Le déficit extérieur s’envole à  11.4% du PIB

Le déficit du compte courant de la balance des paiements a atteint 47 milliards de DH à  fin juin, soit 20% de plus en un an. Les avoirs extérieurs couvrent moins de quatre mois d’importation. L’Etat pourrait emprunter à  l’international plus que ce qu’il a déclaré.

Tout semble indiquer que le gouvernement va devoir emprunter à l’extérieur plus que ce qu’il a déclaré. Un milliard de dollars, comme l’a déjà annoncé le ministre de l’économie et des finances, paraît en effet insuffisant pour remettre (un peu) à flot les finances extérieures, en dégradation continue. Le dernier chiffre de l’Office des changes sur le déficit de la balance courante des paiements résume à cet égard le besoin de financement de l’économie qui va en s’accroissant. En effet, au titre du deuxième trimestre de cette année, le compte courant de la balance des paiements a dégagé un déficit de 26,44 milliards de DH, en aggravation de 28,2% par rapport au premier trimestre. Ce faisant, sur le premier semestre 2012, le déficit du compte courant a atteint 47 milliards de DH, en hausse de 19,8% par rapport à la même période de 2011.

Pour prendre la mesure de ce déficit, il faut savoir qu’il représente 11,4% du PIB du premier semestre de cette année (calcul de La Vie éco) ; le dernier chiffre du Haut commissariat au plan (HCP) sur les comptes nationaux indiquant que le PIB au deuxième trimestre a augmenté de 2,3% par rapport à la même période de 2011. Au premier trimestre, rappelons-le, le PIB avait progressé de 2,8%. Il y a donc, on le voit, un fléchissement du rythme de croissance. Sur l’ensemble du premier semestre, la progression du PIB, selon nos calculs, a été de 2,6% par rapport au premier semestre 2011.

Le ralentissement de la croissance n’arrange pas les choses

Autrement dit, outre le déficit structurel de la balance commerciale (100 milliards de déficit dans les échanges de biens et services au premier semestre), la faiblesse du niveau de croissance a sans doute ajouté à l’importance du ratio du déficit courant sur le PIB. Mais au-delà du ratio, la valeur de ce déficit (-47 milliards de DH) est en elle-même extraordinairement élevée. Et dans la mesure où la partie basse de la balance des paiements, notamment les opérations financières, n’a pas dégagé des excédents à même de couvrir le déficit de la partie haute (c’est-à-dire le compte des transactions courantes), c’est dans les réserves de changes que l’on puise pour combler le trou ! Au premier trimestre, il avait fallu ponctionner 13,7 milliards de dirhams pour financer le déficit courant (car la balance des paiements est, par construction, toujours équilibrée) et au deuxième, pas moins de 14,3 milliards de DH. C’est la raison pour laquelle les avoirs extérieurs nets sont en train de fondre comme neige au soleil ; ils s’établissent à 134,7 milliards de DH, selon les derniers chiffres (21 septembre 2012) publiés par la banque centrale, soit une baisse de 19,2% par rapport au 31 décembre 2011 et de 21,3% par rapport au 30 septembre 2011.

Sachant que la valeur des importations des biens et services à fin août (voir encadré) a été de 278,2 milliards de DH, soit une moyenne de 34,8 milliards de DH par mois, le niveau des réserves actuelles permettrait donc de couvrir moins de quatre mois d’importations (3,9 mois exactement). La situation, à ce niveau, n’est certes pas complètement compromise, puisque le seuil d’alerte généralement retenu est celui de réserves égales ou inférieures à trois mois d’importations de biens et services. Mais en termes de tendance, la situation est devenue très fragile ! Cela explique d’ailleurs que le gouvernement, outre la sortie sur le marché international, cherche à comprimer les importations, d’une part, en usant des possibilités juridiques et réglementaires existantes, comme la défense commerciale et le contrôle de qualité et de conformité, et, d’autre part, en mettant en place de nouveaux mécanismes obligeant à s’approvisionner sur le marché domestique, et/ou renchérissant certains produits à l’import, comme les produits dits de luxe (Voir Article : l’Etat veut freiner les importations). Certains responsables du secteur public, eux, privilégient l’approche par la compétitivité (des entreprises). Ce débat, soit dit en passant, n’est pas propre au Maroc. En France, où le déficit de la balance commerciale est très élevé (plus de 70 milliards d’euros), les partisans de mesures de protection à la frontière (TVA sociale, taxe sur le carbone, etc.) et ceux qui prônent l’allègement des charges sur les entreprises pour leur permettre, pensent-ils, de reconquérir leur compétitivité, n’en finissent pas de s’affronter.

A quel taux le Maroc pourrait emprunter ?

Au Maroc, les pouvoirs publics ne privilégient pas une approche plutôt qu’une autre, ils veulent agir sur les deux leviers : améliorer la compétitivité des entreprises et tailler dans la mesure du possible dans les importations. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire ; surtout lorsque la situation urge, comme c’est présentement le cas. D’où, encore une fois, l’emprunt annoncé sur le marché international de quelque 9 milliards de DH. En 2010, pour rappel, le précédent gouvernement avait dû lever un emprunt de 1 milliard d’euros sur dix ans, dans des conditions d’ailleurs satisfaisantes (4,5% de taux d’intérêts, dont 2 points de prime de risque). A quel taux il emprunterait aujourd’hui ? Difficile de le savoir pour l’instant. Au début de cette année (en février exactement), la prime de risque de la dette marocaine s’établissait à 375 points de base, soit une hausse de 175 points de base par rapport au spread dont était assorti l’emprunt d’octobre 2010. C’est qu’il y a toujours, une instabilité à la fois économique et politique dans le voisinage immédiat du Maroc, ce qui n’a pas manqué de déteindre négativement sur à peu près l’ensemble des signatures des pays émergents.

Il faut cependant noter que si les primes de risques ont augmenté depuis l’apparition des événements décrits précédemment, les taux d’intérêt de base, eux, ont au contraire baissé. Du coup, la hausse des spreads est un petit peu limitée par la baisse des taux. Mais il est à peu près certain que l’emprunt, que le Maroc s’apprête à contracter, aura un coût plus élevé que celui de 2010. De combien ? Nul ne le sait. Ce que l’on sait en revanche, c’est que depuis le dernier emprunt, le déficit budgétaire a filé dangereusement (6,2% en 2011 et avec privatisation), sous l’effet de l’explosion des charges de compensation (quelque 50 milliards de DH), le poids de la dette du Trésor dans le PIB s’est alourdi (plus de 53%) alors qu’il était sur une tendance baissière qui l’a ramené jusqu’à 47% de la richesse nationale, et les comptes extérieurs continuent de se dégrader. Le compte courant de la balance des paiements, rappelons-le, enregistrera à la fin de l’année sa sixième année de déficit successif. On prévoit que ce déficit atteindra 8,6% en 2012, après 8% en 2011, mais il est fort possible que la prévision soit dépassée ! Les investisseurs, c’est connu, scrutent au quotidien l’ensemble de ces indicateurs, soit les fondamentaux de l’économie, et c’est à partir de là, en gros, qu’ils fixent le coût de l’argent qu’ils prêtent. Le Maroc peut cependant faire prévaloir d’autres paramètres, d’ailleurs tout aussi importants aux yeux des investisseurs, comme la stabilité politique par exemple. En tout cas, le gouvernement doit avoir sa “petite” idée sur la question.