«Le développement de la compétitivité est un facteur vital pour le développement des industries exportatrices»

Les mesures fiscales prévues dans le Plan de Loi de finances 2020 ne sont décidément pas au goût des exportateurs. En cause, la suppression de l’exonération quinquennale sur les nouvelles créations d’entreprises exportatrices, le relèvement du taux d’IS de 17,5% à 20%, et le relèvement du taux d’IS à 15% pour les entreprises ayant le statut CFC, ainsi que celles installées dans les zones franches d’exportation.

Pour Hakim Marrakchi, vice-président de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX), ce «retour en arrière» prive non seulement les entreprises exportatrices des «modestes» acquis qu’elles ont pu obtenir, mais estropie leur développement futur.  Les détails.

Que reprochez-vous aux amendements introduits dans le PLF 2019 ?
C’est un retour en arrière que les entreprises exportatrices ne cautionnent pas, ni ne comprennent. Certes, revenir sur l’exonération quinquennale pour les entreprises exportatrices nouvellement créées, et le relèvement de l’IS à 20% au lieu de 17,5%, comportent des risques majeurs, d’une part pour la compétitivité du secteur national, et de l’autre pour les liens de confiance entre les entreprises marocaines et le gouvernement. Mais ce n’est pas là le cœur du problème. Nous ne sommes pas contre l’impôt, bien au contraire. Nous sommes même prêts à payer plus. Mais il faut permettre aux exportateurs nationaux de générer des bénéfices. Cela ne sert à rien de baisser l’IS si à côté nous ne réalisons pas de chiffre. Par contre, nous ne voyons aucun mal à payer même 50% d’IS si le gouvernement nous aide à développer nos activités, à renforcer notre compétitivité et, surtout, nous mettre sur un pied d’égalité avec nos concurrents étrangers. Car nous avons la nette impression que nous sommes les laissés-pour-compte d’une posture budgétaire dont le propos nous échappe. A fortiori lorsque les échanges que nous avons eus avec le gouvernement lors des dernières Assises de la fiscalité créditait l’hypothèse d’une synergie et d’une confiance mutuelle renforcées. Force est de constater qu’il n’en est rien.

Selon vous, comment faut-il s’y prendre ?
L’équité dans le traitement, d’une part, et de la visibilité pour que l’on puisse planifier nos investissements, d’autre part. Figurez-vous qu’au Maroc, le nombre d’entreprises qui exportent se situe entre 500 et 600. Et seules 200 d’entre elles exportent de façon régulière, et payent un IS dépassant un million de dirhams. C’est dérisoire. Surtout pour un pays qui se veut ouvert sur le marché international. Si les investisseurs sont si prudents ces temps-ci, c’est parce qu’ils perdent confiance. La logique voudrait que l’on encourage la création d’entreprises exportatrices nouvelles, non l’empêcher. Le développement de la compétitivité est un facteur vital pour le développement des industries exportatrices, au même titre que l’augmentation de la productivité et, par là-même, la capacité d’exporter.

Que faut-il faire pour améliorer la compétitivité ?
Beaucoup de choses. Il faut savoir que la compétitivité des entreprises exportatrices s’est fortement dégradée sur la dernière décennie. Le coût du travail a augmenté de 80%, l’énergie coûte 60% plus cher, et la monnaie nationale s’est appréciée vis-à-vis de pratiquement toutes les autres. La conjugaison de l’ensemble de ces facteurs fait que le nombre d’entreprises qui réalisent du chiffre à l’international se réduit d’année en année. Nous savons que le problème n’est pas l’entrepreneur marocain, puisque ce dernier réussit ailleurs. Partout où l’investisseur marocain s’engage dans l’export, il y arrive. Le problème est donc interne. Pour moi, c’est cette incapacité du gouvernement à entendre nos arguments et nos inquiétudes qui est à l’origine du problème. Car les faits sont clairs et incontestables.

Quel message percevez-vous du gouvernement ?
L’attitude du gouvernement à notre égard est quelque chose que je ne m’explique toujours pas. Comme une sorte de défiance. Une manière de nous dire que nous comptons pour du beurre, et de nous faire comprendre que nous ne sommes pas aptes à apprécier la situation à sa juste mesure. Or, n’est-ce pas en échangeant avec nous, les principaux concernés, que le gouvernement peut avoir une vue d’ensemble du secteur, et prendre conscience de chaque problématique ?

Qu’attendez-vous de vos partenaires au gouvernement ?
Nous écouter, et travailler avec nous pour sauver le secteur, les entreprises qui y opèrent et les emplois qu’il génère. Car il y va de la survie de tout le monde. Encore une fois, sur les 11 854 entreprises exportatrices, seules 2% d’entre elles payent un IS de 1 million de dirhams ou plus. C’est un chiffre qui interpelle. Le développement de l’offre exportable est l’un des axes les plus importants pour le développement de toute économie à l’international. Il faut aider les entreprises qui y travaillent, non les étouffer.