Le déficit extérieur divisé par quatre au premier trimestre

Le solde des opérations courantes est négatif de 4,6 milliards de DH, en baisse de 76,2% par rapport à  la même période de 2014. Le recul du déficit commercial en est le facteur décisif. Le taux d’investissement est désormais à  moins de 30% du PIB après avoir frôlé les 40% il y a quelques années.

C’est le déficit le plus faible depuis 2007 : le compte des transactions courantes de la balance des paiements pour le premier trimestre de 2015 enregistre en effet un déficit de 4,6 milliards de DH, en recul de 76,2% par rapport à celui du premier trimestre 2014. En pourcentage du PIB réalisé au premier trimestre 2015, ce déficit représente 1,9%. C’est une remarquable progression dans le sens de la maîtrise du déficit extérieur. Les estimations de déficit pour l’ensemble de l’année, tant du ministère de l’économie et des finances (-2,9%) que du HCP (-3,3%) paraissent à cet égard tout à fait crédibles. Et à ce rythme, il n’est d’ailleurs pas interdit de penser que très bientôt le compte courant renoue avec les excédents, qu’il dégageait presque chaque année entre 2000 et 2006.

L’action décisive dans l’amélioration du solde courant, c’est incontestablement la baisse du déficit commercial : -45% (ou -15,7 milliards de DH) par rapport au trimestre correspondant de 2014. Et à ce niveau, c’est la variation du solde de la balance des biens qui a produit l’impact le plus significatif sur le solde commercial. En effet, la balance des biens a vu son déficit se rétracter de 15,4 milliards de DH, alors que l’excédent (structurel) de la balance des services ne s’est amélioré que de 2,3% (ou 297,5 millions de DH). La balance des revenus (appelés désormais revenus primaires), structurellement déficitaire, a quant à elle enregistré un solde négatif de 2,8 milliards, en aggravation de 29,5% par rapport au même trimestre de 2014. Comme nous l’avions précisé à plusieurs reprises par le passé, ce déficit provient principalement de l’importance du stock des investissements étrangers au Maroc, lesquels tout naturellement génèrent des revenus dont une bonne partie est, de plus en plus, transférée sous forme de dividendes.

Par contre, la balance des transferts courants, ou «revenus secondaires» suivant la nouvelle terminologie de la balance des paiements, est, elle, structurellement excédentaire (car il y a infiniment plus de Marocains à l’étranger que d’étrangers au Maroc). Mais cet excédent, qui totalise 17,4 milliards de DH au premier trimestre de 2015, recule de 330,3 millions de DH (-1,9%) par rapport à son niveau de 2014.

Tout cela montre bien, comme déjà indiqué, que l’amélioration du solde du compte courant provient pour l’essentiel de l’important recul du déficit commercial et spécifiquement de celui portant sur les biens. Mais qu’est-ce qui a agi le plus sur ce recul ? C’est, sans grande surprise, la baisse des importations de biens et services, bien plus substantielle (-10,1 milliards de DH) que l’augmentation des exportations de biens et services (+5,5 milliards de DH).
Bien sûr, dans l’absolu, tous les pays font en sorte de réduire le déficit courant lorsqu’il se manifeste et de consolider l’excédent s’ils ont la chance de le réaliser. Car, cela est bien connu, un déficit est toujours synonyme d’augmentation de la dette. Et c’est au moyen de celle-ci en effet que l’on comble le besoin de financement de l’économie, lequel besoin au bout du compte n’est rien d’autre que l’écart qui existe entre l’épargne et l’investissement.

Selon que cet écart –qui est donc l’équivalent du déficit courant– se réduit par la baisse de l’investissement ou la hausse de l’épargne, le résultat est évidemment le même sur le plan financier, mais différent sur l’économie réelle. Dans l’optique de la balance des paiements, on a vu que c’est le recul des importations qui a exercé une influence plus importante sur le solde commercial et, in fine, sur le solde des opérations courantes. Quelle est la situation vue cette fois sous l’angle du compte épargne/investissement ? Les données du HCP, récemment mises à jour, permettent de constater que l’épargne, au cours des huit dernières années (2007-2014) a connu une évolution en dents de scie en valeur absolue, avec même des baisses profondes certaines années, comme en 2009, 2011 et 2012.

Rapportée au PIB, l’épargne nationale brute est sur une tendance baissière depuis 2008 : de 34,1% du PIB en 2008, elle retombe à 26,4% en 2014. Dans son Budget économique exploratoire publié il y a une semaine, le HCP estime que l’épargne nationale s’établirait à 26,3% du PIB en 2015 et prévoit qu’elle baisserait à 25,9% en 2016. Question : si l’épargne baisse, comment cela fait-il alors que le besoin de financement diminue depuis 2013 ? Tout simplement parce que le taux d’investissement recule lui aussi : de 39,1% du PIB en 2008, il baisse à 32,2% en 2014 ; et en 2015, il reculerait encore à 29,6% et en 2016 à 28,9% du PIB. En termes de croissance, l’investissement a baissé deux années de suite (en 2013 et 2014), il serait à peine positif en 2015 et 2016, nous dit le HCP dans ses dernières publications. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs le rythme de progression de la demande intérieure a desserré, revenant d’une moyenne de 6% par an entre 2000 et 2009 à 3,3% sur les cinq dernières années.

Ceci est un constat, pas plus. Autrement dit, l’idée n’est pas de sous-entendre qu’il aurait fallu maintenir le taux d’investissement au niveau, élevé, où il était. Comment cela pouvait-il être possible, du reste, puisque c’est le privé qui, secoué par la mauvaise conjoncture, ne disposait pas de visibilité suffisante pour investir ?

En un mot, comme en mille, le besoin de financement est désormais ramené à des proportions tout à fait raisonnables, ce qui était nécessaire pour freiner l’emballement de la dette qui se profilait, mais cela pose tout de même une interrogation sur le rythme de la croissance sous cette configuration.