Le double jeu des chevillards

Ils maintiennent leur grève jusqu’au 17 juillet et approvisionnent
la ville à partir des souks environnants.

Les chevillards continuent à faire parler d’eux et la grève qu’ils ont entamée depuis lundi 30 juin vaut à la ménagère une augmentation de 10 et 15 DH sur les viandes rouges. Selon Nourreddine Benbrik, membre de l’Association des producteurs de viande en gros, la grève sera maintenue pour dix jours à compter du lundi 7 juillet, si aucune issue n’est trouvée d’ici là. Peut-on raisonnablement espérer une issue ? Les autorités locales et les gérants des abattoirs sont peu loquaces, jugeant que l’information ne peut que nuire aux négociations en cours. Toutefois, pour tenter de casser le mouvement, la Communauté urbaine aurait invité les bouchers à ne pas s’approvisionner dans les souks et autres marchés parallèles. Les contrevenants pris en flagrant délit risquent d’être durement sanctionnés.
Ils revendiquent une salle pour les transactions au sein des abattoirs
Rappelons que les revendications des chevillards tiennent en deux points. Le premier concerne le circuit d’abattage qui a bouleversé leurs habitudes. Maintenant, ils ne voient plus leurs bêtes qu’à la fin du processus et sont, désormais, obligés de traiter la partie commerciale dans la salle des frigos, ce qui, disent-ils, leur occasionne inconfort et refroidissements. Par conséquent, la profession veut que la Communauté urbaine construise au sein des abattoirs une salle pour les transactions.
Second point, une taxe de 3,50 DH est décaissée pour chaque kilo de bête abattue. Ceci, alors que dans les souks avoisinants qui leur font de la concurrence directe ou indirecte, ces droits et taxes sont de l’ordre de 1,25 à 1,50 DH par kilo.
Si les chevillards ont raison sur le fait que l’abattage, depuis l’ouverture des nouveaux abattoirs, se fait à deux vitesses dans une aire géographique de 40 km, il faut bien se rendre à l’évidence que nombre d’entre ceux qui font grève, pour ne pas dire la totalité, font régulièrement de l’abattage dans les souks environnants, paralysant les nouveaux abattoirs qui n’ont jamais atteint leur rythme de croisière. En effet, depuis leur ouverture en mai 2002, ces abattoirs n’ont, au mieux, approvisionné la ville qu’à hauteur de la moitié de ses besoins. Autrement dit, bouchers et consommateurs ne trouvant pas leur compte dans les prix pratiqués se sont tournés vers les produits peu contrôlés ou parfois suspects.

Un investissement de 70 MDH en souffrance
Entre autres explications de la faible fréquentation des abattoirs, on peut citer le fait que la société espagnole qui en assure la gestion, ne disposant d’aucune marge de manœuvre et étant absente du capital, n’a pas de politique commerciale pour attirer sa clientèle de chevillards et imposer la qualité dans le secteur, comme l’ont souhaité les élus.
Le résultat de cette situation abracadabrante est là. D’un côté, les chevillards, disposant d’une sorte de monopole de fait, font de l’abattage dans les souks environnants et boudent quand ils le décident le nouveau complexe, qui a coûté aux contribuables quelque 70 MDH, sans que leur gagne-pain soit menacé.
De l’autre côté, élus et autorités sont piégés dans une situation où ils ne peuvent lâcher du lest sans s’exposer à verser aux gestionnaires le manque à gagner que risque de coûter une baisse sur les droits et taxes.