
Le groupe compte désormais 20 filiales et pèse 3,5 milliards de DH de chiffre d’affaires.

Un géant dans le secteur de l’agroalimentaire vient de naître. Le groupe Boutgueray, qui opérait jusque-là dans la biscuiterie industrielle, la conserve de poissons et le négoce ainsi que la distribution de produits alimentaires, vient de conclure une opération qui lui permet à la fois d’être verticalement intégré et d’élargir l’éventail de son activité. C’est en fait une opération de reprise réalisée entre fin septembre et début octobre, qui a permis au groupe de se propulser aux premières loges. La famille Boutgueray a mis sur la table 350 MDH pour racheter la totalité du capital d’un autre groupe, le holding Fandy. Ce dernier est constitué d’un conglomérat de 9 filiales qui opèrent dans des secteurs très diversifiés, allant de l’importation de céréales à l’immobilier en passant par la minoterie, la pâtisserie industrielle ainsi que le transport, le négoce et les entrepôts.
Si pour la majeure partie de ses acquisitions, le groupe Boutgueray avait pour stratégie de cibler des entreprises plutôt en difficulté, le cas de sa dernière acquisition est différent. Le groupe Fandy, en effet, n’était nullement en crise ni à l’arrêt mais seulement en proie à des désaccords entre associés. Le groupe était détenu par deux familles. Celle de Abdelhak Bennani, l’ancien patron de l’ex-Wafabank, qui possédait 36%. 32% étaient entre les mains de son frère, aujourd’hui décédé, Azzeddine Bennani, et sont donc revenus à ses héritiers tandis que les 32% restants appartenaient à la famille Benchimoul. Et c’est vraisemblablement depuis le décès d’Azzeddine Bennani que les premiers problèmes de gestion sont apparus. Finalement, les familles actionnaires ont préféré se séparer pour préserver l’entreprise et ont donc cédé leurs parts au holding Anwar Invest du groupe Boutgueray. Pour ce dernier, c’était une opportunité de croissance externe idéale. D’abord, parce que, comme l’explique le patron du groupe, El Hachmi Boutgueray (voir portrait en page 34), «les domaines d’activité de Fandy sont parfaitement complémentaires avec les nôtres». Il se trouve, en effet, que depuis 2008, le groupe a opéré un virage stratégique. Connu initialement comme étant spécialisé dans l’importation et la distribution de produits, essentiellement alimentaires comme le beurre, les biscuits, le concentré de tomate, les jus de fruits, les conserves de poisson et autres, le groupe avait alors décidé d’opérer une incursion dans l’industrie. Il commence par racheter l’unité de Biscolux à l’arrêt située à Had Soualem. Et c’est désormais dans cette unité qu’il fabriquera ses propres biscuits sous les marques Sergio, Sylvia et Momo. En 2009, il rachète de nouveau quatre entreprises industrielles spécialisées dans la conserve de poisson (à Settat et Tan Tan) et les biscuits (à Laâyoune et Nador).

Dans la corbeille, Copragri, Fandy Delicium et Fandy Binayat
Pourquoi un tel revirement ? «Pour ne plus importer», répond simplement M. Boutgueray. Pour autant, la décision ne manque pas d’étonner. Pourquoi le groupe, qui avait fondé avec succès son business model sur l’importation, décide-t-il de revenir à la fabrication locale au moment, justement, où tout le monde s’accorde à dire que les produits importés de certains pays, comme les Emirats arabes Unis par exemple, sont de loin plus compétitifs que ceux fabriqués localement ? Pour l’avoir essayé, El Hachmi Boutgueray apporte aujourd’hui un démenti : «Détrompez-vous, un biscuit ou une farine fabriqués au Maroc reviennent moins chers que s’ils sont importés».
Aujourd’hui, avec le rachat du groupe Fandy, le groupe Anwar Invest parachève en quelque sorte son intégration verticale. Fandy compte, en effet, deux entreprises d’importation, de collecte et de négoce de céréales dont la plus connue est Copragri. Il compte également trois minoteries à Casablanca, Tanger et Agadir pour une capacité totale d’écrasement de 17 000 quintaux par jour. A cela s’ajoute Fandy Delicium, une unité spécialisée dans la fabrication de pain, de viennoiserie et de pâtisserie. Le groupe est également présent dans le secteur du transport avec une filiale qui dispose d’une flotte de 60 camions, dans le domaine du stockage avec des entrepôts à proximité du port de Casablanca d’une capacité de 75 000 tonnes de céréales et, enfin, dans la promotion immobilière à travers Fandy Binayat.
Pour le groupe Boutgueray, gros consommateur de farine dans ses activités de biscuiterie, les minoteries de Fandy constituent évidemment une aubaine. Mais les synergies jouent également dans l’autre sens. «Les produits de Fandy souffraient, entre autres, d’un problème de distribution. Nous pourrons donc les faire profiter de notre réseau de distribution», remarque le nouveau patron. Il y a également des effets d’échelle qui joueront avec l’acquisition d’activité immobilière, des dépôts ou de négoce, secteurs sur lesquels le groupe Boutgueray est déjà présent.
«Avant, nous exportions des devises, à présent nous créons de la valeur ajoutée localement et des emplois», commente El Hachmi Boutgueray qui semble pleinement assumer son nouveau statut d’industriel et non des moindres : avec ses 2 000 salariés, ses 20 filiales et ses 3,5 milliards de DH de chiffre d’affaires, il figure comme quatrième grand groupe agroalimentaire du pays. A ce rythme, le groupe devra certainement penser à s’introduire dans le cercle fermé des entreprises cotées en Bourse. «C’est dans notre objectif, mais pas avant 2011», confirme-t-il.