Le fioul augmente de 550 DH par tonne : + 15%

Il est devenu trop lourd à  soutenir au regard de la portée non sociale de sa compensation. Le fioul vendu à  l’ONE, lui, restera soutenu dans les mêmes proportions.

C’était inévitable, avec une facture de compensation qui s’achemine vers 45 milliards de DH (voir article) ! Le gouvernement s’apprête à annoncer, au cours des prochains jours, une hausse de 15% du prix du fioul industriel, subventionné, et dont la facture devrait frôler cette année le record de 8 milliards de DH, soit 18% des dépenses de compensation estimées pour l’exercice 2011. Il faut dire que parmi les produits pétroliers, le fioul est celui dont le rapport subvention/prix de vente public est le plus élevé. Ecoulé sur le marché à 3 678 DH (sortie Mohammédia), il coûte en réalité 6 340,65 DH, ce qui occasionne pour l’Etat une subvention de 2 662,65 DH pour chaque tonne consommée, si l’on tient comme référence la base de la structure des prix de la première quinzaine d’octobre.
Certes, la compensation du prix du fioul n’est pas nouvelle et elle dure même depuis une dizaine d’années, mais entre les 45 MDH de facture de 2002 et les 8 milliards d’aujourd’hui, le gap est abyssal, et ce, d’autant plus que ce produit ne profite pas aux ménages, mais à l’industrie, soit donc une activité lucrative.

Une autre hausse prévue en 2012

Pire, alors que peu de secteurs recouraient au fioul il y a à peine 5 ans, son prix rendu attractif par la subvention a fini par séduire des secteurs de l’économie, en quête d’une réduction de leurs coûts. C’est pour ces raisons que l’on trouve aujourd’hui parmi ses consommateurs les cimenteries, les sucreries, l’industrie papetière, les filiales de l’OCP, et diverses sortes d’industries chimiques. Résultat : une facture sans cesse alourdie, à mesure que les prix du pétrole s’envolaient. Rien qu’entre 2006 et 2007, elle est passée de 118 MDH à 974, pour culminer largement au-dessus du milliard de DH à partir de 2008.
Il fait dire aussi qu’en 2008 c’est un autre mastodonte qui a fait son entrée dans le portefeuille de la clientèle des distributeurs : l’Office national de l’électricité. La raison était dictée par l’urgence. Devant faire face à une demande en croissance annuelle moyenne de 7%, l’office a mis en place des centrales fonctionnant au fioul (et au gasoil également) demandant moins de temps pour être édifiées que celles à charbon. L’ONE, donc, est devenu le plus gros utilisateur de fioul : 579 000 tonnes en 2008, 960 000 t en 2009 et 1,3 million en 2010, soit près de 56% de la consommation totale du pays.
Mais ce n’est pas pour autant l’ONE qui pâtira de la hausse du prix du fioul. En effet, l’augmentation programmée par le gouvernement ne porte que sur les quantités utilisées par les autres industries. Et pour cause, appliquée à l’office, la hausse devrait se répercuter sur le coût auquel l’électricité est vendue aux ménages, ce que l’Etat veut éviter en ces temps de tension sociale. Ce sont donc les autres industries qui s’acquitteront d’un surplus de 550 DH par tonne, ce qui ferait baisser le poids de la subvention de 20,65%. Au regard de la facture prévue pour 2011, cela ferait une économie annuelle de 616 MDH, sachant que cette réduction progressive de la subvention sera poursuivie en 2012.