Le dossier de la compensation, un obstacle pour un assouplissement monétaire

L’indexation des prix des produits pétroliers et du sucre devrait se réaliser moins difficilement avec la nouvelle configuration du gouvernement. Cependant, des pans entiers de la réforme ne sont pas encore précisés. Un soutien monétaire à  l’économie pourrait relancer la croissance.

L’indexation des prix des produits pétroliers et du sucre, comme l’a annoncé dans la presse le ministre des affaires générales et de la gouvernance, Najib Boulif, aura-t-elle bien lieu ? Maintenant que le parti de l’Istiqlal s’est retiré de la coalition qui gouvernait le pays jusque-là, l’opération devrait être moins compliquée qu’elle ne l’était avant. Le PJD, rappelons-le, avait fait de la réforme de la compensation un de ses objectifs prioritaires, mais la présence de l’Istiqlal à ses côtés semble l’en avoir empêché puisque ce dernier, tout en feignant d’approuver la réforme, considérait comme une ligne rouge à ne pas franchir toute augmentation des prix. Or, qui veut réformer la compensation doit nécessairement s’attendre à une variation des prix, à la hausse comme à la baisse.

Précisément, la tendance aujourd’hui est à la baisse des prix des matières premières, notamment énergétiques, et c’est peut-être une opportunité pour ce gouvernement d’introduire la réforme, du moins le volet indexation, sans que cela n’occasionne une révision à la hausse des prix aux consommateurs. Bien entendu, rien ne garantit que les prix ne repartiraient pas à la hausse, mais dans ce cas et selon ce qui a été annoncé, des assurances contre les fluctuations des cours devraient être souscrites afin d’en limiter la variabilité. Autrement dit, si augmentation il devrait y avoir, elle serait limitée par le jeu de la couverture des risques. Le ministre des affaires générales en tout cas semble miser sur le maintien d’un baril de pétrole proche de la prévision de départ, soit 105 dollars, voire moins. C’est la raison pour laquelle il a cru devoir annoncer, il y a quelques jours, que les charges de compensation pour cet exercice ne dépasseraient pas les 41 milliards de DH, soit l’enveloppe prévue dans la Loi de finances.

En tout cas, si, comme on le dit, il faudra tout faire pour réduire le déficit budgétaire, une action sur les charges de compensation est absolument nécessaire. Car, on l’a déjà dit, pour l’essentiel le déficit du budget représente à peu de choses près les charges de compensation. Et le déficit budgétaire, contrairement à ce que d’aucuns pourraient penser, ce n’est pas qu’un ratio, il a une traduction bien concrète qui s’appelle la dette. Celle-ci, depuis trois ans, augmente à un rythme accéléré, et c’est cette tendance à la hausse moins que son encours lui-même qui inquiète. «Nous avons à ce jour et malgré les hausses de ces dernières années, un stock de dette qui est encore soutenable. Mais la tendance n’est pas bonne», confie un directeur central d’un ministère. L’objectif serait donc d’infléchir la courbe et le gouvernement n’a pas un choix varié de leviers à actionner pour y parvenir. S’il s’est résolu à réduire (de 15 milliards de DH) les dépenses d’investissement afin de limiter un tant soi peu le niveau des dépenses au titre de l’exercice en cours, il ne pourra pas rééditer l’opération, ou du moins la rééditer sans impacter la croissance économique. La seule possibilité qui reste, ce sont donc les dépenses de compensation. En outre, les organisations financières internationales, comme le FMI, insistent lourdement sur cette réforme, et d’aucuns pensent même que le maintien de la ligne de précaution et de financement accordée par le FMI est tributaire de cette réforme.

Cela dit, il est bien vrai que l’impact de l’indexation et plus généralement de la réforme de la compensation, dans un environnement où les inégalités sociales et territoriales sont encore fortes, risque d’être lourdement ressenti par certaines catégories de la population. D’où l’importance des mesures d’accompagnement de la réforme, comme l’aide monétaire par exemple. Mais pour l’heure, rien n’a filtré sur ces aspects.

Dans tous les cas, ce dossier de compensation, outre ses conséquences sur le budget, génère aujourd’hui de “l’invisibilité” pour la mise en œuvre, éventuellement, d’un assouplissement de la politique monétaire. En Europe et aux Etats-Unis notamment, des politiques monétaires non conventionnelles ont été mises en place pour faire face à la crise, certes d’une ampleur plus grande que celle qui frappe le Maroc. Les États-Unis, par exemple, avaient décidé depuis 2010 de racheter jusqu’à 600 milliards d’actifs, évitant ainsi que la crise des “subprimes” ne provoque une déflation ruineuse pour l’économie. L’Angleterre avait fait de même auparavant.

Mais parce que ce sont des économies matures, le recours à l’assouplissement monétaire quantitatif (autant dire, pour faire simple, un recours à la planche à billets), n’a pour l’instant pas généré d’inflation.

Est-ce possible au Maroc où le resserrement du crédit, conséquence de la baisse des liquidités, est une réalité ? Il semble bien que non. Une source interrogée par La Vie éco sur la possibilité pour BAM de racheter des actifs (bons du Trésor, par exemple) pour injecter plus d’argent dans le circuit, exclut le recours à cette opération, expliquant que la Banque centrale prête déjà aux banques pour répondre à leurs besoins et qu’en outre, elle vient de mettre en place un nouveau dispositif destiné à aider les très petites entreprises.