Le Dirham reste aligné avec les fondamentaux de l’économie marocaine

La réforme est préventive et non pas curative, car elle ne constitue pas une réponse à une diminution sensible des réserves de change. Dans le cas extrême d’une dépréciation du Dirham de 2,5%, la croissance augmenterait en 2018 de 0,2% et l’inflation de 0,4% pour atteindre 1,9%.

Suite à l’entrée en vigueur, le 15 janvier, d’un régime de change plus flexible, le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, et le ministre de l’économie et des finances, Mohamed Boussaid, ont tenu, le 18 janvier à Rabat, une conférence de presse consacrée à la mise en œuvre de cette réforme. Le Royaume a en effet élargi la bande de fluctuation des cours du Dirham à +/- 2,5%, par rapport au cours central, sans aucune dévaluation et avec le maintien des mêmes pondérations du panier de devises composé de l’Euro et du Dollar américain, à hauteur respectivement de 60% et 40%. La réforme constitue une première étape dans le processus de libéralisation du régime de change de la monnaie nationale.

«Cette réforme consiste en l’introduction d’une flexibilité au niveau de notre régime de change, qui se limite à une bande de fluctuation de +/- 2,5%, au lieu de +/- 0,3% auparavant», explique d’emblée le ministre des finances, insistant sur le fait que «contrairement aux rumeurs qui circulent depuis des mois, la flexibilité introduite ne correspond pas à un flottement, car nous sommes toujours dans le cadre d’un régime de change fixe». D’après lui, «il s’agit d’une réforme préventive et non pas curative, car elle ne constitue pas une réponse à une diminution sensible de nos réserves de change, ou à une crise économique et financière. Sa finalité est d’accompagner l’ouverture de l’économie nationale sur le monde extérieur».

Aucun mouvement particulier sur le marché

Il a également estimé qu’«il s’agit là d’une décision volontaire et souveraine, qui ne nous a été dictée par aucune instance et dont l’objectif est d’améliorer la compétitivité de l’économie et de renforcer sa résilience face aux chocs extérieurs».

Au sujet des craintes d’une dévaluation importante du Dirham, suscitées par l’annonce de l’entrée en vigueur de cette flexibilité du régime de change, le ministre des finances a déclaré que «le dernier mot est revenu au marché qui a réaffirmé sa confiance dans notre monnaie et notre économie. La preuve est que les fluctuations observées, au cours des trois premiers jours, n’ont pas dépassé les +/- 0,3% et ce, malgré l’élargissement de la bande à +/- 2,5%». De même qu’il a fait remarquer qu’«en 2017, la valeur du Dirham a augmenté de près de 7,6% par rapport au dollar, et a baissé d’environ 5,1% par rapport à l’Euro ; ce qui correspond à des variations supérieures à la bande de fluctuation déterminée par la réforme du régime de change. Et pourtant, personne n’en a parlé ou n’y a prêté attention». Et d’insister sur le fait qu’«il n’y a pas de désalignement du Dirham» et que celui-ci est «aligné avec les fondamentaux de notre économie, comme l’affirme, depuis dix ans, le FMI».

Pour sa part, le wali de Bank Al-Maghrib a confirmé que «contrairement à ce qui a été dit, la réforme du régime de change n’a pas introduit de flottement», indiquant que «les pays qui, en l’absence de crise, sont passés progressivement d’un régime de change fixe à un régime de change flottant  l’ont fait sur une période qui varie de cinq à quinze ans». Selon ses estimations, «dans le cas extrême d’une dépréciation du cours du Dirham de 2,5%, cela aura un impact positif sur la croissance qui devrait alors augmenter de 0,2% en 2018. Quant à l’inflation, elle augmenterait de 0,4% et atteindrait 1,9% cette année, au lieu de 1,5% prévu. Pour ce qui est du prix du gasoil, il enregistrerait une hausse de 0,15% et passerait de 9,60 à 9,75 DH/litre».

En ce qui concerne les demandes des banques en devises, le gouverneur de la Banque centrale a précisé qu’elles ont varié de 3 à 8 millions de dollars par jour depuis l’entrée en vigueur de la réforme ; ce qui est loin des demandes de 500 millions de dollars, ou encore du pic d’un milliard de dollars observés au cours des mois de mai et juin derniers. Il a néanmoins tenu à relativiser la portée de cette réforme, considérant que «le régime de change n’est qu’un instrument qui peut jouer le rôle d’effet de levier par rapport aux politiques que mène le gouvernement et à la compétitivité de notre économie. Ce qui n’empêche pas que Bank Al-Maghrib devra accompagner le processus de libéralisation pour préserver le pouvoir d’achat des citoyens».

A la fin de la rencontre, le wali de Bank Al-Maghrib a annoncé : «Nous sommes en discussion avec le FMI pour envisager, dans le cas où nous améliorerions encore notre situation, le passage à une Ligne de crédit modulable (LCM)», ajoutant que, dans la panoplie des facilités accordées par le FMI, «cet instrument est mieux notée que la Ligne de précaution et de liquidité (LPL)». Parmi les conditions d’éligibilité d’un pays à la LCM, figure notamment la flexibilisation de son régime de change.